Présidentielle américaine : les succès de Gary Johnson, un vrai libéral

Un candidat authentiquement libéral, Gary Johnson, est en train d’avoir un réel impact politique aux USA. Imaginons ce que cela représenterait chez nous, en France.

Par Charles Boyer.

Présidentielle américaine : les succès de Gary Johnson
Gary Johnson By: shane_d_kCC BY 2.0

Coup de tonnerre samedi matin dans la campagne américaine pour l’élection présidentielle 2016, le quotidien Chicago Tribune appelle à voter pour le candidat libéral Gary Johnson. Chicago est la troisième ville des État-Unis en population. Ce nouveau soutien confirme le profil du candidat Johnson sous la bannière du parti Libertarien. (Libertarien aux États-Unis est équivalent de libéral chez nous car le mot libéral y a été détourné par la gauche.)

En quoi Gary Johnson est-il un candidat libéral ?

Son programme se résume succinctement à trois axes :

  • Fiscalement conservateur, ce qui signifie contrôler la dépense et la dette publique en diminuant la pression fiscale globale.
  • Socialement libéral, en laissant les individus faire ce que bon leur semble tant qu’ils ne nuisent pas à leur prochain, par exemple sur les questions de la liberté d’entreprendre, de l’immigration, du mariage ou du cannabis.
  • Militairement non-interventionniste : spécifiquement, Johnson promet de respecter tous les traités, et souligne en même temps fortement que toutes les interventions militaires américaines de ces dernières décennies ont entraîné la création d’un monde moins sûr, et non pas plus sûr, et ce même pour les Américains sur leur propre sol, ce qui est parfaitement contre-productif.

Qui est Gary Johnson ?

Des trois candidats à la présidence, il est le seul qui ait une expérience politique exécutive majeure. En effet, il a été deux fois gouverneur de l’État du Nouveau-Mexique, où il a bloqué toute hausse d’impôt, mis un veto à des centaines de lois interventionnistes, tout en permettant le développement de son État. Son réel exploit politique a été d’y être élu deux fois sous la bannière républicaine dans un État qui vote normalement démocrate. Mieux encore, son partenaire candidat vice-président, Bill Weld, a un palmarès similaire, en ce qui le concerne dans le Massachusetts. En termes d’expérience, le « ticket » Johnson-Weld est de loin le mieux qualifié.

Politiquement, depuis des mois, les sondages donnent à ce candidat entre 8% et 13% des intentions de vote. Ceci est à comparer à son score il y a quatre ans, qui fut de 1%, et dans un contexte où son budget de campagne est une fraction de celui de ses concurrents, en dépit des dons très nombreux de la part de gens normaux. Autre handicap, les médias lui accordent une fraction de l’attention dont il devrait bénéficier. Dans un contexte plus équitable, ses scores seraient probablement bien plus hauts.

Rapporté à la France, que représenterait pour les libéraux une telle situation ?

Imaginez une paire (disons les candidats pour être président et Premier ministre, puisque notre système est très différent de celui des États-Unis) de présidents de région, qui y auraient été élus grâce à leur image de sérieux, dans des régions socialistes, pour y mener avec succès un assainissement budgétaire combiné à un allègement fiscal. Imaginez que tous deux aient été réélus à ces postes suite à leurs succès.

Imaginez que leur programme inclue de baisser la pression fiscale globale de 20% ; de parvenir à l’équilibre budgétaire du pays en 100 jours, pas plus ; de désengorger les prisons en dépénalisant une substance moins dangereuse que l’alcool ; d’ouvrir les portes aux personnes entreprenantes et productives ; de supprimer l’Éducation Nationale (à charge pour les régions de gérer cette fonction comme elles le souhaitent) ; de supprimer le système national d’État-providence (là encore, sans présumer de ce que les régions en feraient dans leur périmètre) ; de ne plus bombarder des pays lointains au risque de tuer des enfants dont les familles vont, et c’est bien compréhensible, nous haïr.

Et maintenant imaginez qu’avec cette crédibilité méritée et avec ce programme, ce duo de candidats soit aux environs de 10% d’intentions de votes à la présidentielle nationale, à un mois du scrutin ; et que six grands quotidiens, dont Le Progrès de Lyon, aient déjà appelé à voter pour eux.

Quel impact cela aurait-il sur les idées de liberté en langue française ?

Une telle performance ne peut d’ores et déjà être décrite que comme un authentique succès politique libéral. Insistons intensément sur l’importance cruciale de ces quatre mots, enrichie de l’incroyable surprise de pouvoir les prononcer ensemble.

Une question ne peut que nous frapper, face à des événements si encourageants : comment se fait-il que les libéraux francophones soient silencieux sur la candidature et la campagne de Gary Johnson et Bill Weld ? Pourquoi ne pas en tirer le meilleur en termes politique et éducatif pour l’avancement futur de la liberté chez nous ? Espérons que la société civile saisisse rapidement cette opportunité unique.