La politique monétaire de la BCE nourrit les rentes des banquiers

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La politique monétaire de la BCE et de Mario Draghi suscite de nombreuses critiques pour les avantages qu’elle procure aux banquiers.

Par Guillaume Nicoulaud.

La politique monétaire de la BCE nourrit les controverses et les critiques
Euro BCE (Crédits Maciej Janiec, licence Creative Commons)

Supposez, par exemple, que nous souhaitions valoriser une rente d’un euro versé tous les ans au cours des trente années à venir le tout, assorti du plus haut niveau de garantie disponible.

Il existe une méthode très simple pour faire cette sorte de calcul : elle consiste tout simplement à se demander combien nous devrions épargner aujourd’hui pour reproduire les mêmes effets ; c’est-à-dire obtenir un euro tous les ans pendant trente ans avec la sécurité qu’apporte la signature d’un État de la zone euro noté Aaa.

Concrètement, le calcul consiste à former un portefeuille théorique de trente obligations zéro coupon — des obligations dont le capital et les intérêts sont remboursés en une seule fois à l’échéance — de telle sorte que la première soit remboursée, principal et intérêts, à hauteur d’un euro dans exactement un an, que la seconde soit pour un euro dans exactement deux ans et ainsi de suite, jusqu’à obtenir la série de flux prévisionnels désirée.

Les données étant gracieusement mises à notre disposition par la Banque Centrale Européenne, vous pourrez facilement vérifier qu’une telle rente valait environ 16.9 euros 1 le 7 avril 2006 et, au 8 avril 2016, vaut désormais 27.2 euros, soit une progression de plus de 60% en dix ans ; laquelle est intégralement imputable à la baisse des taux c’est-à-dire à la politique monétaire mise en œuvre par la banque centrale.

C’est-à-dire qu’à l’heure où, au regard des résultats obtenus ces dernières années, on peut légitimement s’interroger sur l’efficacité de la politique monétaire de la BCE (c’est un euphémisme), il est en revanche un effet de sa politique qui est tout à fait indiscutable : c’est l’explosion de la valeur des rentes.

Schématiquement, deux cas peuvent se présenter : si vous disposiez déjà d’une rente — sous la forme d’un portefeuille obligataire ou de droits à la retraite publique (dont l’administration nous dit, Ô ironie, qu’elle ne vaut rien 2) — vous avez vu la valeur de votre patrimoine économique réel augmenter considérablement tandis qui si vous devez vous constituer une rente aujourd’hui, vous devez désormais épargner beaucoup plus et donc, consommer moins.

C’est mathématique. Si l’on suppose que la constitution d’un capital pour ses vieux jours fait partie des choses normales de la vie 3, une baisse des taux généralisée via la politique monétaire de la BCE implique un effort d’épargne plus important et donc, une consommation moindre.

Sur le web

  1. Les taux donnés par la BCE sont des taux continus, la valeur présente de chaque euro est donc égale à l’exponentielle du taux multiplié par le nombre d’années qui nous sépare du paiement multiplié par moins un.
  2. La retraite par répartition est la grande absente de tous les débats sur les inégalités de l’État lui-même — via son administration fiscale — fait comme si ses promesses n’avaient aucune valeur.
  3. Contrairement à une idée largement reçue, les rentiers — celles et ceux qui vivent des intérêts produits par leur capital — ne sont que très rarement de jeunes et riches oisifs qui ont perdu leurs parents avant l’heure. L’écrasante majorité des rentiers sont en fait des retraités qui vivent d’une épargne constituée durant une vie entière de travail.