Espagne : les conservateurs négocient une coalition avec les libéraux de Ciudadanos

Albert Rivera credits Contando Estrelas ((CC BY-SA 2.0) )

Ciudadanos, parti profondément libéral, est désormais incontournable en Espagne. Le PP de Mariano Rajoy négocie une alliance avec Ciudadanos pour rester au pouvoir. Retour sur notre analyse de ce mouvement politique, parue initialement en décembre 2015.

Par Olivier Saez.

Espagne : les conservateurs négocient une coalition avec les libéraux de Ciudadanos
Albert Rivera credits Contando Estrelas ((CC BY-SA 2.0) )

Dimanche 20 décembre 2015, les Espagnols étaient appelés à élire et renouveler leurs 350 députés et 208 sénateurs. Une participation légèrement en hausse par rapport à 2011 et l’irruption définitive dans le jeu institutionnel de deux partis politiques nouveaux – Podemos et Ciudadanos – ont symbolisé le désir d’un profond renouvellement des pratiques politiques.

La jeune démocratie espagnole sort renforcée sur la forme. Sur le fond la percée de Podemos est inquiétante car ce parti devient un allié potentiel pour une coalition avec le PSOE. En effet, sont proposés, entre autres, plus d’emplois publics, plus de dépense publique, une augmentation des impôts, le renfort des syndicats, l’augmentation du salaire minimum, la constitution d’une banque publique.

Lundi 21 décembre, commencent les négociations visant à constituer un gouvernement dans un contexte politique tout à fait inédit. Quelques conclusions provisoires peuvent être d’ores et déjà tirées.

Politiquement, rien ne sera plus comme avant. Le monopole traditionnel des partis historiques – PP et PSOE – vole en éclats. Ils obtiennent à eux deux tout juste 50%, très loin des chiffres historiques tandis que Podemos obtient 21% et Ciudadanos 14%. En nombre de députés, ces partis totalisent 123, 90, 69 et 40 députés respectivement. La majorité absolue est loin, à 176.

– Les nouveaux entrants font une entrée remarquée et remarquable au Congrès. Podemos avait déjà 4 députés mais Ciudadanos n’était pas du tout représenté. Aussi font-ils beaucoup de mal aux partis périphériques. Par exemple, au Pays Basque, Podemos devient le 1er parti (en nombre de voix) devant le Parti Nationaliste Basque. Autre exemple, à Madrid, le PSOE s’effondre et obtient la 4ème place !

Dimanche soir, pas de majorité absolue comme l’indiquaient les sondages mais avec une réalité loin des scénarios évoqués pendant la campagne. Aucun parti ni même aucune coalition évidente ne permettent d’atteindre la majorité absolue au Congrès. Mariano Rajoy a clairement expliqué qu’il allait chercher à constituer une majorité au Congrès. Ses réserves de voix semblent très limitées : Ciudadanos a déjà clairement refusé toute possibilité de discussion. Le scénario le plus plausible au soir de l’élection, même si loin d’être évident, est un accord de gauche PSOE – Podemos.

– Ciudadanos, parti profondément libéral et incontournable en Espagne. Malgré un résultat final légèrement en deçà des estimations de vote, Ciudadanos devient un parti de stature nationale. Celui-ci couronne une campagne électorale au cours de laquelle ce parti a déjà changé la façon de faire de la politique sur le fond comme sur la forme. Tel que détaillé dans notre récente note [1], Ciudadanos porte le changement des idées, au service des citoyens. Il existe une certaine éthique de l’engagement politique, nouvelle en Espagne et en Europe.

La France ferait bien de regarder ce qu’il se passe de l’autre côté des Pyrénées.


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