La croissance chinoise ralentit, et alors ?

Rolf Venema_Dragon(CC BY-NC-ND 2.0)

Le rattrapage par la Chine des pays développés devrait bientôt s’arrêter. Ce pays va-t-il évoluer comme le Japon avec une croissance chinoise atone ?

Par Yves Montenay.

Rolf Venema_Dragon(CC BY-NC-ND 2.0)
Rolf Venema_Dragon(CC BY-NC-ND 2.0)

 

En janvier 2014, en pleine période de sinolâtrie, j’avais écrit pour les Échos « Quand la Chine s’effondrera ». Depuis, cette sinolâtrie s’est dissipée, au vu de « mauvaises » statistiques . Mais les analystes manquent pour la plupart d’aborder les questions qualitatives de long terme pourtant essentielles. Dans ce contexte, Les Échos du 7 avril 2016 publient une contribution d’un conseil en investissement dans ce grand pays, qui se veut résolument optimiste, parlant même d’une « aubaine pour les entreprises françaises ». Pour cela, l’auteur commence par nier (à tort) les faiblesses du pays, pour en déduire (cette fois peut-être à raison) que c’est le moment pour les Français de s’y implanter. Revenons sur ces deux points.

Une crise structurelle pour la croissance chinoise

D’après cet article, la critique de l’économie chinoise serait « changeante, inconsistante, court-termiste ». J’ai rappelé au contraire qu’il s’agit d’un raisonnement à long terme : d’une part, du fait de la démographie, avec la pénurie de jeunes adultes, puis d’adultes tout court, et d’autre part, parce qu’il ne s’agit pas d’une réelle économie de marché, comme l’illustrent les énormes gâchis des surcapacités industrielles et immobilières (l’équivalent de la production européenne d’acier, 50 villes sans habitants …).

Quant au caractère souvent criminellement polluant de l’économie, une de ses causes est le manque de démocratie : pas de transparence, pas d’élections des responsables locaux, donc la tentation de ne pas tenir compte des conditions sanitaires élémentaires, voire de penser que l’on pourra toujours s’arranger en cas de problème.

Certes la pression populaire est telle que la direction nationale est maintenant consciente du péril, mais elle semble manquer de moyens d’action sur les échelons intermédiaires. À court terme, la pollution augmente le PNB (indicateur « brut »), puisque l’on a produit ce qu’on n’aurait pas dû produire ; à moyen terme un indicateur « net » sera en forte baisse, puisqu’il faudra bien déclasser une partie des investissements.

Depuis mon article, la baisse des prix du pétrole permet à la Chine de gagner du temps. Mais, la crispation dictatoriale du grand Xi (voir The Economist et bien d’autres) va freiner la mise en place de l’économie de marché, pourtant déclarée objectif officiel, détourner des vrais problèmes et surtout freiner le nécessaire bouillonnement des idées. En effet il s’agit maintenant de gagner en efficacité à personnel constant, alors que la partie « facile » du développement chinois bute sur ses limites physiques : il n’y a plus beaucoup de jeunes quittant la campagne, où ils avaient une productivité marginale quasi nulle, pour passer à une productivité industrielle normale. L’exode rural et la règle de l’enfant unique sont passés par là.

Les arguments en faveur d’une « mutation planifiée, assumée, voulue » par le gouvernement chinois me semblent incantatoires : pensons aux mésaventures de l’URSS, de l’Algérie et de bien d’autres gouvernements « volontaristes ». Cette mutation se fera d’elle-même, à condition de vraiment passer à l’économie de marché et de cesser de détourner les ressources des entreprises indépendantes pour soutenir les grandes entreprises d’État ayant de solide relais au sommet. Le fait que la consommation intérieure ne représente que 36 % du PNB chinois, comme cela est rappelé par cet article « positif », est une illustration de la catastrophe : les Chinois ne peuvent consommer qu’un tiers de ce qu’ils produisent, ce qui donne la mesure du gâchis !

Vers une évolution à la japonaise ?

Côté positif, je rejoins l’auteur sur le fait que les besoins en compétences françaises sont réels et le demeureront, même dans le cas d’un effondrement. L’article cite les services publics, dont le traitement de l’eau, la distribution des biens courants dont la nourriture (comprendre : distribution « moderne et fiable » pour sortir des dangers sanitaires actuels) et bien d’autres secteurs. En particulier l’effondrement écologique a poussé les autorités centrales (et non, comme dit, les pouvoirs locaux) à multiplier les sources d’énergie moins polluantes, y compris les centrales modernes au charbon. Il y a là de gigantesques marchés dans lesquels peuvent se glisser des entreprises de taille moyenne.

J’ajoute, en pensant à l’évolution japonaise, qu’en cas de crise, les implantations françaises seraient peut-être moins difficiles que dans un passé récent. D’ailleurs de nombreux points de l’évolution chinoise rappellent celle du Japon, en accéléré comme toutes les évolutions contemporaines. Vous vous souvenez en effet que, comme en Chine, la modernisation a commencé avec l’ouverture du pays (le Meiji), puis a progressé en invitant les industriels du monde entier à venir y faire des usines (et en les imitant dans le plus grand mépris de la propriété industrielle), puis la croissance chinoise rapide a généré une phase d’orgueil, dont la guerre aux États-Unis a été l’une des manifestations.

Cela jusqu’au moment où le vieillissement démographique combiné à la fin de la « croissance par rattrapage », a mené le Japon à une coopération fiable et équilibrée avec l’étranger. Ce dernier point été vérifié sur place par un proche lorsque les dettes accumulées par les grandes entreprises (autre parallèle avec la Chine d’aujourd’hui) ont fait apparaître certains Occidentaux–en l’occurrence AXA, mais on peut penser à d’autres- comme des sauveurs. Bref l’analogie avec la Chine est frappante, avec comme différence que le système économique et politique plus libre du Japon lui a permis de se stabiliser à un niveau élevé après rattrapage, alors qu’en Chine le doute est aujourd’hui permis.

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