Chanson, sexe et vidéo : le droit d’auteur dans ma vie

Cassette audio By: Laurent Hoffmann - CC BY 2.0

« Souvenirs, souvenirs »… Les temps ont changé : la diffusion de la production artistique est désormais incontrôlable.

Par François Brutsch.

Droit d'auteur : néfaste ou utile ?
Cassette audio By: Laurent HoffmannCC BY 2.0

Hugues Aufray chante Bob Dylan. Mon premier disque 33 tours  — je l’ai toujours, quelque part — , un cadeau de ma grande sœur pour mes dix ans (1965).

À côté de la radio, omniprésente, c’est ainsi qu’on écoutait de la musique à la maison : mes sœurs étaient respectivement fans de Johnny Hallyday et Adamo, mon frère de Jean Ferrat (il a tous les disques).

Mais pour Brassens, Brel ou Barbara, il était déjà passé à une autre technologie : le magnétophone, un splendide appareil qui trônait dans sa chambre.

Il fallait emprunter les disques aux copains, et enregistrer en temps réel en veillant au réglage du son. Une seule copie destinée à l’usage personnel. Mais indéniablement pour éviter d’acheter les disques, en écouter bien davantage que mon frère aurait pu alors s’en payer. Était-ce déjà une violation du droit d’auteur ? Je ne crois pas que cela nous ait traversé l’esprit, le résultat semblant bien davantage le fruit mérité d’un artisanat laborieux.

D’ailleurs j’y songe : quand le chœur de mon collège a chanté Le Pénitencier, nul ne s’est soucié de payer les droits certainement dus à la Sacem…

Dans les années 70, j’ai découvert Henri Tachan à la radio. J’ai acheté des disques puis des CD, assisté à des concerts, jusqu’à créer, bien plus tard à l’âge de l’Internet, le site dédié qui n’existait pas encore.

Entre-temps la minicassette avait fait son apparition, à la fois comme concurrente du disque (la musicassette) et comme support de bande magnétique bien plus commode à manipuler. De cette période me semble aussi dater la première mise en vente de produits de consommation ouvertement destinés à faciliter les copies illicites : le magnétophone avec deux cassettes côte-à-côte.

Le dernier album de Tachan date de 2007 : il est vendu non seulement en CD, mais aussi en ligne comme il se doit, et même chanson par chanson. Mais les temps ont changé : il est presque méritoire de les acheter, entre site de téléchargement sauvage et envoi en deux clics par courriel.

En 2014 j’ai entendu Yves Jamait en concert et voulu mieux le connaître : j’ai acheté son premier album sur Google Musique et je voulais continuer. Sur quoi un ami en ligne m’a dit : « Attends, je les ai tous sur OneDrive, je te partage mon répertoire ! » Comme le chante Tachan, « À une pareille invite, qui refuse, qui de vous ? »

Sur ce répertoire partagé, j’ai aussi retrouvé des 33 tours que je possède mais ne peux plus écouter (Boris Vian, Ogeret chante Aragon) : j’ai fait taire ma mauvaise conscience pour les télécharger.

Je connais et comprends bien sûr tous les arguments sur le changement de paradigme de l’économie numérique : il y a d’autres moyens de monétiser une production artistique que de contrôler sa diffusion, mieux vaut accompagner le mouvement et s’adapter.

Je voudrais convaincre Tachan, dont la plupart des albums sont aujourd’hui indisponibles, de récupérer ses droits et de remettre ses chansons sur le marché sous format numérique. Mais bien sûr des dizaines sont à disposition gratuitement sur YouTube, et parfois avec une réelle plus-value visuelle.

Dans la génération de mes neveux et nièces, l’accès payant, l’entrave à la copie suscitent une indignation non feinte. Et pourtant je pense à Christophe Régnier, qui a passé plusieurs années de sa vie à surmonter tous les obstacles pour réaliser l’unique DVD de Tachan en concert (22 chansons, à Besançon en 2008), et un splendide documentaire : Henri Tachan, le prix de la révolte. Le tout est en vente en ligne pour 30€. Un ami bien intentionné m’a depuis envoyé les fichiers vidéo, ma foi bien pratique.

Et le sexe, dans tout ça ? J’ai aussi vécu le Polaroid, qui a permis les premières photos pornos privées : plus de film à envoyer au développement… Le numérique et plus précisément le smartphone a rendu la chose bien plus commune. Et pourtant bien peu sont celles et ceux qui tiennent les mêmes théories sur le droit à la copie et à la diffusion illimitée de ces œuvres…

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