Fraude au compteur électrique : c’est vous qui payez !

Très répandue en France, la fraude au compteur électrique fait augmenter les coûts du gestionnaire du réseau et donc les tarifs de l’électricité. Au final, c’est le consommateur qui ne fraude pas qui paye.

Par Guy Dartiailh.

Fraude au compteur électrique : c'est vous qui payez !Ralentir son compteur avec un aimant, le retourner ou l’incliner pour le faire ralentir, desserrer sa vis de réglage, le bloquer à l’aide d’une aiguille, etc. Les techniques pour trafiquer son compteur électrique sont nombreuses et inventives.

Des pratiques de fraude trop courantes

Elles sont même facilement accessibles grâce à une myriade de sites web qui les listent, les décortiquent, les commentent… Bref, frauder son compteur est devenu presque banal en France, à tel point que les personnes s’adonnant à cette pratique sont rarement inquiétées par la justice.

Les pertes globales (techniques et non techniques) du gestionnaire du réseau de distribution sont passées de 22 à 25 térawattheures (TWh) entre 2009 et 2011. Une augmentation qui ne saurait avoir pour principale origine les pertes techniques « car celles-ci sont fonction de la vétusté du réseau, qui ne s’est pas dégradé », explique-t-on chez Enedis. Reste donc les pertes non techniques, autrement dit les fraudes, qui ont progressé sur fond de crise et d’augmentation des prix de l’énergie.

La justice trop clémente

Or, Enedis est directement en charge de la limitation des pertes non techniques, et doit par conséquent lutter contre la fraude et le vol dont souffrent les fournisseurs d’électricité. Problème : ces fraudes ne sont pas toujours détectables et la justice s’avère un peu trop clémente à l’égard des fraudeurs.

En 2008, EDF découvre qu’un compteur trafiqué à Lille a conduit à une sous-estimation de 2 000 à 6 000 euros sur la consommation d’une trentaine de locataires HLM. L’énergéticien est pourtant débouté de ses demandes de régularisation au motif de vices dans le calcul des sommes demandées.

En 2012, un ex-employé d’EDF est condamné à 2 ans de prison, dont 18 mois de sursis, pour avoir bricolé le compteur électrique de nombreux ménages moyennant rémunération. Ses clients ont pour leur part été condamnés à des amendes, la plupart assorties d’un sursis.

Baisser sa facture légalement, c’est possible

Comme eux, de nombreux citoyens croient pouvoir frauder en toute impunité, l’argument des difficultés économiques pouvant être brandi à tout moment. Pourtant, il existe des moyens légaux de faire baisser sa facture d’électricité et il est même possible de se rapprocher des fournisseurs pour se faire conseiller sur la question.

Des gestes aussi simples que comparer les offres d’électricité ou vérifier la puissance de son compteur peuvent aider à faire d’importantes économies sans passer par l’illégalité.

L’installation de Linky, le nouveau compteur communicant d’Enedis, permettra également de réaliser des économies en identifiant les appareils électriques et les comportements qui font gonfler sa facture.

Des économies via le nouveau compteur

De son côté, le gestionnaire du réseau pourra procéder aux interventions et relevés de compteurs sans déplacement, ce qui débouchera sur un gain de temps et donc d’argent pour Enedis et pour le client. Selon l’ADEME, la connaissance en temps réel de l’ensemble des consommations permettra aux gestionnaires de réseaux d’identifier les lieux de pertes techniques et non techniques du réseau et de mener les actions pour les réduire.

Plus important encore, ce nouveau compteur a été en partie pensé pour lutter contre la fraude. Il peut détecter toute sous-consommation, chute de tension ou d’intensité anormale et transmettre une alerte à Enedis.

De quoi se demander si sa capacité d’agir contre la fraude n’est pas une des raisons qui motivent les anti-Linky. Nombreux sont ceux qui profitent des diverses formes de trucage et en font un business. De leur côté, les citoyens honnêtes seront en revanche les principaux bénéficiaires du nouveau compteur.

En effet, Enedis réalise une mission de service public et se rémunère via le tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité (TURPE). Payé par les clients, ce tarif se base sur les coûts de l’entreprise, qui augmentent à mesure que les fraudes progressent. Aujourd’hui, c’est donc l’ensemble des consommateurs qui en paient le prix, notamment ceux qui ne fraudent pas et qui voient pourtant leur facture augmenter.