Le partenariat sur l’Intelligence Artificielle est né

Leading tech industry researchers from Amazon, DeepMind/Google, Facebook, IBM and Microsoft convened to announce a partnership on artificial intelligence (AI) best practices, at IBM’s Watson headquarters in New York City, Weds., September 28, 2016. Founding members of the Partnership on Artificial Intelligence from left: Eric Horvitz, Microsoft; Francesca Rossi, IBM; Yann LeCun, Facebook and Mustafa Suleyman, Google/DeepMind. Not pictured is Ralf Herbrich, Amazon. (Jon Simon/Feature Photo Service for IBM)

Amazon, Google et sa filiale DeepMind, Facebook, IBM et Microsoft viennent de s’unir pour créer l’organisation « Partnership on AI » dédiée à une réflexion commune sur le développement de l’intelligence artificielle et ses conséquences sur la société.

Par Thierry Berthier.

Partenariat sur l'intelligence artificielle
Membres du partenartiat sur l’Intelligence Artificielle, de gauche à droite : Eric Horvitz, Microsoft; Francesca Rossi, IBM; Yann LeCun, Facebook and Mustafa Suleyman, Google/DeepMind. Not pictured is Ralf Herbrich, Amazon. (Jon Simon/Feature Photo Service for IBM) by IBMphoto24(CC BY-NC-ND 2.0)

« Je voudrais que l’intelligence fût reprise au démon et rendue à Dieu »  – Jean Cocteau

Cinq acteurs majeurs du numérique viennent de s’unir pour créer l’organisation (à but non lucratif) « Partnership on AI » dédiée à une réflexion commune sur le développement de l’intelligence artificielle et ses conséquences sur la société. Quelle orientation souhaite-t-on donner à l’IA ? C’est la question centrale qui a amené  Amazon, Google et sa filiale DeepMind, Facebook, IBM et Microsoft a s’asseoir à une même table pour promouvoir l’AI et procéder à une introspection prospective.

Un objectif : faire avancer la compréhension du public

L’objectif de PartnershipOnIA est de « faire avancer la compréhension du public sur l’intelligence artificielle et de définir les meilleures pratiques sur les défis et les opportunités dans ce domaine ». L’organisation publiera régulièrement des articles de recherche sur l’interopérabilité de l’IA, la sécurité, la confidentialité des systèmes et l’éthique. La structure se veut ouverte au monde académique et annonce qu’elle associera les réflexions de scientifiques reconnus en IA, de chercheurs, d’avocats, d’experts indépendants, le tout sous licence ouverte.

Amazon, Google DeepMind, Facebook, IBM, Microsoft unis pour l’intelligence artificielle

Les cinq membres fondateurs s’engagent à financer l’ensemble des recherches et des études produites sous l’égide de l’organisation. Siégeront au conseil d’administration de Partnership on AI : Ralf Herbrich, Directeur du Machine Learning chez Amazon, Mustafa Suleyman, cofondateur de Google DeepMind, Yann Le Cun, Directeur de la R&D (FAIR) chez Facebook, Francesca Rossi (universitaire) chez IBM et Eric Horvitz, Directeur R&D chez Microsoft.

Ces cinq profils de très haut niveau seront rejoints par cinq autres membres cooptés pour faire vivre l’organisation et la rendre utile à la communauté internationale. On notera l’absence ou le retard (?) de deux autres poids lourds du domaine, Apple et Tesla- Space X, qui auraient pourtant toute leur place au sein de cette structure naissante.

On doit d’abord saluer la création de PartnershipOnAI dans un contexte de développement et de diffusion ultrarapide de l’IA sur l’ensemble des activités et des pratiques humaines. Les enjeux et les défis sont réellement  immenses et l’absence d’une telle organisation, jusqu’à présent, pouvait laisser penser que les acteurs majeurs de l’IA ne se souciaient que peu des questions stratégiques et éthiques sous-jacentes.

Intelligence artificielle : la menace des robots ?

Si cette création répond bien à une attente et à un besoin, il faut y voir également une contre-mesure des cinq géants du numérique pour concurrencer l’initiative qui avait amené Elon Musk et Stephen Hawking à publier une mise en garde contre les dérives potentielles d’une IA non maîtrisée. Une lettre ouverte avait été signée par de nombreux scientifiques dénonçant les menaces des robots tueurs et celles d’une technologie de puissance aux pouvoirs destructeurs. Google et d’autres n’avaient pas pris part à cette mise en garde, étant par ailleurs indirectement accusés d’insouciance coupable face à ces menaces…

Le Future of Humanity Institute de l’Université d’Oxford s’est fortement engagé dans une réflexion sur les effets de la montée en puissance de l’IA.  Il a produit de nombreux articles de recherche sur le sujet sans pour autant sombrer dans une stérile diabolisation de la technologie. Pourtant, l’hypothèse d’une dérive malveillante de l’IA reste présente notamment au sein d’une population française qui apparait dans les sondages comme la plus craintive en la matière.

Anticiper les mouvements de contestation

L’organisation PartnershipOnAI souhaite « évangéliser » et promouvoir l’IA au sein des populations. Elle anticipe en cela les futurs mouvements de contestation et de rejets qui pourraient bien animer ces mêmes populations lorsqu’elle seront inévitablement « socialement impactées » par un grand nombre de destructions d’emplois. Il ne fait aucun doute aujourd’hui que la diffusion systématique de l’IA sur toutes les sphères d’activités humaines supprimera la totalité des emplois « automatisables ».

Cette destruction faiblement créatrice produira de nouveaux emplois mais pas en nombre suffisant pour compenser la perte des premiers… Les turbulences risquent donc d’être violentes avec une attribution logique des responsabilités aux grands artisans de l’IA. Les GAFA ne peuvent prospérer qu’en présence d’un consentement global de la population à l’IA et de celui de l’usager en particulier. Chaque grand acteur du numérique est pleinement conscient de ce principe systémique qui constitue le socle d’une diffusion réussie de ses technologies.

Cela dit, la création de PartnershipOnAI devra nécessairement s’inscrire dans un mouvement plus large associant l’utilisateur en tant que cyber-citoyen dans les grands choix stratégiques de déploiement de l’IA. Il faudra par exemple créer un secrétariat d’État à l’intelligence artificielle au sein de chaque gouvernement et un Conseil de Sécurité de l’IA au niveau mondial. Ces entités auront la lourde tâche d’amortir les turbulences sociales, religieuses ou géopolitiques engendrées par l’IA et la convergence NBIC (Nanotechnologies, Biotechnologies, Informatique, sciences Cognitives).

« Si l’intelligence menace de rompre sur certains points la cohésion sociale, et si la société doit subsister, il faut que, sur ces points, il y ait à l’intelligence un contre poids. Ainsi s’expliquerait la fonction fabulatrice. » Henri Bergson