L’africapitalisme : un tremplin pour une agriculture prospère

Publié Par Libre Afrique, le dans Afrique

Par Tony O. Elumelu.
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Afrique By: Soufiane MCC BY 2.0

Le paradoxe mondial de la sécurité alimentaire est triste car d’un côté, il y a plus de nourriture que nécessaire pour nourrir les sept milliards d’habitants de la planète. De l’autre, un trop grand nombre de personnes vit dans une grande fragilité alimentaire. L’autre ambivalence est que l’Afrique dispose de 60% des terres arables non cultivées dans le monde tout en abritant la plus grande population de personnes souffrant de faim chronique et de malnutrition.

En Afrique, la migration des zones rurales vers les villes se fait à un rythme très rapide. Pour lutter efficacement contre ce problème, il faut le comprendre. La réponse est simple. Les gens recherchent avant tout des opportunités d’emplois. La migration urbaine en Afrique, en particulier chez les jeunes, s’explique par la stagnation de l’économie rurale. Il est important de comprendre que ces jeunes gens ne fuient pas le monde agricole mais fuient plutôt la pauvreté.

L’agriculture semble avoir échoué à enrichir une génération entière. Trop de jeunes Africains ont grandi en voyant leurs parents travailler toute leur vie pour assurer difficilement leur subsistance ! Ainsi, les agriculteurs africains ne récoltent qu’un cinquième de ce que les agriculteurs américains pourraient récolter sur le même hectare de terre.

La promotion du développement par l’africapitalisme

Il est donc urgent de s’occuper de ce secteur. La bonne nouvelle est que c’est possible grâce à l’africapitalisme, concept selon lequel le secteur privé s’implique dans la promotion du développement. L’africapitalisme encourage les investissements à long terme dans des secteurs stratégiques qui offrent des dividendes économiques et sociaux. L’agriculture est sans doute le secteur le plus stratégique, parce qu’il permet un retour sur investissement de l’ordre de 2 à 3. Elle représente 32% du PIB de l’Afrique, et emploie 65% de la population active. Plus important encore, elle est le secteur qui permet aux plus pauvres de se nourrir dignement. Ainsi, tout programme ou initiative visant à éliminer ou atténuer la pauvreté, à stimuler la création d’emplois ou à faciliter l’autonomisation des femmes, doit s’attaquer au secteur de l’agriculture.

Fondamentalement, toute transformation du secteur agricole peut conduire à un progrès radical du continent africain. Cependant l’agriculture est intimement liée aux autres secteurs stratégiques du transport et de l’énergie. Les secteurs économiques sont en effet interdépendants les uns des autres. Pour stimuler le secteur de l’agriculture, il faut investir dans les routes pour faciliter le transport de la récolte et des produits finis des zones rurales vers les marchés. Il faut également investir dans l’énergie pour le traitement et la conservation des denrées, en particulier pour respecter la chaîne du froid nécessaire pour répondre aux nouvelles exigences alimentaires des consommateurs urbains. Des financements seront nécessaires pour répondre à l’ensemble de ces besoins en infrastructures.

Les gouvernements africains ne disposent pas du capital nécessaire pour satisfaire tous ces besoins en infrastructures. Toutefois, le secteur privé a et peut accéder au capital, dispose de l’expertise nécessaire pour aider à relever ces défis. L’africapitalisme offre la solution, puisqu’il exige que les gouvernements et le secteur privé travaillent ensemble pour atteindre un «objectif commun», celui de la « prospérité partagée », où tous les acteurs et secteurs économiques participent et en même temps profitent des fruits de la croissance économique.

Les gouvernements africains commencent à comprendre cela et mettent en place des partenariats public-privé (PPP) pour construire des routes qui désenclavent les zones rurales de manière à faciliter l’acheminement des produits agricoles vers les marchés. Ces voies permettent aussi d’accroître les échanges avec les pays voisins. Par exemple, entre 2010-2014, la Banque africaine de développement, en partenariat avec les gouvernements africains et le secteur privé, ont financé la construction et la réhabilitation de 230.000 kilomètres d’échangeurs permettant à 563 000 personnes de bénéficier d’un meilleur accès au transport. Dans le secteur de l’énergie, en collaboration avec les gouvernements africains et les dirigeants du secteur privé, l’Initiative Africa Power, lancée par le président Obama, est en train de relever audacieusement le défi d’améliorer l’accès à l’électricité, ce qui favorisera la croissance dans d’innombrables autres secteurs. À travers Africa Power, le gouvernement américain a réuni 120 partenaires des secteurs public et privé, et mobilisé 43 milliards de dollars pour créer 60 millions de nouvelles connexions électriques.

Ainsi dans le domaine agricole, des PPP permettraient de mobiliser les connaissances et la main-d’œuvre nécessaires à l’essor du secteur, réduisant ainsi l’exode rural. Les jeunes pourraient alors gagner leur vie et faire prospérer leurs entreprises là où ils sont nés et ont grandi.

Transformer en priorité l’agriculture en Afrique est un impératif moral et une stratégie intelligente pouvant sauver des vies, créer les emplois, et booster la croissance des économies. Investir dans l’agriculture permettrait d’atteindre le second des Objectifs de Développement Durable (SGD), à savoir la «lutte contre la faim». En découle la réalisation d’autres objectifs tels que la bonne santé, la croissance économique et l’amélioration des infrastructures, transformant ainsi le continent. Tout le monde – secteurs public et privé, scientifiques, universitaires, médias, secteurs à but non lucratif – a un rôle à jouer. Et nous devons travailler à réaliser cet « l’objectif partagé » et terriblement stimulant compte tenu de son fort impact.

Sur le web

  1. « les agriculteurs africains ne récoltent qu’un cinquième de ce que les agriculteurs américains pourraient récolter sur le même hectare. » Oui parce que la polyculture peu mécanisée demande plus de main d’œuvre, pour autant le rendement par hectare des sols et bien plus important qu’en monoculture intensive et surtout, ne détruit pas les sols ni les nappes phréatique (les coûts externes ne sont jamais comptés dans les rendements).
    L’afrocapitalisme peu être positif mais il ne s’agit pas de reproduire l’anarchie environnementale productiviste d’après guerre en Occident. Et surtout que l’Afrique ne soit pas rachetée par de grand groupes chinois au bénéfice de quelques dirigeants véreux.

    1. @tigrou 777
       » le rendement est bien plus important qu’en intensif  » Cette affirmation est un rêve. Le rendement en Afrique est catastrophiquement bas en moyenne ( souvent moins que les 5 fois inférieurs annoncés dans l’article)… sauf là où les méthodes intensives occidentales ont été appliquées.
      Le problème de destruction des sols en Afrique ( sols ferralitiques en particulier) est lié à une méconnaissance en agronomie et en pédologie et absolument pas à l’agriculture intensive. De même l’érosion responsable de la disparition de sols. Il y a des centaines de millions d’hectares de jachères qui sont cultivables mais le facteur limitant est la formation. La première priorité devrait être de former de véritables agronomes maîtrisant toutes les techniques modernes qui marchent ( génétique, produits phytosanitaires, irrigation, rotations, travail du sol, engrais etc etc….). Pour cela il faut des écoles … et des professeurs!

      1. Non, ce n’est pas un rêve, c’est une réalité, on produit plus au mètre carré en permaculture qu’en monoculture car les sols. À voir en ce moment à ce sujet: http://www.arte.tv/guide/fr/062286-020-A/vox-pop?autoplay=1. Simplement ça demande plus de main d’oeuvre. Or l’Afrique ne manque pas de main d’œuvre. Dans tous les cas, afrocapitalisme ou permaculture demande de la formation.

  2. 230 000 km d’échangeurs pour 500 000 personnes ! il y a un problème de cohérence.
    L’Afrique est dans une situation idéale car il lui suffit de profiter de toutes les innovations occidentales…. quasi gratuitement : elle peut donc faire un progrès très rapide sans passer par toutes les étapes et tous les apprentissages. Le Malawi a montré qu’en 2 ans il est possible de passer d’importateur à exportateur.

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