Prison ferme, de Marcel Nicolet

Le récit autobiographique d’un homme incarcéré après l’assassinat de son ex-femme.

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Prison ferme, de Marcel Nicolet

Publié le 4 août 2016
- A +

Par Francis Richard.

29 mars 2016

Le Tribunal régional des Montagnes et du Val-de-Ruz interdit à titre provisionnel la diffusion et la vente de Prison ferme à la demande des deux filles de l’auteur, Marion et Marie. À la suite de cette décision inouïe, tous les exemplaires diffusés du livre sont rappelés par l’éditeur.

14 avril 2016

Un compromis est trouvé à l’audience du tribunal : la diffusion et la vente du livre sont autorisées à condition qu’en soit supprimé un certain nombre de pages. Bernard Campiche, l’éditeur, s’engage à arracher lui-même lesdites pages des 3.100 exemplaires de cette première édition.

Dans l’exemplaire que j’ai entre les mains, il y a ainsi 14 pages arrachées : les pages 15-16, 23-24, 27 à 32, 35-36 et 77-78. Comme la table des matières est la même qu’avant l’arrachage, les titres des 5 courts chapitres manquants demeurent : Un ami, Tu ne nous aimes pas, Elles partent en vacances, Faire quelque chose, Obsessions, Le drame et L’anniversaire.

 

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prison ferme marcel nicoletMarcel Nicolet, l’auteur, 60 ans, est incarcéré à la prison de Bellevue à Gorgier, dans le canton de Neuchâtel. Il y a 7 ans, ce gastro-entérologue de La Chaux-de-Fonds a tué son ex-femme Stéphanie et il a été condamné à une peine de prison ferme de 14 ans. Il a écrit cette autobiographie pour tenter de comprendre son acte et de le faire comprendre à ses filles d’abord, ensuite à ses amis, enfin à tous ceux qui prendront la peine de le lire.

Le lecteur, en tout cas, a bien du mal à le comprendre, cet acte criminel, peut-être parce que, parmi les pages manquantes, se trouvent entre autres celles du drame, raconté en six pages. Il ne sait donc rien des circonstances du crime, qu’elles soient atténuantes ou pas. Aussi l’intérêt du livre ne subsiste-t-il que parce que le détenu, alias Marco Nitti pour ses gardiens et ses co-détenus, raconte ce qui a précédé ce drame et ce qui l’a suivi.

Les allusions à ses relations avec Stéphanie sont en effet insuffisantes pour expliquer son passage à l’acte meurtrier, pour lequel il éprouve remords et demande pardon à sa victime et à ses filles. Ce meurtre trouverait son origine dans sa haine pour Stéphanie quand elle l’a traité de père indigne, et dans sa boulimie, ses excès en tous genres :

Un jour Stéphanie m’a trompé. Lassée sans doute de mes excès, elle fut séduite par un homme regardant ses beaux yeux plutôt que son assiette.

Je peux […] voir dans ma boulimie comme une sorte de comportement écran masquant mon mal-être. Stéphanie a dû aussi le percevoir sans bien le comprendre.

Lorsque Stéphanie m’a reproché ma boulimie, j’ai basculé dans le drame. La jalousie de la savoir avec un autre ? Je ne pense pas. Je n’ai pas besoin de posséder l’autre. Seulement d’être aimé. Ou mieux, de ne pas être abandonné. Je vivais la rupture non pas comme un divorce, mais comme un abandon.

Il faut sans doute chercher dans son enfance cette hantise de l’abandon. Marcel Nicolet n’était pas désiré par ses parents. Si elle en avait eu les moyens matériels, sa mère aurait avorté. Elle et son père se sont comportés comme si, à leurs yeux, il n’existait pas : Une non-existence qui engendre la peur d’aimer à l’âge adulte.

Hantise de l’abandon

Cette hantise de l’abandon, Il faut donc aussi la chercher dans son rapport avec les femmes, qui en est la suite logique : dans son premier mariage avec une infirmière, dont il va divorcer, son inaptitude chronique à la concertation perdurant; dans son deuxième mariage avec Stéphanie, dont il va également divorcer, inévitablement.

Cette peur d’aimer à l’âge adulte va se traduire ainsi : Les émotions brûlent, et de ne pas en avoir évite de se faire mal. Une bonne raison pour masquer mes sentiments derrière un rempart d’ironie, quand ce n’est pas de cynisme.

Ce qui a suivi le drame et qu’il raconte, c’est la prison. Et là, justement, le portrait que Marcel Nicolet fait de l’univers carcéral est d’une ironie décapante, empreint d’un humour qui fait peut-être le grand intérêt de ce livre : l’auteur y manie l’autodérision avec maestria et une belle connaissance de la langue française ; il s’y montre observateur aiguisé et intelligent de ce monde clos et kafkaïen, tout bonnement inimaginable de l’extérieur.

Ce qui sauve Marcel Nicolet aujourd’hui, c’est, outre sa grande résilience, qu’il n’est pas vraiment abandonné. Il a de nombreuses visites. Qui sont ses visiteurs ? Ce sont le plus souvent des amis de longue date qui me connaissent depuis l’enfance. Qui savent que ma façon d’être n’est pas le meurtre mais le respect de l’autre :

Que s’est-il passé ? Eux aussi veulent savoir. Pour comprendre. Pas pour faire un dossier à charge. Évidemment ils condamnent le meurtre et trouvent méritée la peine de prison. Ils approuvent ma remise en question, me poussent à regarder dans tous les recoins de ma personnalité et insistent pour que je ne laisse aucune zone d’ombre.

C’est grâce à leur appui que Marcel Nicolet s’accroche, développe des projets, comme celui d’une reconversion humanitaire, maintient ses connaissances médicales, a pu entreprendre des études de sciences économiques et mathématiques et qu’il a passé avec succès un Bachelor dans les deux domaines.

Toutefois, pour la société, il est encore et toujours un criminel qui a tué sa femme et un récidiviste potentiel : la Justice peine à définir le risque de récidive. En multipliant les expertises, elle dilue les décisions qui sont reportées d’année en année, fermant progressivement la prison. Il y est. Qu’il y reste !

  • Marcel Nicolet, Prison ferme, Bernard Campiche Éditeur, 272 pages

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  • Mmm… C´est sûr que son ex-femme ne pourra plus écrire de livre ni raconter sa version de l´histoire. Bizarre cette attirance pour les meurtriers. On oublie bien vite les victimes.

    • Les victimes et leurs proches sont condamnés à perpétuité.

    • C’te manie dès qu’on s’intéresse à criminel de dire qu’onnie la peine des vicctimes, ça me sort par les yeux. On peut parler d’une chose sans pour autant en nier une autre!

  • Les commentaires sont fermés.

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