Tourisme en Tunisie : seules des mesures osées sauveront la saison

Tunisie By: R. Gj - CC BY 2.0

La situation du tourisme en Tunisie est catastrophique. Les autorités ne voient pas comment sauver la saison. Pourtant, des solutions existent mettant à bas des tabous de plus en plus contestés par la société civile.

Par Farhat Othman.

Tourisme en Tunisie : comment le faire remonter ?
Tunisie By: R. GjCC BY 2.0

Imaginons des plages de sable fin, merveilleuses pour s’y prélasser sous un soleil de plomb dans un cadre enchanteur, agrémenté d’un environnement humain chaleureux, où les gens sont si gentils, d’agréable compagnie !

N’est-ce pas ainsi que se présentent les plages tunisiennes ? Pourquoi donc les touristes ne s’y pressent pas en cette belle saison ? Ne les a-t-on pas assez sécurisées après les derniers drames ? Que manque-t-il de faire afin de réussir une saison touristique qui s’annonce mal ?

Mieux profiter de la sécurisation des plages en Tunisie

Certes, les attentats et les innocentes victimes tombées sur le sol de Tunisie ont maculé de rouge sang le sable doré de ses plages ; et un tel cauchemar est encore dans les mémoires. Or, il est difficile d’effacer de telles images mentales. Il en faut d’autres à la force suggestive bien plus puissante, en mesure de parler à l’imaginaire festif du vacancier.

Il est vrai, les drames ayant frappé la Tunisie ont endeuillé d’autres pays ; qui est donc à l’abri d’un geste de fous de par le monde ? D’autres attentats ont visé d’autres lieux de vacances ; et la vie ne continue pas moins.

De plus, l’essentiel a été fait, les autorités ayant pris les mesures nécessaires pour sécuriser les plages et éviter de nouveaux drames. Ne voit-on pas aujourd’hui les forces de sécurité quadriller les endroits les plus exposés, assurant une sécurité optimale ?

Oui, mais les touristes ne sont-ils pas plutôt effarouchés par un tel étalage sécuritaire ? Une sécurisation trop voyante n’est-elle pas justement cause d’hésitation fort compréhensible ? Qui donc voudrait passer ses vacances, étant entouré de gendarmes et d’unités de sécurité ? C’est rassurant, effectivement, mais cela gâche assurément le plaisir de jouir de ses vacances, surtout si on peut avoir la même chose ailleurs et sans l’ombre du gendarme et du policier !

N’y a-t-il donc pas quelque chose à faire, un bonus à tirer des mesures voyantes de sécurisation, de sorte que la Tunisie apporte ainsi aux touristes qu’elle souhaite faire venir un petit plus qui rendrait ses plages attractives pour nombre d’entre eux, et qu’ils ne trouveraient pas ailleurs ?

Ne pourrait-on pas rehausser l’intérêt de touristes fortunés pour les plages tunisiennes et les qualités humaines de son peuple en profitant justement de la sécurisation. Ainsi, loin de gâcher ou d’empêcher le plaisir de ses vacances, celle-ci garantirait alors leur originalité et leur volupté sur cette terre chantée depuis longtemps comme étant hédoniste.

Ce quelque chose qui manque aux plages de Tunisie et que leur sécurisation pourrait permettre, ne serait-il pas dans des mesures osées sur le plan supposé de la morale et qui servirait aussi bien le tourisme que l’État de droit? Car, dans le même temps, elles libéraliseraient les moeurs pour un meilleur vivre-ensemble, l’acceptation de l’autre qui fait encore défaut au pays du fait des menées de minorités intégristes et terroristes.

Créer des zones réservées en Tunisie pour les naturistes et les gays

Pourquoi donc, profitant de la présence de forces de sécurité sur les plages, ne pas y décréter certaines zones ouvertes au naturisme ? Cela n’attirerait-il pas les adeptes de ce type de vacances qui sont de plus en plus nombreux et qui feraient de la destination tunisienne, eu égard à ses diverses spécificités, une option de choix pour des vacances sûres et originales en terre arabe musulmane ?

On sait d’ailleurs que le naturisme est une pratique courante dans les pays d’Europe du Nord, et particulièrement en Allemagne ; or, ce pays fournit généralement le contingent le plus important des touristes prisant la Tunisie. Des zones de naturisme permettraient assurément de les ramener sur le sol tunisien.

Par ailleurs, il n’est plus besoin de démontrer le volume des dépenses durant leurs vacances des touristes gays ; ne serait-il pas judicieux de chercher à en faire profiter un pays qui serait en mesure d’offrir à des touristes fortunés les vacances de rêve recherchées, une sorte de magie orientale aux portes de l’Occident ?

Pourquoi la Tunisie n’ose donc pas s’ouvrir à ce type de touristes, non pas le tourisme sexuel, bien évidemment, internationalement prohibé, mais par l’abolition de ses lois homophobes relevant d’un autre âge, ce qui permettrait d’entrevoir la création de zones réservées aux gays sur ses plages ?

Ainsi fera-t-elle d’une pierre deux coups : justifier d’abord la présence sécuritaire qui protègera les zones réservées à créer des terroristes — non seulement physiques, mais mentaux, les intégristes religieux et les pudibonds. Ensuite, renforcer les droits et les libertés des citoyens tout en améliorant, du même coup, l’image de la Tunisie où il fait bon vivre en toute liberté pour tout un chacun sans hypocrisie ni fausse pudeur. Car il n’y a pas de péché du nu en islam !

De la sorte, assurément, les autorités feront cet été de la Tunisie une destination de choix, incarnant son statut d’exception dans le monde arabo-islamique. Ainsi serviront-elles aussi bien l’économie que l’État de droit, consolidant de la meilleure façon et la plus originale qui soient la démocratie tunisienne naissante !

Les dirigeants tunisiens, politiques et surtout religieux, y sont-ils prêts ? Et ces derniers particulièrement, fraîchement convertis à la démocratie, l’oseraient-ils ? S’ils sont patriotes, ils ne sauraient hésiter, car outre la nudité qui n’y est pas un péché, l’islam n’est pas homophobe.

Le parti Ennahdha, dont le poids est énorme sur la scène politique, pourrait prouver, à cette occasion, avoir effectivement changé en cautionnant un tel appel combiné au patriotisme, à la démocratisation du pays et à la libéralisation des mœurs. N’est-ce pas ce que commande le libéralisme bien compris dont il se réclame ?

Comme un projet de loi d’abolition de l’homophobie lui a été déjà soumis, il pourrait le faire passer tout en appelant à la création de zones touristiques réservées aux gays et aux naturistes ! Ainsi, aiderait-il de la meilleure façon à sauver la saison touristique 2016 et mériter sans conteste de la patrie reconnaissante.

À moins que ce ne soit le fait du prochain gouvernement d’union nationale qu’appelle de ses voeux le président de la République en ultime tentative pour faire bouger les choses au pays et le sauver de la terrible crise qui le secoue sans solution ni répit en vue. Car si immobilisme, il y a, il est dans les mentalités figées sur l’ordre ancien périmé !