Comment le citoyen peut-il se défendre ? [Replay]

Soldats gare du Nord, Evan Bench (CC BY 2.0)

Le citoyen est le meilleur rempart contre un terrorisme qui le prend directement pour cible. C’est ce qui s’est vérifié plusieurs fois, du Thalys au camion de Nice.

Par Baptiste Créteur

Soldats gare du Nord, Evan Bench (CC BY 2.0)
Soldats gare du Nord, Evan Bench (CC BY 2.0)

 

L’attaque du Thalys à peine déjouée, la France s’émouvait à tel point que le gouvernement annonçait immédiatement des mesures d’urgence. La présence à bord de chaque rame de trois militaires américains en vacances, qui a ici fait la preuve de son efficacité, n’a malheureusement pas retenu l’attention. En revanche, un numéro d’urgence sera mis en place « facilitant le signalement des situations anormales » dans les gares et les trains.

Espérons que la prochaine tentative d’attaque sera le fait d’un illuminé déguisé en Napoléon Bonaparte promenant son bazooka sur un monocycle, situation assez anormale pour un signalement rapide, et qu’elle aura bien lieu dans un train ou une gare. Si une attaque frappe un télésiège ou un parking, les numéros d’urgence vont finir par se multiplier et la situation deviendra rapidement ingérable.

Le numéro d’urgence, sans doute assez inutile, risque cependant d’être rapidement saturé, déclenchant à chaque fois une intervention inutile des services d’intervention et de déminage. Sur certaines lignes, les usagers vivent un enfer quotidien. Plus rien ne les surprendrait, et si un attentat se tramait, ils n’en sauraient rien. Ceux-ci mis à part, quel est le nombre de « situations anormales » auxquelles assistent les usagers de la S.N.C.F. chaque jour ?

Thalys René Le HonzecSoyons sérieux. La mesure du gouvernement ne résout rien, mais il fallait bien pondre quelque chose. Le plan vigile pirate vigipirate est déjà déployé, la sécurité est renforcée, les budgets de la défense sont sanctuarisés, les communications sont surveillées, la coopération judiciaire avec les pays amis est rétablie. Mais quand un type se pointe armé jusqu’aux dents dans un train, il faut un heureux hasard pour l’empêcher de faire un carton. Si toutes ces mesures sont prises mais ne fonctionnent pas, c’est sans doute qu’on rate quelque chose d’évident. On en a d’ailleurs parfois quelques exemples venus des médias étrangers, mais on ne le voit pas. On ne voit pas que dans une société frappée par le terrorisme, la sécurité est l’affaire de tous. On le dit, mais on n’en comprend pas les implications. La vigilance est une chose, la capacité de réagir en est une autre. La sécurité est l’affaire de tous, et chacun doit avoir les moyens d’assurer sa propre sécurité.

Pas uniquement dans le cas d’attaques terroristes, d’ailleurs. En cas d’agression, chacun doit pouvoir se défendre sans risque d’être poursuivi en justice par l’agresseur. Mais surtout, chacun doit en avoir les moyens. Oui, c’est de port d’arme qu’il s’agit. En janvier, même des policiers ont perdu la vie dans une attaque. Pourtant, ils ont le droit d’être armés. Quelles chances a le pékin moyen, sans l’entraînement au combat d’un militaire U.S., face à un terroriste armé ?

Si certains sont armés, le combat est bien plus équitable. Les attentats seront déjoués plus tôt, ou déjoués tout court.

Bien sûr, on peut commencer progressivement. Assouplir les conditions requises pour détenir des armes – tant qu’on a un casier judiciaire vierge – tout en étant implacable avec les abus déjà prévus par la loi, à savoir attaquer quelqu’un. On peut se demander si répondre à une attaque armée avec une arme de catégorie supérieure est réellement problématique : un honnête homme armé qui ne peut se défendre contre un couteau ne sera bientôt plus armé, et un malfrat armé d’un couteau deviendra un malfrat armé d’un pistolet. Mais admettons qu’on maintienne la loi en l’état : en cas d’attaque terroriste (ou pas) à la kalashnikov, ça marche. Et sans doute mieux qu’un numéro de téléphone magique.

Dans une société frappée par le terrorisme, la société est l’affaire de tous, et surtout l’affaire de chacun. L’individu peut sauver la société bien plus que l’État, parce que c’est la société qui est attaquée. C’est la nature même du terrorisme, et elle nous rappelle que nous sommes les acteurs de société. Nous ne devrions pas être seulement victimes ou spectateurs. Nous devrions avoir les moyens d’assurer notre sécurité, qui d’ailleurs a beaucoup d’impacts positifs puisqu’elle améliore aussi celle des autres.

Les terroristes sont déjà armés. L’État, chargé de notre sécurité, l’est aussi, et ça ne suffit pas. Mais les citoyens, eux, ne le sont pas, et ce sont eux qui sont frappés. C’est sans doute, finalement, assez évident : pour lutter efficacement contre le terrorisme (et la criminalité), il faut rendre aux citoyens leur sécurité.


Voir aussi l’article de h16 : Et si on rendait la sécurité aux citoyens ?