Interdiction des vitres teintées : 2 millions de véhicules concernés !

Autoportrait crédits Alain Rueff (CC BY-NC-ND 2.0)

Interdire les vitres teintées sur les voitures en 2017 ? Entretien avec Nicolas Guiselin de l’ASFFV, qui regroupe les professionnels de l’automobile.

Autoportrait crédits Alain Rueff (CC BY-NC-ND 2.0)
Autoportrait crédits Alain Rueff (CC BY-NC-ND 2.0)

À compter du 1er janvier 2017, les vitres teintées de plus de 30% seront interdites sur les voitures sous peine de poursuites. Le gouvernement avait annoncé ce changement en janvier 2015 en invoquant des raisons de sécurité, ce qui ne fut pas sans créer la colère des professionnels du secteur et des automobilistes. Contrepoints a interrogé Nicolas Guiselin, le président de l’Association Sécurité et Filtration des Films pour Vitrage (ASFFV), afin d’évaluer la pertinence d’une telle mesure.

Contrepoints – Quel bénéfice peut-on espérer de l’interdiction des vitres teintées ? Y a-t-il un vrai plus ici en matière de sécurité routière ?

Nicolas Guiselin – Ni bénéfice, ni “plus” !

Il faut au préalable bien rappeler que cette décision de la DSCR (Direction de la sécurité et de la circulation routières, dépendante du ministère de l’Intérieur) d’imposer une TLV (Transmission de lumière visible) de 70% sur les vitres avant des véhicules ne repose sur aucune étude d’accidentologie, aucun rapport d’expert qui aurait pu établir un lien quelconque entre vitres teintées et sécurité routière.

Le Communiqué de la DSCR explique qu’il est important, toujours pour des questions de sécurité routière, de pouvoir suivre le regard du conducteur à un carrefour par exemple. Va-t-on interdire les lunettes de soleil ? La conduite de nuit ? La conduite sous la pluie ? Va-t-on interdire les pare-brises athermiques, qui ont un reflet bleu / violet et qui empêchent de distinguer le regard du conducteur ?

Bref, le prétexte de la sécurité routière est donc totalement fallacieux !

Qui plus est, nous sommes d’accord avec le fait qu’une vitre “noire” (extrêmement teintée, donc dotée d’une TLV très basse) réduit la visibilité de l’intérieur, notamment lors de la conduite de nuit. Mais je vous rappelle que l’ASFFV (Association Sécurité et Filtration des Films pour Vitrage) se mobilise pour une réglementation fixant entre 35 % et 50% la TLV sur les vitres avant, soit des niveaux de transparence qui permettent à l’automobiliste de voir et d’être vu !

Grâce à des dossiers techniques, mais aussi à des démonstrations pratiques sur des véhicules, l’ASFFV a su prouver à ses interlocuteurs qu’une TLV située entre 35% à 50% permettait la totale visibilité du conducteur d’un véhicule, et n’entravait en rien la sécurité routière.

Une réglementation de bon sens était possible, qui aurait pu satisfaire toutes les parties. L’administration a simplement choisi la facilité en fixant une TLV unique de 70%, soit le niveau de teinte maximum d’un vitrage de véhicule à sa sortie d’usine.

Interdire les vitres teintées, c’est aussi mettre en danger tout un pan de notre industrie. Que représente la filière qui s’occupe du sujet en France ?

Avant l’annonce du décret, on dénombrait au moins 811 entreprises spécialisées en pose de films pour vitrage, et plus de 1 800 emplois directs.

La plus grande partie de ces entreprises était constituée en EURL, T.P.E…

En 6 mois, entre l’annonce (très prématurée) du décret par M. Barbe, délégué Interministériel à la Sécurité Routière et le 14 avril, date de promulgation de ce décret, on estime que le secteur d’activité a perdu entre 90 et 110 entreprises, soit plus de 200 emplois ! Il faut en effet savoir que les vitres avant représentent environ 53% du chiffre d’affaires d’une entreprise spécialisée.

Soyons clair : c’est tout notre secteur d’activité qui est menacé ! Si l’administration en charge du dossier avait voulu nous couler, elle n’aurait pas fait mieux !

Les vitres teintées, c’est seulement pour les terroristes ? Les interdire est un plus pour la sécurité, ou alors un moyen de contrôler les automobilistes à un moment où les rentrées fiscales se font rares ?

Très clairement, les sanctions sont telles (pour mémoire, 135 euros d’amende et 3 points de retrait du permis de conduire), quand on estime à 2 millions le nombre de véhicules concernés par ce décret, que les caisses de l’État vont être renflouées !

Mais au-delà de l’automobiliste éternel payeur, je crois surtout que nos propositions, qui auraient pu satisfaire toutes les parties (forces de l’ordre, sécurité routière, automobilistes, professionnels) avaient un gros défaut pour l’administration française : leur mise en place demandait… du travail !

Du travail de la part de l’administration : des réunions, des tests pratiques, des études, l’homologation de films, la consultation des forces de l’ordre, des fabricants, bref, beaucoup de travail, alors qu’il est si simple de choisir la facilité !

Quant à l’argument sécuritaire, nous vous rappelons enfin que les utilisateurs de vitres teintées sont aussi bien nos politiques (du Président de la République, ses ministres, aux élus locaux de tous bords), des policiers (que vont devenir les véhicules de la BAC ?), des artistes, mais surtout « Monsieur et Madame tout le monde”, des automobilistes, des femmes pour moitié (48% tout de même !) qui souhaitent simplement se protéger du soleil, des agressions, de l’éblouissement, bref, des gens hautement dangereux !