Après l’Euro 2016, les J.O à Paris seront-ils bienvenus ?

Pour vanter l’intérêt des Jeux olympiques, on fait souvent référence aux retombées financières de l’Euro 2016. Oui mais voilà, la réalité est un peu différente.

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Stade olympique de Montréal By: abdallahh - CC BY 2.0

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Après l’Euro 2016, les J.O à Paris seront-ils bienvenus ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 6 juin 2016
- A +

Par Serge Federbusch.

Stade olympique de Montréal By: abdallahhCC BY 2.0

Un rapport commandé par le GIE pour la candidature de Paris aux JO de 2024 a opportunément révélé, cette semaine, que les bénéfices à attendre de l’obtention des jeux s’élèveraient de 5,3 milliards à 10,7 milliards d’euros sur la période 2017-2034.

Les Jeux olympiques rapporteraient de l’argent

Magnifique ! Malheur à celui qui remarquerait goguenard qu’on n’est jamais aussi bien rapporté et évalué que par soi-même. Ou que, mis à part le cas de Los Angeles en 1984, tous les Jeux olympiques ont été des gouffres financiers depuis des décennies, et des nids de corruption.

Le document a été rédigé par le Centre de droit et d’économie du sport (CDES) de Limoges. « Sur la base d’un modèle de type keynésien » -tiens donc-, il additionne des carottes et des tomates. L’organisation des jeux, notamment les dépenses d’infrastructures, représenterait la moitié de ces retombées. « Largement financée par des ressources privées (77 %) », cette part comprend la promesse d’un versement du Comité international olympique de 1,5 milliard d’euros.

On notera tout de suite que le financement de ces dépenses par l’emprunt des collectivités publiques pour une part malgré tout non négligeable et les impôts qu’il génèrera sur le long terme ne soucient guère le comité de candidature français. C’est comme considérer qu’une dette est pour sa totalité créatrice de richesse pour le débiteur. De plus, les engagements du secteur privé sont très hypothétiques.

De même, le secteur du tourisme représenterait de 27 % à 35 % des retombées attendues.

Pour vanter l’intérêt des Jeux, il est souvent fait référence aux bienfaits de l’Euro 2016 de football, qui va bientôt démarrer en France. Ce dernier est censé rapporter 1,2 milliard d’euros à notre pays, largement par ses retombées commerciales et touristiques. C’est justement le même CDES qui a avancé ce brillant résultat, en conclusion d’un des rapports dont il a le secret.

La réalité est différente

Patatras ! Les craintes d’attentats et l’image déplorable de notre pays « hollandisé » à l’étranger ont fait voler en éclats ces mirifiques calculs. Les touristes se méfient au contraire de l’Euro 2016 de football, de ses périls et de ses nuisances. L’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie a tiré la sonnette d’alarme, le 25 mai : les réservations dans les établissements hôteliers sont en chute de 20 % à 50 %. Elles se sont effondrées depuis le début de l’année. Dans la région parisienne, la fréquentation des touristes japonais est en chute de 56 % au premier trimestre, tandis que celle des Russes a baissé de 35 % et celle des Chinois de 13,9 %, selon le Comité régional du tourisme de Paris île-de-France.

Pourtant, près de 2 milliards d’euros ont déjà été engloutis pour financer les travaux dans les stades. Les partenariats publics privés feront qu’à Marseille les contribuables paieront 31 millions par an à une filiale de Bouygues pendant 31 ans. Et les bénéfices non imposables de l’UEFA grâce à une loi de 2014 sont écartés des projections.

Bref, vous n’avez pas besoin de sortir votre calculette bien longtemps ou de commander une coûteuse étude au CDES pour comprendre que cette immense opération d’enfumage est destinée avant tout à doper la cote des politiciens et engraisser quelques capitalistes de connivence. Et qu’elle n’est aucunement de l’intérêt de la France ou de Paris.

Sur le web

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  • « tous les Jeux olympiques ont été des nids de corruption », donc c’est bien pour nous.

    • Justement, on a déjà l’Euro, pourquoi offrir les JO aux concurrents/successeurs ? En remerciement pour l’alternance ?

  • Cher Monsieur Federbusch,

    quand lancez-vous une pétition contre ces p…. de Jo qui vont finir d’achever les finances de Paris, de la région IDF et même du pays ?

    Déjà qu’avec des gens compétents, les JO sont quasiment assurés d’êter déficitaires, avec les bras cassés qu’on se trimbale on est sûrs de finir dans les choux.

  • Les JO à Paris en 2024 : Pourquoi vouloir les jeux ?

    Pour les retombées économiques ?
    Une douce plaisanterie. Demandons plutôt par exemple leur avis aux contribuables russes après les jeux de Sotchi

    Pour l’amour du sport et de l’idéal olympique ?
    Considérons par exemple les derniers jeux en Chine, en Russie ou l’attribution du mondial de football au Qatar. Uniquement des considérations géostratégiques et financières. Rien ne résiste au fric. Les sponsors ne veulent qu’une chose : être visibles par des milliards de téléspectateurs. Il y aura d’autant plus de téléspectateurs qu’on attend des performances et des records. Chacun son rôle : les organisateurs organisent, les financeurs financent en tablant sur des retombées réelles, les télévisions achètent des droits de diffusion pour des sommes folles, les téléspectateurs paient les télévisions pour le spectacle, mais veulent du spectacle et des performances, les coaches et soigneurs en tout genre donnent aux athlètes les moyens de gagner, par exemple en leur fournissant les produits qui vont bien. En bout de chaîne les athlètes courent un peu plus vite, sautent un peu plus haut qu’aux jeux précédents. Tout le monde est ravi. Pour pimenter un peu, mettre du suspense, donner bonne conscience au bon peuple, on nomme des comités ou commissions antidopage et quand on ne peut plus faire autrement, on désigne quelques affreux coupables, individus ou nations (la Chine, la Russie)

    Pour le prestige de la France ?
    La France ne le sait peut-être pas encore très bien, mais elle ne joue plus en première division et l’évocation de son prestige doit en faire rire quelques uns. En tout cas un grand merci à notre couple de Martinez : Le petit pour les nuits debout et le grand pour le désordre qui règne en France depuis quelques mois. Ils auront fait tout leur possible pour couler la candidature française, s’il en était encore besoin. Je pense que le CIO est opportuniste et prudent. Entre quelques pays tout à fait comparables pour l’aptitude à organiser, financer, tenir des délais, je suis persuadé que la France sera considéré comme un pays cabochard, peu sûr, et que ce critère fera, le moment venu, la différence contre la candidature française.

    • Lomo,

      «  »Pour le prestige de la France ?
      La France ne le sait peut-être pas encore très bien, mais elle ne joue plus en première division et l’évocation de son prestige doit en faire rire quelques uns…

      Tellement vrai , il y a deux siècles , les élites européennes ( allemandes , russes , italiennes , espagnoles , anglaises ) s’exprimaient en français …qu’n est-il maintenant …
      .

      • @Volna,
        Ce n’est pas faux, mais il faut se rappeler qu’une grande partie de l’élite française avait fuit le pays pour ne pas se faire raccourcir. Peut-être que grâce aux crapules et bras cassés qui nous gouvernent, avec la diaspora de notre élite actuelle (étudiants diplômés, chefs d’entreprises, financiers), la prochaine génération mondiale parlera de nouveau le français.

  • L’Euro 2016 ?
    Le problème, c’est qu’il n’a pas encore eu lieu, et donc de là à savoir combien ça va rapporter ….
    Alors, pour les jeux olympiques, c’est pas pareil, on sait. On sait que tous ceux qui en ont organisé, y ont bouffé leur chemise ! Mais tout va bien.
    En matière de finances, on a déjà inventé les intérêt négatifs pour rémunérer l’argent placé. C’est juste une vision des choses non-conventionnelle.
    Dans le même esprit, on peut très bien imaginer des recettes négatives pour ces événements, sans que ce soit choquant, vu que c’est déjà dans le langage courant.
    De toute façon l’argent « perdu », ne le sera pas pour tout le monde. Il faut bien tout de même que certains soient prioritaires pour se payer leurs prestations. Sinon où va-t-on ?
    Qu’à cela ne tienne, il reste le contribuable ….
    Et tout le monde sait désormais, que quand c’est le con-tribuable qui paie, ça ne coûte rien …
    Alors « ça va mieux », puisqu’on vous le dit, enfin quoi !

  • En effet. Sur le sujet, ce livre et cet article récents (en anglais) sur l’insulte à l’analyse économique et au contribuable que sont les études d’impact économique des grands événements sportifs : http://www.brookings.edu/research/books/2015/circus-maximus et https://www.aeaweb.org/articles?id=10.1257/jep.30.2.201 .

  • Les commentaires sont fermés.

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