Turquie : l’échec du putsch, une réussite islamiste ?

Le putsch manqué en Turquie jette une lumière crue sur un aspect essentiel de la vie politique de ce pays : la présence en arrière-plan du pouvoir militaire et celle, en avant-plan, du pouvoir religieux.

Par Farhat Othman.

Recep Tayyip Erdogan By: Presidencia de la República MexicanaCC BY 2.0

Ne l’oublions pas ! Le régime turc — ou plus exactement l’héritage de la laïcité kémaliste — est placé sous la férule de l’institution militaire qui en est garante. Et celle-ci ne peut échapper à la vigilance de l’OTAN dont la Turquie est membre.

Coup d’état avorté

La tentative avortée de coup d’État démontre ainsi la confusion extrême qui règne dans les esprits des militaires, notamment turcs, sous l’effet de l’avancée de la stratégie islamiste dans le pays.

Que le dernier pronunciamiento ait échoué est bien la preuve du sérieux d’une telle avancée dans les rangs mêmes des militaires. Elle pointe aussi le soutien à peine occulte, quasiment manichéen, que les islamistes ont su trouver du côté de l’Occident aveuglé par ses intérêts immédiats.

En effet, nul ne doute que la stratégie de longue haleine des islamistes pour gagner et/ou conserver le pouvoir politique a toujours été de contrôler ses leviers, le plus important en premier, l’institution armée.

L’échec des militaires turcs est donc un succès éclatant de la stratégie des islamistes plus que jamais artistes inégalables dans l’art de l’esbroufe.

L’arme législative

Aussi, et on l’a déjà dit pour la Tunisie, il n’est qu’une seule arme qui pourrait être efficace en la matière, étant de nature à clarifier la situation en Turquie et ailleurs en terre d’islam : l’outil législatif.

Il est le seul à permettre, selon les règles de l’art démocratique, de juger objectivement une telle stratégie et démontrer de la plus évidente des manières si elle se pare abusivement d’atours démocratiques libéraux en étant appliquée avec un talent diabolique.

C’est avec des lois ouvertement libérales venant renforcer les droits et libertés privatives dans les domaines dits sensibles — et dont on ne veut pas parler, car supposés, bien à tort, tabous en islam — que cette arme s’enrayera si elle n’est utilisée que par esprit manichéen de religiosité.

Il importe donc que l’on ose en Turquie, mais ailleurs aussi en terre d’islam, surtout en l’émule turc qu’est la Tunisie, proposer et voter au plus vite des lois venant réaliser ce qui a été démontré parfaitement possible et même impératif en islam. Par exemple : l’égalité successorale entre les sexes, l’abolition de l’homophobie, la dépénalisation de l’apostasie, de la consommation d’alcool, de la nudité et des drogues douces.

C’est la capacité des religieux turcs et tunisiens à accepter une telle réforme législative d’envergure dans le domaine des mœurs qui administrera la preuve de manière indéniable de leur adhésion sincère et honnête au vivre-ensemble démocratique d’un véritable État de droit.

C’est cela qui déterminera le sérieux et la pérennité de leur prétention à faire partie du paysage politique des démocraties modernes, leur aptitude à devenir ou non une démocratie islamique.