Emmanuel Macron, révélateur de nos frustrations politiques

Emmanuel Macron (Crédits : LeWeb, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

Emmanuel Macron est-il le réformateur qui bousculera l’immobilisme politique français ?

Par Michel Faure.

Emmanuel Macron (Crédits : LeWeb, licence CC-BY 2.0), via Flickr.
Emmanuel Macron (Crédits : LeWeb, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

Si un jour la gauche française oubliait ses réflexes anticapitalistes, son étatisme hégémonique, sa fiscalité délirante, ses dérives autoritaires et son obstination à défendre ses mauvaises idées économiques et sociales, ce serait grâce à des gens comme Emmanuel Macron. Et si la droite conservatrice, napoléonienne et autoritaire, promettant un chef à poigne, la sécurité et un État fort, redevenait un jour ce qu’elle fut, une droite moderne, réformatrice et tolérante, comme au temps, notamment, de Valéry Giscard d’Estaing et de l’UDF, ce serait là aussi grâce à l’influence de personnages comme Emmanuel Macron. Enfin, si le centre, au lieu d’être cet éternel ectoplasme à géométrie variable qui finit toujours par servir de force supplétive à la droite ou à la gauche, rassemblait un jour une majorité d’électeurs qui refusent la sclérose marxiste et l’ankylose conservatrice, ce serait sans doute, une fois encore, grâce à des Emmanuel Macron.

Macron, l’homme providentiel ?

Emmanuel Macron est donc l’homme providentiel ; mais ce n’est pas en raison de ses qualités personnelles, mais plutôt de sa normalité sociologique. Au fond, le ministre de l’Économie n’a rien d’extraordinaire, sinon sa position stratégique de ministre du sérail en rupture de ban. Il ressemble à un large échantillon de Français, il est comme vous et moi, quelqu’un intéressé par le sort de son pays, frustré dans ses envies de réformes et accablé par l’immobilisme de notre système politique. Par contre, et contrairement à vous et moi, il se trouve, lui, en situation d’agir. Il a cette particularité d’être à la fois dans le système, et d’être perçu comme marginal et rebelle en son sein, mais une rébellion courtoise, celle d’un garçon bien élevé, donc rassurant. D’où les espoirs qu’ils suscite chez de nombreux Français, et la trouille que son éventuel succès provoque dans le personnel politique actuel.

Néanmoins, quelques questions se posent. Emmanuel Macron reste une énigme. S’il est vraiment libéral, ou même simplement un réformateur conduit par le bon sens (lequel est toujours libéral), que fait-il dans cette galère hollandaise ? Est-il vraiment à gauche ? Il le dit. Pourquoi pas ? Le libéralisme, dans l’histoire française, s’est longtemps situé à gauche de l’éventail, face aux conservateurs et aux monarchistes. Aujourd’hui encore il existe un courant héritier de cette tradition d’un libéralisme politique et économique, mais aussi social et sociétal. En fait-il partie ? Probablement. D’ailleurs, c’est bien ce que pense aussi la gauche de la gauche, réactionnaire et populiste, et c’est pour elle une abomination. D’où cette subtile analyse, finement ciselée, de Martine Aubry : « Macron, franchement, ras le bol ! »

Les libéraux sceptiques face à Emmanuel Macron

Bizarrement, seuls les libéraux ont encore quelques doutes à son égard, même si le ministre de l’Économie définit son mouvement, « En Marche ! », comme étant ni de gauche, ni de droite, comme les libéraux eux-mêmes, qui se situent eux aussi ailleurs.

Macron a dû batailler avec les deux ailes de notre vieux système politique, s’engager dans des querelles picrocholines avec une gauche qui, quand elle n’exprime pas une vision archaïque du peuple français, s’avère sans courage et sans audace, et avec une droite sectaire et conservatrice qui n’est pas venue l’aider quand il fallait décoincer notre société et dénouer les entraves de notre économie. En ce sens, le succès populaire de Macron est le révélateur de nos propres frustrations.

Après la désillusion Sarkozy, puis la déglingue Hollande, Macron offre un espoir, ouvre à nouveau le chemin vers l’isoloir aux abstentionnistes politisés parmi lesquels l’auteur de ces lignes se reconnaît. Lui, au moins, a essayé de changer les choses, de moderniser un peu l’ordre médiéval tenu d’une main de fer par une caste de petits marquis de la République qui entendent régenter notre vie et ferment à double tour la porte de leur club privé pour éviter l’émergence de forces alternatives.

Le ministre de l’Économie a eu l’habileté d’entrer dans la place. Sera-t-il en situation d’en déverrouiller les portes et d’ouvrir les fenêtres ? Osera-t-il se porter candidat à la présidentielle, et attirer ainsi vers lui un très large centre réformateur ? C’est improbable, mais pas impossible. Candidat ou non, il est déjà bien parti pour devenir le Premier ministre du prochain président, quelle que soit sa couleur. C’est un scénario raisonnable, un peu décevant pour les réformateurs impatients, mais prometteur pour l’avenir. En 2017, Macron aura 40 ans, un bel âge pour bien gouverner.