Présidentielles américaines : le parti libertarien, élément perturbateur ?

Publié Par Damien Theillier, le dans Amérique du Nord, Politique

Par Damien Theillier.

The unblinking eye by Darron Birgenheier(CC BY-SA 2.0)

The unblinking eye by Darron Birgenheier(CC BY-SA 2.0)

Saviez-vous que Jimmy Wales, l’inventeur de Wikipédia, est un libertarien ? Il assure qu’il a conçu son encyclopédie sur le modèle de l’ordre spontané du prix Nobel d’économie Friedrich Hayek et se dit grand lecteur d’Ayn Rand. Il en va de même pour les concepteurs de South Park ou des Simpson : la romancière et philosophe Ayn Rand apparaît régulièrement dans les épisodes de ces cartoons. Longtemps marginalisés sur la scène politique américaine, les libertariens ont aujourd’hui le vent en poupe.

Une recomposition politique en 2016

Avec l’arrivée surprise de Donald Trump au plus haut niveau, toutes les cartes sont redistribuées. Le slogan #nevertrump est partout sur facebook. Désormais beaucoup d’électeurs républicains, mais aussi démocrates (pas assez fous pour soutenir Sanders) se mettent à regarder du côté du 3e grand parti, jusque là assez peu connu et en tout cas très faible dans les scores. Il s’agit du Libertarian Party, dont la création remonte aux années 70. Google Trends a calculé qu’au cours des sept derniers jours, il y a eu plus de 650 articles de presse faisant référence au parti libertarien. Le Wall Street Journal note que 250 journalistes ont demandé des informations sur la convention, contre 10 ou 20 en 2012.

Ce week-end, les délégués du Libertarian Party arrivent de tout le pays à Orlando pour la Convention nationale. Il s’agit à la fois de préparer une plate-forme commune et de voter pour le candidat qui représentera le Parti libertarien devant le peuple américain.

Après quelques mois de primaire les trois candidats principaux sont Gary Johnson, John McAfee et Austin Petersen.

Leur objectif ? Faire en sorte que chaque Américain ait un vrai choix en novembre. Leur programme ? Maximiser la liberté individuelle et minimiser le contrôle du gouvernement fédéral sur la vie des gens. Inverser la pente du déficit incontrôlé et de la dette. Stopper la folie de la guerre à la drogue (qui génère une criminalité et une violence inédite), de la surveillance des citoyens, de l’interventionnisme dans les pays étrangers.

Quelles sont les sources philosophiques de ce parti libertarien ?

La doctrine « libertarienne » n’est ni libertaire, ni hédoniste, contrairement à la caricature que certains essaient d’en donner. Loin de prétendre que tout un chacun peut faire ce qu’il veut sans que quiconque puisse y redire, elle propose de déconcentrer les pouvoirs et de redonner un maximum de responsabilités à la société civile. Les libertariens ne sont ni « de gauche » ni de « droite » ni même une combinaison des deux. À la suite de Tocqueville par exemple, ils pensent que sur chaque question il est préférable de laisser l’échelon local décider de ce qui est meilleur pour lui et d’agir selon ses préférences, tant qu’il respecte le droit des autres à faire de même. Les socialistes défendent en général les libertés civiles, mais veulent que l’État contrôle les affaires économiques. Les conservateurs inversent cette tendance, en prônant une plus grande liberté économique, mais sont désireux de contrôler la vie privée. Les libertariens sont des libéraux qui préconisent un maximum de liberté individuelle et économique compatible avec le respect d’autrui.

Le libertarianisme puise ses sources philosophiques dans l’histoire des États-Unis depuis ses origines. La révolution américaine de 1776 a été un mouvement libertarien contre le pouvoir de la couronne britannique. La Constitution américaine est un texte libertarien qui limite le rôle de l’État à l’entretien d’une armée de métier, au maintien de la sécurité du pays et à l’organisation du système judiciaire. Dans Libertarianism : A Primer [Abécédaire du libertarianisme, non traduit en français], David Boaz, vice-président du Cato Institute, un influent think tank libertarien (on le nommerait « libéral » en France), définit le libertarianisme comme « l’idée que chacun a le droit de vivre sa vie comme il l’entend tant qu’il respecte les droits d’autrui, qui sont les mêmes que les siens. »

Quel espoir pour la France ?

La France aussi à besoin d’une telle recomposition politique et d’un vrai mouvement de coalition en faveur des libertés, en particulier des libertés économiques, car elles sont le sol sur lequel peuvent renaître les libertés culturelle, éducative, religieuse et politique. Quand la richesse d’un pays est captée entre les mains d’une bureaucratie qui la dépense à la place des gens, avec la complicité de la classe politique (censée représenter les citoyens), l’espoir de changer l’avenir disparaît. Telle est notre servitude volontaire.

Ma grande insatisfaction, concernant le système politique français, est également qu’il ne permet pas de voir émerger d’alternatives aux partis traditionnels. Certes, le parti de Marine Le Pen est en train de percer. Tant mieux pour le pluralisme. Mais avec son étatisme exacerbé, il ressemble tellement aux autres, qu’on ne peut s’en réjouir vraiment. C’est pourquoi la politique apparaît de plus en plus comme un « jeu à somme nulle », où des élus cherchent à capter l’épargne des citoyens et dépensent cet argent public dans le seul but de préparer leur réélection. De ce fait, une majorité croissante d’électeurs répond à ce spectacle dégradant en faisant un choix rationnel : ils ignorent délibérément la politique et les élections. C’est le parti de l’abstention.

Ce qui est en train de se passer de l’autre côté de l’Atlantique doit nous redonner courage. Une alternative existe et j’attends le jour où chez nous, un parti des libertés, ancré dans la tradition française libérale de 1789, reprendra toute sa place dans le paysage politique et remettra une vraie concurrence dans l’offre politique. En attendant, il faut construire un réseau décentralisé de citoyens utilisant la technologie et les applis pour contester l’agenda politique de la classe dirigeante. Dans cet ordre d’idées, je conseille à tous de suivre par exemple laprimaire.org, qui propose de contourner les candidats des partis et de rendre aux citoyens le contrôle de leurs idées et de leurs votes. Ubériser la politique en somme.

Pour suivre la convention du Libertarian Party sur Facebook :
www.facebook.com/libertarians
www.facebook.com/groups/libertarianswin
Live : http://www.ustream.tv/channel/libertarian-party1

Sur le web

  1. Stéphane Boulots

    Le parti libertarien aux US et encore plus en France aura à affronter 3 écueils majeurs : la laïcité, la loi et la démocratie. Les conceptions de ces trois éléments sont très polémiques, cuvantes et forment les bases de l’Etatisme.

    Plus que le clivage droite gauche, c’est le dogmatisme sur ces trois sujets qui fige la pensée politique actuelle dans le mythe d’une sacro sainte « démocratie moderne occidentale » garante des « libertés » et qui légitimise l’Etat et les cliques au pouvoir.

  2. Monsieur Theillier, avez vous pris le temps de lire les « programmes » des candidats déclarés à La primaire.org ?
    la conclusion s’impose : Ce pays est foutu !

    1. Non. Deux candidats sortent clairement du lot : Regis André et Christian Couturier. Le premier m’est inconnu mais a l’air sérieux. Le second m’est connu et sérieux, responsable du mouvement liberté sociale. j’ai apporté mon soutien à Christian Couturier. Le reste est effectivement à jeter aux orties.
      D’ailleurs je trouve effrayant le nombre de candidats qui veulent le RBI. Beurk.

      1. Il y a en effet un candidat remarquable dans cette primaire libre, c’est Régis André. Je n’ai pas encore vu Christian Couturier mais je vous remercie de l’avoir mentionné.

    2. @electron 😀 ! je me faisais la même remarque !

  3. mon dieu ! lisez avant de faire la pub pour ce fatras

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