Présidentielle USA : laissez Gary Johnson débattre !

Gary Johnson (Crédits Gage Skidmore, CC-BY-SA 2.0)

Gary Johnson est un candidat qui peut solidement prétendre à 10% du total des votes et dont le programme correspond particulièrement bien aux attentes de la plus grosse partie de l'électorat américain.

Par Charles Boyer.

Présidentielle USA : laissez Gary Johnson débattre !
Gary Johnson (Crédits Gage Skidmore, CC-BY-SA 2.0)

Qui est Gary Johnson, le candidat du Parti Libertarien à la présidence des États-Unis, et pourquoi pèse-t-il plus lourd qu’on ne le dit ?

Pour accéder aux débats présidentiels, gérés par la commission des débats, organisme privé jouissant d’avantages fiscaux, aux mains des Républicains et des Démocrates, un critère est d’obtenir 15% d’intentions de votes dans cinq sondages.

Cette règle n’est pas une loi et elle n’est pas non plus gravée dans le marbre. Ainsi, Ross Perot, en 1992, a eu accès aux débats alors qu’il se situait à 8% dans les sondages. Remarquablement, son résultat à l’élection elle-même fut bien plus haut, à 19% ! Johnson est déjà au dessus de ces 8% aujourd’hui.

Gary Johnson et les débats présidentiels

On pourrait considérer d’autres critères comme pertinents, comme par exemple le nombre d’Américains qui considèrent que Johnson devrait participer aux débats. Cette proportion est de 62%, et plus dans certains sondages.

Gary Johnson est un entrepreneur qui a servi en politique pendant 8 ans, en tant que gouverneur de l’État du Nouveau Mexique. Non seulement il s’y est fait élire sous la bannières des Républicains dans un État qui vote normalement démocrate, mais il a aussi réussi à se faire réélire à la fin de son mandat. Il a empêché tout nouvel impôt ou taxe, a réduit le déficit, et a mis son veto à nombre de projets de lois interventionnistes. Le Nouveau Mexique s’en est mieux porté pendant ses mandats.

Les meilleurs scores de Gary Johnson aujourd’hui sont chez les jeunes, où il est premier devant Hillary Clinton parmi les 18-24 ans, et très proche second parmi les 18-34 ans, chez les militaires et anciens combattants, où il est premier, et chez les indépendants, c’est-à-dire les électeurs qui ne se reconnaissent ni comme Démocrates ni comme Républicains, où il est très proche 2ème derrière Clinton. Ses scores parmi les jeunes sont naturellement particulièrement encourageants puisqu’ils représentent le futur politique.

Dans l’ensemble du public, les sondages le donnent entre 9 et 12%. Cependant, les méthodes pour contacter les sondés, par exemple toujours un certain nombre d’appels sur lignes fixes, ont peut-être pour résultat de sous-représenter des catégories favorables à Johnson. Ces résultats sont obtenus alors que la presse et les médias consacrent une bien trop faible part de leur attention à ce candidat, et que ses financements sont aussi une minuscule fraction de ceux de ses deux concurrents.

Gary Johnson populaire dans les États de l’ouest

Pour plus de détails, Gary Johnson est à 10% dans 42 États et à 15% dans 15 États. Pour le moment, il tend à être plus populaire dans les États de l’Ouest du pays.

Une vidéo mise en ligne pour le situer par rapport aux deux autres candidats, figurant un acteur dans le rôle d’Abraham Lincoln, a dépassé les 20 millions de vues. Gary Johnson estime toucher 50 millions de personnes par le biais des réseaux sociaux. Ses campagnes de levée de fonds ont dépassé leurs objectifs, amassant des millions de dollars. Cet argent est utilisé pour des spots vidéo et pour une campagne dans la presse papier contenant une lettre qui demande à la commission des débats d’inclure Gary Johnson et son colistier Bill Weld (lui aussi double gouverneur, dans le Massachusetts) dans le premier débat présidentiel, avec la promesse de ne plus demander ensuite s’il ne dépasse pas enfin les 15% dans les sondages.

Cette campagne est appuyée par le hashtag #LetGaryDebate.

Gary Johnson a reçu le soutien de deux grands quotidiens régionaux, le Richmond Times en Virginie, et le Winston-Salem journal en Caroline du Nord, et également, pour sa participation aux débats, des ex-gouverneurs, Arnold Schwarzenegger (Californie) et Jesse Ventura (Minnesota) ; notons qu’ils furent tous deux gouverneurs non issus du sérail politique et donc sensibles à laisser parler des candidats qui sont dans ce cas.

Un argument avancé pour justifier le fait d’avoir accès aux débats est un aspect exceptionnel de la campagne en cours : les deux candidats des partis habituels ont tous deux des scores d’impopularité extrêmes et jamais vus. Ainsi, les deux options présentées en cas de non participation de Johnson sont simplement hautement insatisfaisantes.

Quant au programme, quels sont les points forts de celui du candidat libertarien ? Sans surprises, il s’agit de la discipline fiscale, de la réduction de la taille de l’État qui est devenu trop gros. Par exemple, Johnson supprimerait les départements fédéraux de l’éducation et de la santé. Sur le pan économique, Johnson en finirait avec la dette et le déficit publics et laisserait faire la libre entreprise et le libre commerce. Et en ce qui concerne les mœurs, il éviterait les intrusions dans les choix personnels des gens tant qu’ils ne causent pas de tort à autrui, par exemple pour le mariage, pour la consommation de substances, et pour les armes à feu.

Contre le changement de régimes

Enfin, ce qui est important puisqu’il s’agit de la seule superpuissance au monde, et du poste de « Commander in Chief », Gary Johnson explique que la politique de changement de régimes pratiquée depuis longtemps, que ce soit en Irak, en Afghanistan, et plus près de nous en Libye et en Syrie, non seulement n’a pas rendu le monde plus sûr mais au contraire moins sûr, et pire encore du point de vue des électeurs de son pays, n’a pas non plus rendu les Américains eux-mêmes plus sûrs, mais moins sûrs.

Pris globalement, ce programme correspond à la position du plus gros bloc de la population américaine quand on interroge les gens sur ces points et non pas sur les partis ou les candidats.

En résumé, Gary Johnson est un candidat qui peut solidement, d’ores et déjà et malgré le manque de financements et de couverture médiatique, prétendre à 10% du total des votes, dont le programme correspond particulièrement bien aux attentes de la plus grosse partie de l’électorat américain, face à deux candidats hautement douteux pour diverses raisons. Le FBI, dans son enquête sur l’utilisation par Mme Clinton d’un serveur email privé pour des secrets d’État, a dit qu’elle a fait preuve « d’extrême insouciance ». M. Trump, quant à lui, s’exprime juste de façon contradictoire et la plus outrageuse possible sur des questions pourtant dignes d’une approche sérieuse. Tous deux sont favorables à toujours plus d’État et d’intrusion des autorités dans la vie des gens, et à plus d’agressivité militaire.

Le premier des cinq débats présidentiels aux États-Unis aura lieu le 26 septembre.