Quelle langue parlera-t-on à Bruxelles si ce n’est plus l’anglais ?

Publié Par Yves Montenay, le dans Europe

Par Yves Montenay.

Hollande ira-t-il bouter l’anglais hors de Bruxelles ?

Hollande ira-t-il bouter l’anglais hors de Bruxelles ? By: Jean-Marc AyraultCC BY 2.0

Comme le savent les personnes de ma génération, l’Europe, je veux dire le machin qui nous dirige de Bruxelles, ne parlait au début que français. Deux raisons à cela : trois pays sur six avaient le français comme langue officielle ou comme une de leurs langues officielles (France, Belgique, Luxembourg), et la plupart des personnalités, éduquées avant la vague américaine de l’après-guerre, parlaient français.

Pompidou attendit la mort de de Gaulle pour accepter la Grande-Bretagne, et lui demanda de n’envoyer à Bruxelles que des Anglais bilingues (si, ça existe !). La promesse fut respectée pendant 10 ans. Mais ensuite l’époque avait changé, les générations suivantes avaient été élevées avec l’argent américain dès 1945 à l’ouest, et dès 1990 à l’est, avec un grand effort pour faire passer des élèves et les enseignants du russe à l’anglais. Bref, de nombreux responsables actuels d’Europe orientale nés dans les années 1970 ont appris l’anglais au lycée et fait des études supérieures en Amérique, tandis que leurs aînés ont été couverts de bourses pour s’y perfectionner.

Ce cadeau à l’Angleterre

La perfide Albion en a profité pour s’engouffrer dans la brèche pour le plus grand bénéfice de ses entreprises : dossiers d’appel d’offres en anglais, lobbying en anglais. J’ai vu de mes yeux arriver à la banque de Roumanie, alors encore largement francophone, un ordinateur apporté par l’ambassade d’Angleterre sur crédits européens avec des modes d’emploi et logiciel en anglais. J’ai bien sûr expliqué que la France avait payé une plus grande part de ce cadeau que l’Angleterre, mais le mal était fait. Les Marocains ou les Croates savent qu’ils n’ont aucune chance d’avoir une aide dans le cadre de « la politique de voisinage » s’ils ne déposent pas leur dossier en anglais. Il n’y a aucune raison juridique à cela, mais c’est ainsi.

Le rapport Grin et les études qui ont suivi estiment à un gros paquet de milliards d’euros ce que cette colonisation linguistique a apporté à la très pratique Albion. Ça n’a pas empêché Madame Thatcher de réclamer un autre paquet de milliards (vous vous souvenez : « I want my money back »), puis David Cameron, ce printemps de réclamer encore de nouvelles concessions pour que les Anglais votent de rester.

Je m’attends au pire concernant ce que réclameront des Anglais pour organiser la sortie. Il y aura deux ans de négociation paraît-il, et à ce petit jeu, les Anglais sont les meilleurs. Je le sais pour m’être souvent frotté à eux et avoir entendu : « notre proposition est effectivement moins intelligente que celle proposée par nos amis français, mais c’est la nôtre et nous bloquerons tout autre solution ».

Et si l’Europe revenait au français ?

La plupart des dirigeants français du public ou du privé ne font pas attention à ces questions linguistiques, budgétaires ou réglementaires. Sauteront-ils sur l’occasion de revenir au français ? Il y a là une magnifique occasion de sauver notre langue en nous alliant avec les Allemands, qui souffrent linguistiquement, et donc commercialement, encore plus que nous. En effet, à Bruxelles, seule l’Irlande aura l’anglais comme langue officielle, la quasi-totalité des cadres anglophones vont partir et le petit personnel est francophone (j’en arrive : tout ce qui était intéressant était en anglais, seuls les panneaux destinés au personnel étaient en français).

Il y a peut-être là un débouché pour François Hollande qui voit dépérir ses perspectives en France. Qu’il saute sur son cheval, mette le sabre au clair, crie « Montjoie et Saint Denis ! » et fonce sur Bruxelles ! Ou qu’il se fasse parachuter avec un commando appuyé par ces soldats tchadiens qui se sont illustrés avec nous au Sahara… l’occasion de montrer à nos amis européens qu’ils auraient mieux faits de nous donner un coup de main en Afrique, là où nous nous battons pour eux, plutôt que de pérorer en mauvais anglais à Bruxelles.

  1. Vous rêvez, malheureusement l’anglais restera la langue totalitaire unique en Europe. Les jeunes générations sont élevées au biberon du tout-anglais dès la crèche.

  2. Quand on voit ce que devient l’apprentissage du français dans nos propres écoles suite aux « réformes » successives, il ne faut malheureusement pas compter sur notre personnel politique pour favoriser notre langue au sein des institutions européennes.

  3. Yves Montenay: « L’Europe, ne parlait au début que français. Deux raisons à cela : trois pays sur six avaient le français comme langue officielle »

    L’Europe compte 27 membres maintenant.

    Yves Montenay:  » En effet, à Bruxelles, seule l’Irlande aura l’anglais comme langue officielle »

    Oui, mais tous les citoyens des autres pays pratiquent le globish, un anglais simplifié que les Anglais détestent, mais c’est comme cela. La culture non subventionnée américaine s’est largement diffusée dans le monde et elle instaure de fait un socle culturel commun qui participe à la diffusion de cette langue.

    Pour que le français s’impose, il faudrait en plus autre chose qu’un pays qui viole systématiquement tous les traités de bonne gestion et en instance de faillite comme leader.

  4. Le Conseil de l’Europe a finalement tranché :

    Après la monnaie unique, l’Union Européenne va se doter d’une langue unique, à savoir… le français.

    Trois langues étaient en compétition :

    Le français (parlé dans le plus grand nombre de pays de l’Union),
    l’allemand (parlé par le plus grand nombre d’habitants de l’Union) et
    l’anglais (langue internationale par excellence).

    L’anglais a vite été éliminé, pour deux raisons : l’anglais aurait été le cheval de Troie économique des Etats-Unis et les britanniques sont maintenant partis…

    Le choix a fait l’objet d’un compromis, les allemands ayant obtenu que l’orthographe du français, particulièrement délicate à maîtriser soit réformée, dans le cadre d’un plan de cinq ans, afin d’aboutir à l’eurofrançais.

    La première année, les sons actuellement distribués entre ‘s’, ‘z’, ‘c’, ‘k’ et ‘q’ seront répartis entre ‘z’ et ‘k’, ze ki permettra de zupprimer beaukoup de la konfuzion aktuelle.

    La deuzième année, on remplazera le ‘ph’ par ‘f’, ze ki aura pour effet de rakourzir un mot komme ‘fotograf’ de kelke vingt pour zent.

    La troizième année, des modifikazions plus draztikes seront pozzibles, notamment ne plus redoubler les lettres ki l’étaient ; touz ont auzi admis le prinzip de la zuprezion des ‘e’ muets, zourz éternel de konfuzion, en efet, tou kom d’autr letr muet.

    La katrièm ané, les gens zeront devenu rézeptif à dé changements majeurs, tel ke remplazé ‘g’, zoi par ‘ch’, – avek le ‘j’ – zoi par ‘k’, zelon les ka, ze ki zimplifira davantach l’ékritur de touz.

    Duran la zinkièm ané, le ‘b’ zera remplazé par le ‘p’et le ‘v’ zera lui auzi apandoné – au profi du ‘f’, éfidamen on kagnera ainzi pluzieur touch zur no klafié. Un foi ze plan de zink an achefé, l’ortograf zera defenu lochik, et lé chen pouron ze komprendr et komuniké.

    LE REF DE L’UNITE KULTUREL DE L’EUROP ZERA DEFENU REALITE !

    1. Excellent!

    2. Je suis mort de rire en lisant votre commentaire. Cependant, la réforme du français que vous proposez me fait davantage penser à la création d’un novlangue 😉

    3. Prafo ! Fif l’eurofranzè !

    4. Commentaire repompé :v

  5. En fait, ce n’est pas l’Anglais qui est langue officielle, mais plutôt l’Américain… et ceci demeurera 😉

  6. Comme la banque centrale doit être indépendante, la langue européenne doit être étrangère à chaque membre afin de n’en favoriser aucun.

  7. mais pourquoi voulez vous du français ? soyer un peu plus ouvert car l’anglais est très pratique entre non anglophone car très simple

    1. Le globish est très simple et facilement compréhensible entre non-anglophone.
      Le véritable anglais est infiniment plus difficile.

  8. De quel français parlez-vous? Celui des SMS ou des gazouillis? Aucun intérêt!

  9. Excellent, mais 2 remarques:
    Le Conseil de l’Europe et l’Union européenne sont deux institutions différentes
    Pour ce qui est des « e » muets, les méridionaux risquent de ne pas être d’accord.

  10. Voilà une remarque bien sotte, tout simplement parce qu’elle est chauvine. L’anglais restera la langue parlée à Bruxelles jusqu’à ce qu’un oukaze impose le français. Quel imbécile s’y risquera? L’anglais est la langue – voire baragouinée- par toute la classe moyenne européenne. L’autre langue qui monte (ref. les Goethe Institute font le plein à Lisbonne, Madrid, Athènes, Messine, sauf en France ???) est l’allemand. Soyons aussi réalistes que les Italiens qui, eux aussi, ont eu une langue qu’ils imaginaient planétaire, et qui, tout comme nous, parlent aujourd’hui une langue morte. Je reviens au chauvinisme. Le soldat Chauvin avait au moins une circonstance atténuante quand il ânonnait ses absurdités: il lui manquait un bout de cerveau emporté par un boulet de canon. Le chauvinisme est une variante du crétinisme, autant l’avoir toujours à l’esprit.

    1. Vous avez tout-à-fait raison. Et je pense aussi que, puisque l’hymne européen, Ode à la joie ( Ode an die Freude), est de Beethoven et du poète Schiller, il pourrait parfaitement être chanté en Allemand car les paroles sont belles:

      Freude, schöner Götterfunken
      Tochter aus Elysium,
      Wir betreten feuertrunken,
      Himmlische, dein Heiligtum!
      Deine Zauber binden wieder
      Was die Mode streng geteilt;
      Alle Menschen werden Brüder3
      Wo dein sanfter Flügel weilt.
      Joie, belle étincelle divine,

      Traduction:

      Fille de l’assemblée des dieux,
      Nous pénétrons, ivres de feu,
      Ton sanctuaire céleste!
      Tes charmes assemblent
      Ce que, sévèrement, les coutumes divisent;
      Tous les humains deviennent frères,
      lorsque se déploie ton aile douce.

      Quant à la musique, j’imagine que vous la connaissez tant elle est belle et nous emporte.

  11. Même irréaliste, cette proposition a cela d’intéressant qu’elle nous ramène à notre vraie vassalité culturelle européenne, celle de l’idée fédérale américaine plus ou moins réussie, mais qui fait rêver. L’empire colonial français lui, ne fait plus rêver depuis… depuis… depuis 1914!

  12. Quand on entend baragouiner anglais notre Bon Président, avec ses longues études supérieures, on comprend que pour lui repasser au francais serait un handicap de moins. C’est toujours ça…

    1. Pas vraiment parce que son français est plutôt pauvre!

  13. Que je sache, Obama parle toujours en anglais. C’est toujours la langue de la mondialisation, celle de Wall Street et de la Silicon Valley.

  14. Il y a deux solutions. La meilleure serait de décréter l’espéranto comme langue européenne commune. C’est une langue sans irrégularités, plutôt proche des langues européennes et très facile à apprendre. Un européen convaincu pourrait sans difficultés consacrer quelques mois à apprendre cette langue.. A défaut, on pourrait aussi créer une langue dérivée de l’anglais en le revoyant de fond en comble pour chasser toutes ses difficultés (y compris de prononciation).
    Il suffirait que la communauté européenne le veuille et rédige ses textes dans la langue commune. Ce ne serait pas très différent de la naissance de la langue française (Villers-cotteret). On a bien fait l’euro, pourquoi pas une langue commune ?

    1. L’espéranto ne serait malheureusement qu’une langue de plus, et pas la langue convergente, quoi qu’en rêvent les espérantistes… Les langues convergent plutôt vers des mécanismes du style pidgin, avec fusion et déformation des termes des différentes langues d’origine. Une Europe des nations gagnerait par contre à faire converger quelques centaines de mots, qui parfois sont déjà très proches, mais surtout pas a faire converger les grammaires. De la sorte, une pizza s’appellerait toujours une pizza dans tous les pays d’Europe… bon.. désolé, exemple pris volontairement 😉

  15. Je ne suis pas d’accord de dire que la langue anglaise sera la langue totalitaire unique en Europe, vous oubliez que Le français fut international, peut on dire totalitaire, l’anglais est commercial et plus facile que Le français, c’est un fait… cela ne me deplait pas du tout, il nous faut une langue commune. Et puis la France n’est plus un modele economique. juridique etc vous l’oubliez.. regardez les notaires, ils s’approprient le monopole pourquoi pas les avocats.. .. c’est un bon exemple, les notaires de FRANCE vivent en dehors de la realite,v ous nous voyez exporter ce modele.de l’ancien regime…

  16. la langue de bois ,elle est universelle.

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