Le triomphe mondial des fonctionnaires

bureaucratie credits Schnettelker (licence creative commons)

La Suisse et les États-Unis semblaient jusqu’à présent préservés du handicap économique constitué d’une trop grande masse de fonctionnaires. Pourquoi ont-ils maintenant la côte ?

Par Bernard Zimmern.

bureaucratie credits Schnettelker (licence creative commons)
bureaucratie credits Schnettelker (licence creative commons)

Il est assez frappant de voir publier à quelques jours d’intervalle deux articles sur la montée de la fonctionnarisation dans deux pays qui pourtant paraissaient à l’abri de cet handicap de leur économie : la Suisse et les États-Unis.

Le premier article est issu d’un quotidien dont l’objectivité est connue : Le Temps de Genève.

Le 4 mars 2016, il titre en effet : « les fonctionnaires, première force du parlement genevois ». Et le chapeau de l’article dit : « près de 40% des députés ont été ou sont des collaborateurs de l’État. Cette surreprésentation gèle, estiment certains élus, toute tentative de réforme de la fonction publique ».

Suivant les calculs du Temps, il y aurait bien 39 fonctionnaires anciens, actuels ou retraités sur les 100 élus qui composent le parlement genevois.

Ceci n’est pas sans rappeler le Parlement français où, même sous la présidence de droite de 2002 à 2012, l’Assemblée nationale comptait environ 40% de membres auxquels on pourrait adresser les mêmes qualificatifs.

Des députés fonctionnaires désinhibés

dessin politique556L’inquiétant, mais pas inattendu, est d’entendre un parlementaire suisse non fonctionnaire déclarer qu’« ils [les députés fonctionnaires] sont aujourd’hui totalement désinhibés, affichant peu de retenue lorsqu’il s’agit de se prononcer sur des objets qui les touchent directement ». Il donne comme exemple le renflouement de la caisse des pensions, l’octroi d’un point retraite généreux, le gel des embauches de l’État ou le doublement du dernier salaire des fonctionnaires avant leur départ en retraite (des pratiques bien connues en France).

Autre exemple, la caisse de prévoyance des fonctionnaires de police et des prisons offrant des conditions bien meilleures que celles offertes aux autres collaborateurs de l’État, une inégalité que l’Assemblée du Parlement genevois se refuse à modifier « au nom du caractère intouchable de la fonction publique ».

De son côté, le Wall Street Journal dans son édition du mardi 31 mai 2016 expliquait la complexité qui s’est installée dans la gestion des banques suite à la loi Dodd-Frank pour éviter le renouvellement de la crise de 2008.

L’un des règlements fédéraux que les critiques appellent TRID, le « TILA-Respa Integrated Disclosure rule » est résumé par : « la raison pour laquelle je bois »

En effet, les nouveaux règlements auxquels sont soumises les banques et que doivent appliquer les régulateurs représentent 22.000 pages ; ceci a obligé les banques à embaucher des dizaines de milliers de nouveaux cadres dont la seule fonction est d’assurer que le personnel existant applique bien ces règlements et que les régulateurs ne puissent pas les prendre en défaut.

Le Wall Street Journal donne en exemple la formation d’agents à San Diego où les participants ont reçu un manuel d’instructions de 300 pages pour leur apprendre comment contrôler correctement une transaction à travers un ATM (distributeur de billets) ou comment parler à un régulateur.

À JP Morgan, la plus grande banque par ses actifs, le nombre d’agents serait passé de 24.000 en 2011 à 43.000 en 2015.

Dans les histoires exemplaires, on cite l’agent en train de se plaindre d’un régulateur auprès d’un collègue dans les toilettes sans savoir que ce dit régulateur était lui-même, dans une des cabines des toilettes (qui aux États-Unis sont ouvertes par le haut et par le bas).

Le coût de la nouvelle réglementation

Mais le coût de cette nouvelle régulation est considérable.

On estime que les six plus grandes banques américaines par leurs actifs ont dépensé au moins 70 milliards de dollars en 2013 pour satisfaire les réglementations, contre 34,7 milliards en 2007.

Mais le plus grave, comme dans toutes ces réglementations économiques désastreuses, est moins leur coût direct que leur coût indirect.

Les banques ne prennent plus de risques avec leur propre capital et auraient fermé des centaines de milliers de comptes d’individus ou de sociétés qui pourraient poser problème.

Les économies du monde développé ne vont-elles pas sombrer dans le chômage parce que le contrôle et le poids des fonctionnaires monte pour réduire le risque en oubliant que celui-ci est la condition de la créativité ?

Sur le web