Marseille : la série Netflix qui fait du vieux avec du neuf

Très attendue par le public, la série Marseille n’est franchement pas à la hauteur des espoirs qu’elle a suscités.

Par Victoria Melville.

Marseille, une série Netflix

Marseille, c’est la série Netflix que tout le monde attendait, et à raison. La production française de séries TV (et de films également à vrai dire) est très loin d’être à la hauteur de ce que nous offrent les États-Unis, par manque de moyens, par manque d’inventivité, par manque de talent, que sais-je ?

Cette réalisation promettait de pallier cette situation, ou tout du moins d’offrir un début de palliatif, un espoir que l’offre s’améliore grâce à l’encadrement d’une belle usine à réussites.

Comment ne pas être plein d’espoir en regardant House of Cards ou Orange is the new black, les séries les plus regardées de Netflix ? Grave erreur. Même avec un budget pharaonique et une liberté totale laissée à l’équipe, le résultat est un cuisant échec.

Marseille, une série qui se cherche pendant huit épisodes

Rappelons que Marseille est une série de huit épisodes accessible par Netflix, réalisée par une équipe française à 100% dirigée par Florent Siri, sur des fonds strictement privés. Elle raconte la rivalité entre le maire sortant de Marseille, Robert Taro (Gérard Depardieu) et son protégé et premier adjoint, Lucas Barrès (Benoît Magimel) qui décide, à quelques semaines des élections municipales, de tuer le père et de faire campagne tout seul comme un grand, contre le maire, mais avec le soutien du milieu.

Le premier épisode de la série n’est pas enthousiasmant tant il étale les poncifs à longueur de plans : entre le maire junkie, le jeune loup décoloré au faux accent caricatural, débordant d’ambition et de contradictions, et le milieu omniprésent, on a du mal à comprendre la présence de toutes ces scènes de sexe et l’objet réel de la série.

On s’attend à ce que la direction se précise à partir du deuxième épisode, que l’exposition du début ne soit véritablement qu’une exposition et que le scénario prenne une orientation générale, entre le drame familial, l’intrigue politique, la critique sociale, la dénonciation de la mafia… mais rien ne vient.

Jusqu’au dernier épisode, on ne comprend pas vraiment de quoi il a été question parce qu’aucun de ces sujets, qui sont pourtant annoncés depuis le premier épisode, n’est traité en profondeur. Tout est survolé, à peine esquissé.

La bande annonce laissait espérer une intrigue politique, surtout que le genre n’est pas si usité en France et vu le succès de House of Cards, on était en droit de s’attendre à ce que Netflix surfe sur cette vague. Mais que nenni. La campagne n’est jamais qu’une toile de fond, les embrouilles politico-financières ne font l’objet d’aucune analyse, aucune précision autre que les pleurnicheries des personnes impliquées dans les scandales.

Il n’y a aucune analyse sur le pouvoir lui-même, le système électoral, ou quoi que ce soit. Le point de départ de l’histoire, à savoir la sécession de Barrès n’a même aucun sens. Pourquoi déciderait-il, à quelques semaines, de prendre enfin le pouvoir en tant que maire, de risquer de tout perdre ? C’est parfaitement ridicule.

Alors du coup, peut-être que l’aspect drame familial est plus approfondi ? Mais pas du tout. Les personnages féminins sont lamentables. La seule fonction des femmes de la série semble être de pouvoir truffer les épisodes de scènes de sexe. Toutes les ficelles sont grossières.

Il n’y a pas une once d’humour ou de suspense. Depuis les premiers instants de la série, on sait que Taro n’est pas que le père symbolique de Barrès, que Madame Taro veut mourir, que Taro lui-même ne survivra pas à la campagne. C’est absolument cousu de fil blanc. Et pourtant, à chaque épisode, on espère qu’il en ira autrement, qu’une surprise nous sera ménagée ou qu’un instant d’ironie fera son apparition.

Jamais cette surprise ne vient. N’espérez pas, la série n’est tout simplement pas écrite. Il n’y a pas de scénario. C’est absolument pathétique et pas très sérieux.

Quant à la description des cités de Marseille, c’est tellement parisien que c’en est comique. La réflexion de la fille du maire qui pense avoir trouvé un truc fabuleux en expliquant que Marseille, ce n’est pas comme Paris parce que les cités sont dans la ville et non pas en banlieue est tellement drôle qu’il est difficile de conserver un peu d’attention pour la fin de l’épisode.

Non mais sérieusement, le drame des cités marseillaises, c’est quoi ? Qu’elles sont dans Marseille et non pas « de l’autre côté du périph » comme Paris a su astucieusement le faire ? Voilà un peu le niveau de la critique sociale de Marseille.

Marseille, un échec esthétique

Au-delà de l’écriture catastrophique, et c’est pour moi le plus décevant, Marseille n’échappe en rien à l’esthétique française si déplaisante, tant dans le cinéma qu’à la TV. Ici, tout est moche.

Les plans larges aériens ne s’intègrent absolument dans le déroulé des épisodes. La musique, dont les thèmes principaux sont pourtant signés Alexandre Desplat, est mauvaise, ordinaire, voire racoleuse. Seule la chanson du générique est réussie. Au-delà même de l’aspect strictement musical, le son est vraiment très mauvais. On distingue très mal les dialogues sur le bruit de fond et la bande sonore n’est pas proposée en meilleur format que du stéréo.

La photographie, surtout, est déplorable. C’est ici une caractéristique de la production française : tout est mal photographié, mal éclairé, mal mis en valeur. Les plans n’ont aucun sens, les couleurs semblent tout droit sorties des seventies mais sans le charme vintage d’une vraie production des seventies. Même à près d’un million et demi d’euros par épisode, ça fait pauvre, atrocement pauvre.

Cette pauvreté est aussi due au piètre jeu des acteurs, pourtant ce qui se fait de mieux en France, paraît-il. Malheureusement, ils ne sont pas aidés par des dialogues d’une banalité et d’une platitude affligeantes. J’aurais dû compter le nombre de fois que Taro ou Barrès répète « J’aime Marseille » au cours de la série.

C’est de toute façon la réponse à tout. J’ai laissé escroquer mon parti politique ? C’est parce que j’aime Marseille. Je veux détruire l’héritage du maire sortant ? C’est parce que j’aime Marseille. Je laisse crever ma famille ? C’est parce que j’aime Marseille. Je passe ma vie à sauter toute personne de sexe féminin (ou pas d’ailleurs) passant à proximité ? C’est parce que j’aime Marseille. Difficile dans ce cadre de générer des interprétations fabuleuses.

Pour autant, parvenir à un tel niveau d’artificialité est remarquable. Le moins catastrophique est finalement Depardieu qui parvient à être tout simplement absent. Il ne joue pas, se contentant de paraître. Magimel est une catastrophe absolue, et je mâche mes mots. Est-il nécessaire de commenter son accent ? C’était vraiment une excellente idée d’avoir choisi un acteur parisien, très parisien, pour ce rôle.

Son jeu est tellement caricatural qu’on se demande combien de temps cela va encore durer. Sous son épaisse couche de fond de teint et ses grimaces impressionnantes, il est grotesque. Quant aux seconds rôles, tous sonnent faux. Aucun n’est naturel, les dialogues et les attitudes sont forcés, sous-joués ou surjoués selon les scènes. C’est vraiment tragique.

Finalement non, ce n’est pas tragique. Et c’est ça le plus triste. Ce n’est ni plus ni moins mauvais que le niveau général de la production française. Même avec les moyens de Netflix, l’industrie française n’est pas capable de produire mieux que ça : une série racoleuse, de mauvais goût, mal écrite, mal réalisée, mal photographiée, mal mise en musique et mal interprétée. Ce n’est pas une tragédie. Ce n’est plus une tragédie depuis longtemps. C’est juste une bouse française de plus.