Hollande, totalement déconnecté ?

On le dit optimiste, avec un cuir si épais que la contrariété ne l’atteindrait pas. Le Président François l’est sans doute, parce qu’il en faut, de l’optimisme ! Il en faut même des palettes, amenées par cargos entiers, pour continuer à croire que « ça va mieux ». Il en faut aussi, pour se présenter régulièrement dans les médias et laisser entendre, à demi-mots, qu’on sera candidat. De telles doses d’optimisme pourraient faire croire à de l’inconscience, ou à de la déconnexion complète du réel…

Hollande et la grosse propagande, c’est maintenant ?

La semaine dernière sortait par exemple une vidéo en provenance directe des frétillants communicants de l’Élysée. La regarder, c’est grandement renforcer cette impression de déconnexion de l’Exécutif avec le reste du pays, c’est prendre conscience que, quelque part entre Neptune et Alpha du Centaure, François Hollande continue à émettre des sons rassurants en se demandant in petto ce qu’il y a à manger ce soir… Jugez vous-même :

On y trouve beaucoup de choses, à commencer par une musique (martiale ?) abominable au rythme saccadé qui se cale parfois — avec un certain comique — sur la diction mécanique et malaisée du président, des images au ralenti ou en arrêt, bizarrement cadrées, une sélection hardie de séquences discutables, et surtout, surtout, que du bonheur, de l’optimisme, du positif et rien d’autre. Cinq minutes de petites phrases hachées d’un élu qui n’a jamais brillé par ses qualités d’orateur, c’est au moins trois de trop, surtout quand on y accole les couinements insupportables d’une bande son récupérée d’on-ne-sait-où, et la bobine rondouillarde du Président, tantôt coincée dans une grimace tristounette, tantôt dans un sourire bonhomme indiscutablement niais.

la rentrée d'hollande

Cependant, produire une telle sorte d’hagiographie flagorneuse à la gloire du président sortant, à un an de l’élection, bien que ce soit véritablement pousser assez loin la déconnexion avec le pays réel, ce n’est pas non plus si étonnant lorsqu’on voit les calembredaines consternantes que le service de communication élyséen produit régulièrement. Et puis, on peut toujours mettre ça sur le dos d’une équipe présidentielle totalement intoxiquée à ses propres ocytocines, amourachée qu’elle serait de la figure présidentielle.

Malheureusement, l’hypothèse « Les communicants en font des tonnes » ne tient plus dès que François prend le micro et tente des choses à la radio. Là, tout doute se dissipe : ces idées pourries, cette méthode de communication si abominable, ces messages idiots et cette apparente déconnexion complète avec la réalité de terrain, aucun doute, ça vient bien de lui, et de personne d’autre !

Et le voilà qui débite ses antiennes lors d’un entretien sur Europe 1, où il tente, sans rire, de réaliser un bilan d’un quinquennat au quatre-cinquième achevé, alors que les seuls résultats positifs qu’il est en mesure d’exhiber ne sont en définitive dus qu’à une conjoncture extérieure à laquelle il assiste, impuissant et qui ne lui doit rien.

Hollande, un sauveur multi-usage, vraiment ?

Ça ne l’empêche pas d’essayer de passer pour le sauveur de la France, en rapprochant ses piétinements minables et ses reculades grotesques des réformes majeures entreprises par l’ex-chancelier allemand Gerhard Schröder. Le contraste entre les profonds changements impulsés par Schröder et le merdoiement olympique des nanoréformes Hollande (la Loi Travail est un magnifique exemple de ratage chimiquement pur) est presque douloureux, mais n’empêche pas le pédalomane de compétition de sortir, je cite :

Je préfère qu’on garde de moi l’image d’un président de la République qui a fait des réformes, même impopulaires, plutôt que d’un président qui n’aurait rien fait.

Vu le pourcentage microscopique d’opinions favorables, c’est plutôt raté puisqu’on conservera de lui l’image d’un président impopulaire qui n’a rien su faire de ses dix doigts et de ses cinq ans.

Mais, déconnexion oblige, qu’à cela ne tienne, puisqu’en plus de sauver la France, il sauvera la gauche toute entière : hors lui, point de salut, et même s’il continue son petit jeu chafouin de ne pas se déclarer officiellement candidat, il a fait comprendre qu’aucun autre que lui ne pourrait être crédible à gauche.

Et pour cela, il lui suffit d’utiliser les mamelles habituelles de la politicaillerie française, à savoir le débinage des programmes adverses (ce qui est facile, tant ils sont objectivement affolants de nullité) et, bien sûr — il s’agit de Hollande, après tout, on ne se refait pas — de taper sur le bilan de Sarkozy, histoire de remettre le couvert à une méthode qui l’a malencontreusement propulsé à sa place.

On pourrait rentrer dans les détails, mais c’est parfaitement inutile : alors que la journée aurait pu être molle et calme, passée par les journalistes à commenter ses petites phrases niaises et le ton général de l’entretien que le chef de l’État a accordé à Europe 1, la réalité de la France apaisée a largement suffi à amoindrir ses messages et même faire oublier son passage à la radio. Entre les manifestations contre la Loi Travail qui dégénèrent et la montée en puissance des grèves multiples, les Français ont vite été rappelés à la dure réalité, à savoir que pendant que le satellite Hollande émet des petits gargouillements heureux depuis la ceinture de Kuiper, le pays, ici-bas, continue de partir en sucette.

hollande - monde pas facile pas gentil

Hollande, une déconnexion feinte ?

Cependant, pour le chef de l’État, l’interview fut aussi l’occasion, très fugace mais perceptible, d’avancer quelques pièces plutôt sinistres dans sa stratégie globale de conservation du pouvoir.

Ainsi, l’auditeur attentif aura probablement bondi en comprenant que le pépère du peuple semble assez favorable à ce que soit finalement maintenu le concert de rap en marge des commémorations de Verdun. Après le pataquès invraisemblable provoqué par l’incongruité calculée de la proposition initiale, on pouvait croire que l’affaire s’arrêterait là et que le concert annulé, elle se tasserait. Il n’en fut rien et elle devient l’occasion d’un véritable concours de chasse aux fascistes.

C’est fort pratique, parce qu’il n’y a rien de tel qu’un bon petit ennemi, aussi factice soit-il, pour souder et galvaniser des troupes, et il n’y a rien de tel qu’une bonne petite récupération crapuleuse d’un couac minable pour se ménager une petite voie de sortie, étroite certes mais bien réelle, sur le mode de l’éternel combat contre la Beuhête Immonheudeu, qui lui a déjà plusieurs fois réussi.

marine peut remercier françois

Dès lors, les calembredaines et billevesées assénées avec maladresse par le président Hollande prennent un autre sens : oh, oui, il est déconnecté, mais il s’en fout complètement. L’important est de marteler que son bilan n’est pas si mauvais afin de marquer, vaguement, les esprits et de donner quelques clefs de langage à ses troupes et ses principaux valets du Parti Socialiste. Pour le reste, la stratégie semble simple. Sinistre, mais simple : continuer à dresser les Français les uns contre les autres, récupérer certains d’entre eux en faisant passer les autres pour d’abominables fascistes.

Dès lors, dans ce cadre, le danger n’est pas qu’il se représente (il se représentera, c’est déjà chose faite). Le danger n’est pas qu’il fasse monter le FN (il fait tout pour, et ça marche !). Le danger n’est même pas l’implosion d’un PS qui mérite largement ce qui lui arrive et qui, s’il n’implosera probablement pas, en ressortira lessivé, éparpillé et hagard (et ce sera bien fait pour lui).

Le danger évident, c’est que ces manœuvres ont toutes les chances d’aboutir !

Il n’y a pas de quorum aux élections françaises, et il n’y a pas la possibilité de sortir les candidats présents en votant pour une option « aucun d’eux » qui les rendrait inéligibles de facto ; avec de telles options, on peut raisonnablement parier que lui et les autres candidats éternels seraient rapidement éliminés du paysage politique français. Malheureusement donc, aussi incroyable que cela puisse paraître à 11 mois de l’élection pestilentielle française de 2017, Hollande met donc tout en œuvre pour être réélu.

Et pour le moment, l’abominable stratégie semble fonctionner.