House of cards saison 4

Publié Par Victoria Melville, le dans Culture

Par Victoria Melville.

house-of-cards-season-4-970-80Après une troisième saison en demi-teinte, Netflix nous a offert une triomphale 4e saison pour House of Cards. Le couple Underwood (Kevin Spacey et Robin Wright) nous revient en grande forme, plus cynique et plus terrifiant que jamais.

Pour rappel, nous avions quitté Frank et Claire Underwood l’année dernière en pleine campagne pour la primaire démocrate, alors que l’inénarrable Doug Stamper (Michael Kelly) retrouvait enfin la forme. La première dame avait pris la décision de quitter son mari au terme d’un conflit larvé sur toute la durée de la saison.

Cette nouvelle saison attaque le problème de fond, axant clairement son développement autour de la personnalité de Claire Underwood, de son influence sur son mari ainsi que sur la politique américaine. La saison, très cohérente, se divise en deux parties. La première est plus centrée sur le couple Underwood sur fond de campagne alors que la seconde en est la traduction publique.

Le retour des Underwood

Ce qui rend cette saison sensiblement meilleure que la précédente est tout simplement qu’elle nous apporte ce que nous sommes en droit d’attendre après les deux premières saisons, et bien plus. La troisième saison manquait singulièrement de cynisme, la relative absence de Doug Stamper n’y étant pas pour rien.

Les intrigues personnelles, notamment les états d’âme de la Première Dame, avaient quelque peu pris le pas sur la construction de la machine Underwood, ou plutôt le rouleau compresseur Underwood. Ici, rien ne nous est épargné. Les deux héros ont retrouvé tout leur cynisme, peut-être même encore davantage que lors des deux premières saisons. Le personnage de Claire Underwood est terrifiant de froideur et de calcul, y compris et surtout dans les moments tragiques de la disparition de sa mère (excellente Ellen Burstyn).

L’arrivée de nouveaux protagonistes, le couple Conway (Joel Kinnaman et Dominique McElligott), opposants républicains aux Underwood, offre un contrepoint extrêmement intéressant et une illustration assez grinçante de l’opposition séculaire entre les deux partis principaux de la politique US. Les Conway sont beaux, jeunes, intelligents et bien aussi rusés que les Underwood, malgré leur discours en apparence opposé. En réalité, ils sont simplement au fait de nouvelles ruses au réalisme terrifiant que la série nous permet de savourer.

Le terrifiant réalisme de la série

La saison 4 de House of Cards est celle où la fiction rejoint la réalité, d’autant plus du fait de la concomitance du calendrier de la série et de celui des élections aux États-Unis.

La série offre un éclairage bienvenu sur le déroulé des élections aux États-Unis. Les procédures sont assez complexes et très opaques pour la plupart des non-Américains que nous sommes. La richesse de la série est de nous fournir un aperçu, je pense assez franc, de la réalité de la nomination d’un candidat, des petits arrangements en coulisses et des coups bas à tous les étages.

L’enjeu ici était d’arriver au tour de force de présenter un ticket démocrate Underwood + Underwood. Sur le moment, cela peut sembler invraisemblable mais souvenons nous que nous avons nous-mêmes un président dont l’ex est une ministre incompétente dont personne ne veut… La maestria avec laquelle le but est atteint laisse rêveur.

Les moyens employés, ensuite, par les Underwood pour conserver leur pouvoir, et les Conway pour tenter de l’acquérir sont très éclairants. À  l’heure du tout numérique, Conway n’hésite pas à manipuler un moteur de recherche pour que les résultats fournis influencent les électeurs, à déballer de manière pornographique sa vie privée, à mentir sans vergogne à son futur running mate pour le soutirer à Underwood… Quant à Frank Underwood, son cynisme ne connaît plus de limite. Il magouille, il simule, il menace, il attaque..

Ainsi, il n’hésite pas à détourner à son propre usage le système de surveillance de masse mis en oeuvre pour soi-disant protéger le peuple américain de la menace terroriste. Cela vous rappelle quelque chose peut-être ? Claire Underwood l’utilise jusqu’à la mort de sa mère pour en appeler à l’affection du peuple.

Lorsque tout l’empire Underwood est menacé par le courage du journaliste retraité Tom Hammerschmidt (Boris McGiver) qui dévoile une partie de la corruption et du trafic d’influence auxquels le couple s’est livré, plus aucune limite ne s’applique. Quant à Douglas Stamper, ses contradictions et ses états d’âme seraient presque touchants, s’il n’était pas un abominable meurtrier de sang-froid.

Pour ne pas gâcher le plaisir des spectateurs, je ne dévoile rien du dernier épisode mais sachez qu’il est mémorable et qu’il saura vous hérisser les poils du dos.

Une réalisation impeccable

L’immense plaisir de regarder House of Cards, disons le franchement, est aussi dû à la qualité de sa réalisation. Au moment où Netflix se fourvoie avec une terrible production française comme Marseille, soulignons la qualité dont la production américaine est capable. Ici, tout est impeccable, tout est parfait. Certes le fond est passionnant mais ce qui donne envie de consacrer neuf heures de sa vie à regarder cette nouvelle saison, c’est surtout le plaisir visuel.

Les acteurs sont tout simplement parfaits. À chaque saison, Kevin Spacey et Robin Wright sont meilleurs, plus naturels, plus impressionnants. Les nouveaux venus se glissent à la perfection dans leur environnement et rien ne semble jamais forcé. Le premier discours de Will Conway, vibrant aux oreilles des défenseurs de la liberté que nous sommes, est plus vrai que nature. La déconvenue que l’on ressent en découvrant la réalité du personnage est d’ailleurs à la hauteur de l’enthousiasme suscité par ce premier contact.

La qualité de l’image est également parfaite du début à la fin. Chaque plan est étudié, chaque lumière calculée, chaque bruit anticipé. Certains plans s’apparentent à de véritables œuvres d’art. C’est particulièrement vrai du dernier plan, avec cette fabuleuse explosion du quatrième mur. La musique est omniprésente sans jamais être étouffante ou gênante dans la compréhension des dialogues.

Allez-y sans hésiter, rien que pour House of Cards, l’abonnement vaut le coup !

  1. House of cards est effectivement excellent et nous ouvre les yeux sur le dessous des cartes politicardes.
    Cela dit, Marseille est très bon également. Manifestement les critiques négatives viennent de Canal qui perd du terrain face à Netflix.

  2. La série VEEP avec un budget plus faible est juste, dix fois plus réaliste que House of Cards, sans qu’il y est besoin d’ajouter un meurtre par saison pour rendre le héros plus méchant. Dans House of Cards il faut attendre la saison 3 pour qu’il propose une mesure économique appelé « l’Amérique au travail », plans de relance Keynésien financé par une réduction de la couverture santé. Proposition qui n’a jamais été proposé par aucun gouvernement depuis 200 ANS. eT POURTANT j’aime beaucoup le réalisateur David Fincher qui a fait Social Network, Zodiac, ET Gone Guerl.

  3. « Gone girl » Désolé pour la faute de frappe, meilleur film policier des dix dernières années.

  4. La saison 3 n’était pas en demi-teinte parce qu’il manquait Doug Stamper, mais parce qu’il ressuscitait. En réalité, dans cette troisième saison, il était devenu le personnage le plus absurde : un président ne laisserait jamais faire quoi que ce soit de sale par son directeur de cabinet (bon, enfin, c’est vrai que le rôle du secrétaire général de l’Elysée sous Sarko n’était pas toujours d’une grande propreté…), car le directeur de cabinet (chief of staff) est une personnalité connue et reconnue, qui ne peut pas se permettre de passer plusieurs semaines hors de son bureau au Mexique pour retrouver un mec qui lui donnera la trace d’une fille qui a disparu de la circulation et ne menace plus personne, puis pour la tuer. D’ailleurs, sa tentative de l’assassiner dans un bois était déjà ridicule. on frisait la débilité de « 24 », c’est dire.
    Doug en larbin abject est bien meilleur et infiniment plus efficace dans son bureau que dans ce rôle où il se salit les mains : il est bien trop proche d’Underwood pour que celui-ci le laisse se prêter à de tels crimes.
    Et merci à Marcault pour la suggestion de regarder Veep 🙂

Les commentaires sont fermés.