Médias et télécoms : la convergence ou la mort ?

Publié Par Benjamin Boscher, le dans Médias

Par Benjamin Boscher. 
Un article de Trop Libre

Médias et télécoms : la convergence ou la mort ?

Xavier Niel By: OFFICIAL LEWEB PHOTOSCC BY 2.0

Progressivement, la révolution technologique et numérique a transformé les modes de consommation et de diffusion de l’ensemble des contenus informationnel et culturel. Ces derniers ont changé de nature. Ils sont de plus en plus diversifiés et internationaux.

La façon d’y accéder a considérablement évolué. Désormais le plus modeste des points de connexion permet d’offrir des perspectives d’information, d’apprentissage et de divertissement sans borne. Cette possibilité extraordinaire s’explique notamment par le phénomène de convergence numérique qu’ont su saisir, sinon provoquer, les grands acteurs des télécommunications, des industries audiovisuelles et des plateformes en ligne.

Passage en revue des synergies actuellement à l’œuvre, qui font indéniablement entrer les médias dans une ère nouvelle, à coup d’opérations capitalistiques d’envergure.

Une convergence médias – télécom à l’œuvre

Concrètement, le principe de la convergence numérique rend possible le fait de téléphoner depuis son smartphone, tout en ayant accès aux dernières séries en ligne, aux meilleurs matchs sportifs, et à un certain nombre de contenus exclusifs grâce à un même opérateur. La convergence numérique – qui n’est pas synonyme de fusion – a pour but de réunir le plus de services possibles en recourant à un minimum de canaux. Faire converger les réseaux de télécommunications, les meilleurs services multimédias, les terminaux mobiles ainsi que des offres d’abonnement attractives est une ambition ultime pour de plus en plus d’acteurs.

Cet objectif réclame cependant de maîtriser les clés d’un écosystème actuellement sectorisé et qui repose sur des business model hérités d’hier, s’appuyant principalement sur un marché publicitaire à bout de souffle. Les volontés de rapprochement entre les télécoms et les médias existent depuis longtemps, comme en témoignent les initiatives de Jean-Marie Messier au cours des années 2000. Aux modèles fermés de ces années, succède une convergence ouverte qui permet à de grands groupes de redessiner complètement les cartes de ces secteurs.

Cette convergence médias – télécoms se traduit par les récentes manœuvres de rachat et de regroupement.

S’unir pour contrôler et investir davantage. Des investisseurs comme Vincent Bolloré, Xavier Niel ou Patrick Drahi, cherchent à bâtir des groupes numériques pour mieux asseoir une stratégie de convergence des réseaux, afin de concurrencer les grands groupes américains.

Ainsi, le groupe Vivendi – maison mère de Canal Plus, d’Universal Music et de Dailymotion, – se montre particulièrement offensif et a renforcé sa présence dans le capital de Telecom Italia afin de déployer une offre de distribution et de production d’ampleur européenne.

De même, d’autres initiatives de concentration ont été menées en 2015, à l’image de la constitution du SPAC Mediawan par Mathieu Pigasse et Pierre-Antoine Capton, un fonds doté de 300 à 500 millions d’euros, destiné à racheter un certain nombre de médias et souhaitant devenir, là encore, l’une des plus grandes plates-formes de médias et de contenus en Europe.

Les offensives les plus marquantes sont sans doute celles suscitées par Patrick Drahi, à la tête d’Altice. Il s’est emparé du groupe SFR, mais aussi de Virgin Mobile, de Portugal Telecom, de Suddenlink et de Cablevision. Cette consolidation télécoms s’est complétée par l’intégration d’activités médias au sein du groupe, via le rachat progressif de NextRadioTV (BFMTV, BFM Business, RMC), de médias de presse (Libé, L’Express, L’Expansion etc.) et d’importants droits sportifs, dont ceux du Championnat anglais de football.

D’autres signaux alimentent enfin ce phénomène de convergence : l’échec du rachat de Bouygues Télécom par SFR, les rumeurs imaginant l’improbable scénario d’un rachat de Free par Orange, ou les récentes informations du Sunday Times indiquant la volonté d’Iliad d’acquérir O2, la filiale britannique de Telefonica, afin d’étendre son réseau mobile à l’international.

Entre 2012 et 2015, ce serait plus d’une quinzaine d’opérations de fusion-acquisition qui auraient eu lieu dans ce secteur d’activité.

Tous ces groupes français, Vivendi, Bouygues, Free, Orange ou Altice veulent directement concurrencer les nouveaux géants des contenus que sont HBO ou Netflix et créer de véritables bouquets intégrés. Ces mariages des médias et des télécoms ont l’ambition de faire émerger des entités leader dans la diffusion de contenus et dans le développement d’offres quadruple play (fixe, Internet, télévision, mobile).

Le contenu comme donnée à valoriser 

Au delà de ces rapprochements et de ces stratégies de regroupement, tous ces acteurs partagent en commun la volonté de diffuser, sinon de produire, le meilleur contenu possible. Les contenus sont devenus le nouvel or noir. Les médias devront pouvoir contrôler leur distribution, les monétiser et faire en sorte qu’ils soient de qualité ou exclusifs.

Et sur ce terrain, il se pourrait que les acteurs traditionnels doivent encore lutter contre les géants du web. Ces réseaux deviennent en effet de véritables agrégateurs de contenus, faisant preuve d’offensives constantes. Facebook, Twitter Amazon, ou Yahoo ! investissent ainsi massivement dans la vidéo en direct, jusqu’ici négligée, et pourraient bientôt concurrencer le format même de la télévision tel qu’il existe aujourd’hui.

Cette année Twitter a par exemple annoncé la signature d’un accord de diffusion de matches de la ligue de football américain, Amazon le lancement d’un service de vidéo à la demande afin de répondre au déploiement de Netflix, Yahoo! va diffuser la ligue de hockey NHL pour retransmettre des rencontres en temps réel tandis que Facebook annonçait le lancement de la fonctionnalité « Live ». D’ailleurs Facebook a récemment investi dans les télécoms via un partenariat avec Eutelsat.

La régulation comme vecteur de contrôle ?

Enfin, il faut dire que l’environnement réglementaire sera également décisif dans le mouvement de consolidation qui se dessine. Les autorités nationales dédiées au respect de la libre concurrence doivent veiller à ce que ce phénomène de concentration s’effectue en respect des règles en vigueur. D’ailleurs certaines opérations ont pu bloquer. La Commission européenne a par exemple refusé d’autoriser le rachat de l’opérateur mobile 02 par le groupe de Hong Kong Hutchison Holdings, de crainte que cette opération ne se traduise par une augmentation des prix et par une dégradation de la concurrence.

Il semblerait que la commissaire européenne à la concurrence n’apprécie pas ces rapprochements qui s’opèrent partout en Europe, soupçonnant des mariages de circonstance dont l’une des visées serait d’augmenter les marges des industriels au détriment de l’investissement et des consommateurs. La question de l’indépendance des médias (financière, éditoriale…) se pose également face à ces mouvements massifs de concentration.

Ainsi, le phénomène de convergence semble redessiner progressivement les structures mêmes des écosystèmes des médias et des télécoms. Tenant compte des nouvelles formes de concurrence, des nouveaux usages et de la nature des contenus à diffuser, les acteurs de la révolution digitale s’organisent en France pour accompagner cette désintermédiation numérique via une stratégie de plateforme et d’offre intégrée de plus en plus complète.

Reste à savoir si ces stratégies s’avéreront payantes à l’usage et sauront faire preuve d’innovation au gré des sauts technologiques à venir.

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