Printemps arabes, hiver euro-méditerranéen

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
By: DFID - UK Department for International Development - CC BY 2.0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Printemps arabes, hiver euro-méditerranéen

Publié le 7 septembre 2016
- A +

Par Anthony Escurat.
Un article de Trop Libre

Printemps arabes, hiver euro-méditerranéen
By: DFID – UK Department for International DevelopmentCC BY 2.0

Berceau de trois religions, confluence de trois continents, la Méditerranée a une histoire indissociable de l’Europe. Les points communs et les intérêts partagés de ses deux rives ne peuvent dès lors que contribuer à faire de cet espace – 700 millions d’habitants – un pont plus qu’une frontière. Or depuis bientôt cinq ans, la realpolitik a eu raison de ces belles incantations. Au sein des sociétés civiles arabes, nombreuses sont les voix qui s’élèvent pour dénoncer les carences, voire l’atonie de la politique conduite par l’Europe vis-à-vis d’un espace avec lequel elle a pourtant noué des relations étroites et plurielles depuis près d’un demi-siècle.

Face à ce vent de critiques qui s’abat sur Bruxelles, traduisant en sourdine un certain « besoin d’Europe », une réforme de la politique européenne de voisinage, instrument de la diplomatie de l’UE dans la région, est à l’étude par la Commission Juncker sous l’égide des Commissaires Johannes Hahn et Federica Mogherini. Une réponse technocratique – en forme de mea culpa – à une problématique éminemment politique.

Bien que son bilan soit contrasté et que les résultats demeurent en deçà des ambitions initiales, la politique européenne de voisinage est toutefois loin d’être un échec total. Les différentes étapes qui ont jalonné la construction euroméditerranéenne ont toujours encouragé l’éclosion et l’inclusion des sociétés civiles des deux rives de la Méditerranée, faisant la promotion à la fois des échanges transnationaux et, au Sud, des acteurs non gouvernementaux dans des écosystèmes politiques pourtant peu propices à leur développement.

Société civile

Dès 1995, le processus de Barcelone met l’accent sur le renforcement du rôle des acteurs de la société civile ; faisant de ces derniers l’un des centres de gravité de la politique extérieure de l’Union européenne. Ce mécanisme de légitimation et d’empowerment a trouvé sa traduction concrète dans la politique européenne de voisinage contribuant, par ricochet, à favoriser l’influence des sociétés civiles arabes ; les mêmes qui de Deir Ez-Zor au Caire en passant par Tunis ou Benghazi ont fait vaciller les régimes autoritaires auxquels elles étaient depuis lors confrontées. […]

Un réajustement de la politique de voisinage s’imposait, et ce déjà bien avant le « printemps des Arabes » selon l’heureuse formule de Jean-Pierre Filiu. Prise en otage par les métastases du conflit israélo-palestinien, corsetée par des États membres plus soucieux d’accroître leurs échanges commerciaux et de maîtriser les flux migratoires que de renforcer les sociétés civiles, diluée dans une pratique composite où s’amalgament sur plusieurs niveaux acteurs et motivations différents, frappée de plein fouet par l’échec de l’Union pour la Méditerranée, cette politique se doit aujourd’hui de faire son aggiornamento.

La clé du succès d’une nouvelle diplomatie euroméditerranéenne et de la relance d’un certain « désir d’Europe » dans les pays de la rive sud tient moins dans le rôle joué par Bruxelles que de l’implication des capitales du Vieux continent. Les atermoiements et les divergences de vues entre États membres au plus fort des révolutions arabes ont paralysé la politique communautaire dans la région et réduit la voix de Bruxelles à de simples circonvolutions diplomatiques ; perdant au passage le cœur des sociétés civiles du sud de la Méditerranée. Les reconquérir prendra certainement des décennies…

  • Anthony Escurat est doctorant en science politique à Sciences Po Aix et auteur de la note « Le lobbying : outil démocratique » pour la Fondation pour l’innovation politique.

Article initialement publié sur L’Opinion le 11 août 2016.

Sur le web

Voir le commentaire (1)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (1)
  • « La clé du succès d’une nouvelle diplomatie euroméditerranéenne et de la relance d’un certain « désir d’Europe » dans les pays de la rive sud tient moins dans le rôle joué par Bruxelles que de l’implication des capitales du Vieux continent. »
    Sarkozy a bien essayé, mais il me semble qu’il s’est fait recadrer par A. Merkel. En Europe, c’est Bruxelles, ou c’est rien…

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Pour les uns l’euro serait la cause de tous nos maux économiques : hausse des prix, chômage, désindustrialisation, etc.

Pour les autres, l’euro est une bénédiction, un des socles sur lequel sera construite une Europe fédérale rayonnante des droits de l’Homme, puissante et paisible à laquelle tout individu cultivé et évolué doit aspirer.

Pratiquement, l’euro est à terme condamné.

Concrètement, il a simplifié la vie de ceux qui exportaient et circulaient en Europe, c’est indéniable. Plus de comptes en devises, de frais de c... Poursuivre la lecture

Ce 19 janvier, Emmanuel Macron a pris la parole au parlement européen pour faire un discours dans le cadre de la présidence européenne de la France.

Arrivé de Macron au parlement... pic.twitter.com/rBEkIdJfG6

— Esposito Corinne (@coconuts1315) January 19, 2022

Le propos s’est concentré sur les valeurs qu'il souhaite défendre. Il a été critiqué par les représentants français des groupes européens de l’opposition comme Jordan Bardella du RN, Yannick Jadot d'Europe Ecologie les Verts, François-Xa... Poursuivre la lecture

Par Michel Gay et Dominique Finon.

Duplicité et effets d’annonces sont à la manœuvre dans l’Union européenne pour saborder discrètement le nucléaire dans les faits.

Paradoxe et duplicité

La Commission européenne a publié le 31 décembre 2021 un document appelé « taxonomie » sur les critères de classement des technologies pouvant donner lieu à financement privilégié par les fonds verts. Le nucléaire y figure ainsi que les centrales électriques à gaz très émettrices de CO2 (plus de 400 gCO2eq/kWh), sous le prétexte de faciliter la ... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles