Cyber-casse ou liberté contractuelle au pays des blockchains ?

Publié Par Brice Rothschild, le dans Technologies

Par Brice Rothschild.

Bitcoin

Bitcoin By: BTC KeychainCC BY 2.0

La communauté des crypto-monnaies (ou blockchains), dont Bitcoin est la première implémentation, a une nouvelle fois été secouée. Cette fois, c’est la plate-forme Ethereum qui est en cause. En effet, The DAO, qui avait levé il y a un mois 8,26 millions d’ETH (Ether) sur Ethereum, soit plus de 100 millions de dollars, a perdu le 17 juin dernier 3,64 millions d’ETH, soit environ 4,5% de la quantité existante d’ETH.

Pour le contexte, il faut savoir qu’Ethereum a été développé dans le but de créer un système similaire à Bitcoin, mais avec des capacités de programmation étendues, permettant une variété infinie de constructions contractuelles avec l’objectif que ces dernières soient immuables. Autrement dit, un contrat sur la plate-forme Ethereum devrait avoir comme propriété que personne ne peut agir contre son exécution, ce qui crée de fait un système juridique autonome.

La faille dans le code

La personne qui a attaqué l’organisation The DAO a utilisé une faille dans son code. Il est largement reconnu qu’il s’agit là d’un vol. En conséquence, il est suggéré de demander à ceux qui valident les transactions de bloquer le portefeuille de l’assaillant, voire d’annuler les transactions litigieuses. Dans le même temps, une lettre ouverte a été envoyée par l’assaillant. Certains pensent qu’il s’agit d’un faux. Quoi qu’il en soit, elle offre un point de vue totalement différent (traduction libre) :

Je suis déçu par ceux qui considèrent l’utilisation de cette fonctionnalité comme du vol. J’ai utilisé cette fonctionnalité telle qu’écrite dans les termes du contrat et mon avocat m’a indiqué que mon action était totalement conforme avec les lois des États-Unis.

D’une part, l’assaillant prétend que son action est conforme au contrat. En l’espèce, il est difficile de le contredire puisque le contrat étant le code, s’il existe une faille dans le code, alors la faille fait partie du contrat. Est-il légitime de contrevenir à l’application rigoureuse de ce contrat car son exécution ne serait pas conforme à son esprit ? Cela créerait en tout cas un précédent qui pourrait faire du tort à la confiance dans l’impartialité des contrats écrits sur Ethereum. Et on voit que des questions qui se posent depuis toujours dans le monde juridique sur l’interprétation et les limites des contrats, se posent également aux blockchains.

Le rapport aux juridictions traditionnelles

Par ailleurs, il est fait mention de la juridiction américaine. Si un certain degré d’anonymat est possible sur la blockchain Ethereum, certaines personnes sont tout à fait connues, et donc potentiellement attaquables. L’interaction entre les blockchains et les juridictions traditionnelles seront intéressantes à suivre…

On peut se demander quel est l’intérêt des blockchains si on retombe sur les mêmes problématiques qu’avant. Certes, si les contrats sont exécutés sur des machines, ces dernières sont contrôlées par des humains. La nouveauté est qu’un consensus est nécessaire pour la viabilité d’une blockchain, sans quoi celle-ci perdra des utilisateurs, et donc de sa valeur. Ainsi, à supposer qu’elle puisse s’établir, une gouvernance par oukases a peu de chances de s’y maintenir. Il est possible qu’à l’avenir, certaines blockchains soient plus neutres dans l’exécution de leurs contrats, alors que d’autres feront l’objet d’une discussion au sein de leur communauté pour annuler ou modifier l’exécution de code en cas de contestation. Plus de sept ans après la création du Bitcoin, on a toujours du mal à imaginer les contours potentiels de ce nouveau monde…

Sur le web

  1. Question: quelqu’un a t’il dejà converti du BC ou de l’Eth en monnaie sonnante et trébuchante? Ça se passe comment ?

    1. En passant par une bourse de change, tu donnes tes coordonnées bancaires et ton identité à la bourse en question, et ils font un transfert (type SEPA dans mon cas) après que tu aies arbitré tes bitcoins en euro/dollar selon la valeur de la bourse à l’instant de l’arbitrage (qui n’est pas le même pour toutes les bourses) Note que tu n’est pas obligé de faire un transfert vers ta banque quand ils sont en euro, tu peux simplement les garder arbitrés puis les retransformer en bitcoin. Je t’apprendrais rien en te disant que le transfert de ton wallet vers la bourse va te couter un peu, ainsi que le transfert vers ton compte bancaire. Après les frais de transaction sont très bas en bitcoin. (ils peuvent monter un peu si tu veux transférer vite)

    2. vous reliez une cb visa/mastercard à votre wallet bitcoin et faite votre retrait… xapo, advcash, okpay… les services de ce type manque pas

    3. Sur Meetup, il y a aussi des « rencontres Bitcoin » où tu peux échanger du BTC en cash. Sinon, essaye localbitcoins.com

  2. Ce casse a ceci d’intéressant qu’il démontre une fois de plus qu’un contrat écrit (fut-il sous forme d’algorithme) ne peut pas complètement épuiser le contrat réel, il y a toujours des non-dits et certains de ces non-dits sont essentiels.
    Le projet d’un système exclusivement procédural est voué à l’échec, un système formel ne peut pas décrire complètement le réel. Cette intuition est à la base de la vieille exigence que traduit le code civil : « les conventions […] doivent être exécutées de bonne foi » et cette intuition a été transformée en théorème mathématique par Gödel (le fameux théorème d’incomplétude). Manifestement the DAO a oublié, ou n’a jamais su, que son projet restait dépendant de la bonne foi des participants, TOUS les participants, et qu’il en suffit d’un seul un peu habile dans l’exploitation de failles en toute mauvaise foi pour tout pourrir.
    Or aucune blockchain, aucune procédure aussi sophistiquée soit-elle, ne peut juger de la bonne ou mauvaise foi d’un contractant.

    Inversement ce que je dis ne signifie pas qu’un système de type Ethereum est complètement inutile ; au contraire, tous nos systèmes de contrôle et de justice ont un part procédurale importante (parfois trop …) et la vérification de leurs exigences est une part cruciale du boulot ; les blockchain peuvent contribuer à ce travail. Elles ne peuvent juste pas le faire seules.

    1. En fait, ça revient au même que de fabriquer de la fausse monnaie! Celle-ci n’est prise en par aucune organisation

  3. huhu
    système juridique autonome…
    nous ne sommes plus très loin du turing-complet
    Vite sur l’assembleur et la programmation de puces lol

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