Tom G. Palmer : « La bonne nouvelle est que Trump n’a pas d’idéologie » [Contrepoints TV]

Donald Trump (Crédits : Gage Skidmore, licence CC BY-SA 2.0), via Flickr.

Aux États-Unis, Donald Trump est susceptible de gagner les primaires républicaines. Comment les libéraux peuvent-ils penser la dangereuse montée du populisme aux États-Unis ?

Par la rédaction de Contrepoints.

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Dans le cadre d’une conférence sur la montée des populismes en Europe et aux États-Unis organisée par la Fondation Friedrich Naumann et le journal Contrepoints le 31 mars 2016 à Bruxelles, nous nous sommes entretenus avec Tom G. Palmer sur Donald Trump. Tom Palmer est Vice-Président des programmes internationaux au sein du Réseau Atlas (États-Unis)1.

 

Penseur, homme d’action et orateur exceptionnel, Tom Palmer parcourt le monde entier et œuvre depuis plusieurs décennies à la diffusion des idées de liberté et de prospérité. Il est l’auteur de Realizing Freedom : The Theory, History, and Practice of Liberty, et a publié les anthologies After the Welfare State, The Economics of Freedom : What Your Professors Won’t Tell You et The Morality of Capitalism.

Voici la traduction de la transcription des propos de Tom G. Palmer :

« Je pense que le phénomène Trump qui existe aux États-Unis peut être vu comme le symptôme qu’une partie substantielle de l’élite politique américaine est déconnectée de ce que beaucoup de personnes pensent.

Et c’est assez alarmant de constater cette profonde séparation. Il est choquant de voir qu’une personne si vulgaire et irréfléchie atteigne un tel sommet de popularité. Au passage, précisons le contexte : à ce stade, il ne s’agit que d’une minorité qui a voté pour lui, c’est comme cela que les primaires américaines fonctionnent.

Néanmoins, beaucoup de personnes sont attirées par quelqu’un qui est grossier, vulgaire, qui dit tout ce qui lui passe par la tête sans y avoir réfléchi au préalable et qui est mal informé sur l’état du monde. Ceci est choquant pour les élites éduquées mais elles doivent se demander de quoi Donald Trump est le nom. Et je crois qu’il y là plusieurs facteurs.

Le premier facteur est le fait que parce que l’élite est si coupée du reste des États-Unis, le politiquement correct a généré un horrible contrecoup.

Prenons par exemple ces Américains qui vont à l’église régulièrement – et il y a en a beaucoup qui y vont chaque dimanche, quatre fois par mois -, ils sont sans cesse moqués dans les médias et cela sans conséquence. Le Président peut par exemple désigner ces personnes comme se cramponnant à leurs armes à feu et à leur religion ; la culture populaire les insulte : ils sont traités de manipulateurs de serpents, de consanguins, etc.

Et pourtant, tout commentaire même modéré de n’importe quelle autre religion, musulmane, juive, hindoue déclenchera contre vous la colère de Dieu, vous n’êtes pas supposé dire quoi que ce soit.

Une opinion différente de celle des élites sera rejetée de la sphère publique. Sur les campus universitaires, il y a des avertissements de contenus dérangeants si un orateur vient faire un discours avec lequel un étudiant pourrait être en désaccord.

Tout cela est choquant et génère un retour de flamme incroyable. Des gens se rendent compte qu’alors que beaucoup de choses sont bannies du discours public, eux-mêmes sont moqués sans fin et cela les rend furieux. Je pense que le politiquement correct est allé trop loin dans une direction et cela a généré un contrecoup excessif dans l’autre direction. Voilà pour le premier facteur.

Le deuxième facteur est qu’il y a deux tendances autoritaires émergentes et se renforçant mutuellement.

La première vient d’une société qui change rapidement : plus d’immigration, des changements de statuts sociaux, de hiérarchie sociale et certaines personnes, pas toutes, trouvent cela menaçant.

La seconde est la perception d’une menace extérieure, un péril sécuritaire, sous la forme d’une violence radicale qui est celle de l’islamisme politique ; il n’y a eu que quelques attaques aux États-Unis, moins qu’en Europe, mais tout le monde regarde les informations et voit ce qui s’est passé à Bruxelles et Paris. Cette combinaison est le mélange idéal pour l’émergence d’un mouvement et d’un leader autoritaires.

Cela me rend très inquiet. La bonne nouvelle est que Donald Trump n’a pas d’idéologie, à part se considérer comme la personne la plus importante au monde et estimer que son pouvoir devrait être absolu, arbitraire et illimité. Contrairement à Mussolini et aux mouvements fascistes en Europe qui eux avaient une idéologie, un parti, des livres. Si Trump devait disparaître demain, ce serait la fin de ce mouvement particulier.

Mais cela pourrait ne pas être la fin de l’impulsion autoritaire qui l’a produit et je crois que l’on devrait y répondre de manière intelligente en produisant des réponses libérales et sérieuses qui permettraient au pays de ne pas sombrer dans l’autoritarisme. »

  1. Entretien avec Tom G. Palmer réalisé par Guillaume Périgois le 31 mars 2016, avec l’assistance de la Friedrich-Naumann-Stiftung für die Freiheit – European and Transatlantic Dialogue, édité par Contrepoints et publié le 13 avril 2016.