Nos ancêtres : les Gaulois, les Romains, les Francs ?

Nicolas Sarkozy, sans doute fan d’Astérix, s’est exprimé sur nos ancêtres les Gaulois. Mais les Gaulois étaient-ils bien nos ancêtres ?

Par Gérard-Michel Thermeau.

Nos ancêtres : les Gaulois, les Romains, les Francs ?
By: Gautier PoupeauCC BY 2.0

Le petit monde politique et médiatique qui ouvre rarement un livre, surtout d’histoire, est en émoi. Un ex-président de la République, fan d’Astérix, s’exprime sur nos ancêtres. Un défunt président de la République, fan de Pétain, sort de sa tombe pour lui répondre. Et tous deux disent de grosses bêtises bien sûr.

Nos ancêtres les Gaulois ?

Mais qui sont donc nos ancêtres ?

Pauvres Gaulois. Que reste-t-il d’eux ? Bien peu de choses, craignons-le. Moins de 200 mots gaulois dans la langue française. Et le breton, comme son nom l’indique, c’est du celte réimporté en Armorique par les cousins d’Outre-manche fuyant les brutes anglo-saxonnes envahissant la Bretagne (qui en devient Grande par la même occasion).

Ces Gaulois, on ne s’y est guère intéressé pendant longtemps. Au Moyen-Âge, seul Rome compte. Après tout nous devons, entre autres, aux Romains, les routes, l’emplacement de nombre de nos villes (ainsi que leur nom), la consommation du vin (remplaçant avantageusement la bière tiède) et notre belle langue française qui n’est jamais que du latin mal prononcé et déformé.

Pour Voltaire, les Gaulois avaient bien eu de la chance d’être vaincus par les Romains qui leur avaient apporté la civilisation. Michelet, exaltant le génie de César, sera le dernier représentant de cette ancienne tradition historique. Pour lui la Gaule était avant Rome un « chaos barbare et belliqueux ».

Nos ancêtres les Troyens ou les Francs ?

Et quitte à chercher des ancêtres antiques, on préférait suivre la piste troyenne. Nos ancêtres les Troyens — et toc ! enfoncés, les Romains. Vous avez Énée, eh ben, nous avons Francion ou Anténor, on ne sait pas trop. Le pape et l’Empereur romain germanique n’avaient désormais qu’à bien se tenir : le roi de France était leur égal. Mais le thème troyen était trop aristocratique et difficile à justifier pour être durable.

Les ancêtres des Français ne seraient-ils pas les Francs dont ils tirent leur nom ? Jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, l’histoire de France commence avec Clovis, roi de la « première race » ayant régné sur le pays.

Sous la Révolution, tout bascule. Les Gaulois deviennent les ancêtres du Tiers État par opposition aux Francs (orthographiés Franks pour mieux souligner leur barbarie germanique), ancêtres de la noblesse exécrée. Comme le souligne Sieyès, renvoyons ces Franks dans leurs bois et marais de Germanie.

Les Gaulois : le retour !

À l’époque romantique, Augustin Thierry et Guizot créent le « mythe gaulois ». Les fouilles archéologiques se développent. La place des Gaulois dans les Histoire de France publiées enfle prodigieusement. La statue de Vercingétorix est inaugurée à Alésia en 1865 : le glorieux vaincu a les traits de Napoléon III qui devait bientôt connaître son Alésia à Sedan !

Sous la IIIe république, le mythe a pris sa forme définitive. Mais la conquête romaine est désormais vue comme un moindre mal ayant épargné à la Gaule la barbarie germanique. Les malheureuses provinces perdues (Alsace et Moselle) n’étaient-elles pas sous le joug de nouveaux barbares germains ?

Pour Camille Jullian, le grand historien de la Gaule au début du XXe siècle, Vercingétorix est le héros qui aurait pu rendre la Gaule « libre, unie et puissante ». Son interprétation de l’histoire est influencée par son patriotisme : « Si Domitien et César n’étaient point venus, une grande patrie aurait achevé de se former sur la terre. »

Mais les années 20 voient de nouveau l’effacement du mythe gaulois. Il faudra attendre Uderzo et Goscinny pour revivifier la légende gauloise.

Qui sont donc nos ancêtres ?

Ethniquement, la France est depuis extrêmement longtemps très mêlée avec ses Lorrains, ses Alpins, ses Méditerranéens, sans compter ces curieux Basques qui ne ressemblent à personne. Même à l’époque gauloise, les Grecs étaient installés sur le littoral, ainsi les Phocéens à Marseille.

Tout un tas de brachycéphales et de dolichocéphales, plus ou moins grands, ou trapus, blonds ou bruns occupaient donc l’espace national (ou du moins ses limites actuelles). La « race française », terme utilisé au XIXe siècle, était d’ailleurs entendue au sens de « peuple français » sans signification ethnique particulière.

Les migrations du XXe siècle ont rendu la chose encore plus complexe.

Bref, les ancêtres des Français ne sont pas plus les Gaulois que les Arabes…