Donald Trump : l’imprévisible

Donald Trump By: Mark Taylor - CC BY 2.0

Donald Trump est devenu le porte-drapeau de l’anti-politiquement correct au service d’une défiance populaire qu’il entretient par une opposition perpétuelle au conformisme.

Par Guillaume Richard-Sadowski.
Un article de Trop Libre

Donald Trump : l’imprévisible
By: Mark TaylorCC BY 2.0

Donald Trump est l’archétype du rêve américain. Multimilliardaire, il vient du monde des affaires new-yorkais et s’est imposé dans le paysage politique grâce à son influence économique. Celle-ci lui a permis de maintenir une certaine indépendance vis-à-vis des réseaux politiques, qu’ils soient Démocrates ou Républicains. Véritable exception de l’establishment américain, il est aussi précurseur d’un discours provocateur et décomplexé qui choque l’opinion publique internationale, qui dérange l’ensemble des institutions et qui défie les analyses politiques.

Une jeunesse aisée

C’est dans le quartier new-yorkais du Queens qu’il grandit au sein d’une famille de riches promoteurs immobiliers. Son grand-père paternel a fait fortune en exploitant des hôtels, restaurants et maisons closes pendant la ruée vers l’or du Klondike à la fin du XIXème siècle.

Donald Trump sera éduqué avec ses deux frères et ses deux sœurs dans l’esprit de la réussite. “Être le meilleur” devient alors pour la famille un objectif de vie et crée chez Donald Trump un tempérament de farouche meneur. Afin de canaliser son énergie, il intègre à l’âge de treize ans l’académie militaire de New York, un lycée pour enfants de bonne famille. Ses anciens camarades le décrivent comme un leader naturel qui s’imposait de force afin d’obtenir la fierté de ses parents (2). Par la suite, il rejoint l’université Fordham, avant d’obtenir son diplôme en économie à l’université de Pennsylvanie.

L’Empire Trump

C’est en 1968 qu’il débute officiellement sa carrière d’homme d’affaires au sein de l’entreprise familiale. Son père lui offre un million de dollars afin qu’il puisse faire ses preuves. Très rapidement, il devient une référence dans le monde du business new yorkais car il est l’un des premiers à investir lourdement à Manhattan avant le début du boom immobilier des années 70. Sa fortune se décuple lorsqu’il achète des terrains à bas prix pour y construire des tours de plus en plus hautes.

Ses investissements sont d’ailleurs une des raisons de l’augmentation de l’immobilier new-yorkais depuis ces 40 dernières années. Les prix montent en flèche et offrent au fils de Fred Trump un véritable empire économique au sein même de Manhattan, estimé dès 1971 à plusieurs dizaines de millions de dollars. Cette réussite lui permet de s’affirmer dans l’entreprise de son père ; il en sera par la suite le dirigeant et renommera la société The Trump Organization. S’ensuit alors une expansion dans tout le pays ; il investit dans des buildings, casinos et hôtels de luxe dans les plus grandes villes américaines. Dans les années 90, son empire économique connaît une véritable récession en raison de la faillite de son projet immobilier d’Atlantic City. Il construit des édifices démesurés dans cette station balnéaire de 40 000 habitants afin d’en faire le Las Vegas de la côte Est américaine. La plupart de ces casinos ont aujourd’hui fermé et 8 000 Américains ont perdu leur travail. Atlantic City est ainsi l’une des villes les plus touchées par le chômage aux États-Unis.

Donald Trump restructure son groupe et ses activités afin d’éviter une faillite totale. C’est à ce moment-là que le multimilliardaire se tourne vers le divertissement audiovisuel. Il entame une carrière d’animateur télévisé, et rencontre le succès à partir de 2004 à travers son émission « The Celebrity Apprentice ». Aujourd’hui le magazine Forbes estime sa fortune à plus de 4,5 milliards de dollars, le plaçant à la 113ème place des plus grandes fortunes des États-Unis.

Le candidat de l’anti-bipartisme

Les affinités politiques de Donald Trump étaient à l’origine tournées vers le parti Démocrate. Cependant il devient un fervent soutien de Ronald Reagan, et le suivra jusque dans le parti Républicain. Il s’engage politiquement en 1987 et songe à se présenter l’année suivante aux primaires Républicaines. Le vainqueur de cette investiture, Georges H.W. Bush, aurait d’ailleurs réfléchi à se présenter à ses côtés afin de le nommer vice-président en cas de victoire.

Donald Trump est certes milliardaire, mais il ne fait aucunement parti des diplômés des grandes écoles et encore moins des clubs étudiants les plus prisés de l’élite américaine. Il rejoint les souverainistes du « Parti de la réforme des États-Unis d’Amérique », fondé par Ross Perot, un milliardaire et homme politique issu de la société civile, qui souhaite se présenter aux élections de 1992 contre les deux grands partis. Cet événement marque les consciences dans la mesure où ce mouvement représente les prémisses d’une défiance vis-à-vis du bipartisme américain. L’élection de 1996 réaffirme la présence du Parti réformateur avec 8% des voix. Cela reste une défaite importante en dépit d’une campagne électorale extrêmement coûteuse, mais cet événement marquera une scission entre une partie de l’électorat américain et les deux partis traditionnels.

Donald Trump comprendra alors que cet électorat hétéroclite peut lui permettre de s’immiscer dans le tandem Républicains-Démocrates à condition qu’il le fasse dans l’appareil Républicain, en raison du coût exorbitant que demande une telle campagne. Il se présente alors aux primaires Républicaines de 2016 avec sa vision « Make America Great Again ! » (Utilisée jadis par Ronald Reagan) et en se positionnant comme le candidat « anti-système ». Le candidat n’hésite pas à choquer par des prises de paroles sulfureuses dans le seul but de se dissocier des ténors Démocrates et Républicains. À croire que son but consiste à mettre fin au bipartisme américain, qui jusqu’à présent était intouchable pour l’ensemble des citoyens.

Donald Trump est devenu le porte-drapeau de l’anti-politiquement correct au service d’une défiance populaire qu’il entretient par une opposition perpétuelle au conformisme. Alors qu’il ne fait pas l’unanimité au sein des Républicains, il représente une alternative au bipartisme pour les couches sociales qui ont subi de plein fouet les conséquences de la crise des sub-primes.

 

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