Primaires américaines : l’explosion de la bulle Bernie Sanders

Bernie Sanders (Crédits : Donkey Hotey via Flickr ( (CC BY 2.0)

Bernie Sanders : retour sur les leçons d’un échec utile au Parti démocrate et aux États-Unis.

Par Ambroise Mejean.
Un article de Trop Libre

Bernie Sanders credits Donkey Hotey via Flickr ( (CC BY 2.0)
Bernie Sanders credits Donkey Hotey
via Flickr ( (CC BY 2.0)

Le 8 février 2016, Bernie Sanders remportait contre toute attente l’État du Michigan. Cette victoire qui laissait penser à une possible remontée a été brutalement effacée par le « cinq sur cinq » d’Hillary Clinton le 15 mars dernier. Aujourd’hui les chances de victoire du sénateur du Vermont avoisinent le zéro absolu. Retour sur les leçons d’un échec utile au Parti démocrate et aux États-Unis.

La montée en puissance

Il y a exactement un an, Hillary Clinton était donnée gagnante de la primaire démocrate avec près de 60% des voix par tous les instituts de sondage. Bernie Sanders était alors crédité de 4% des voix. L’ancienne secrétaire d’État jouissait d’une popularité accrue suite à son passage au cabinet de Barack Obama et sa candidature ne souffrait aucune contestation.

Malheureusement pour elle, la politique, comme la nature, a horreur du vide. Surtout lorsque ce vide est incarné par une candidate lisse avec un discours incapable de motiver ceux qui rejettent l’establishment. Quoi de mieux alors pour faire rêver les jeunes qu’un candidat « anti-système », un candidat qui exècre Wall Street et qui prône la gratuité des universités américaines ? Bernie Sanders a su saisir cette occasion.

Ce socialiste, sans renier ses idées, a su changer la vision que les électeurs démocrates avaient de lui. Sa progression n’a pas été fulgurante, elle a même été remarquablement constante, progressant par palier, il a atteint les 20% en août, les 30% en novembre pour se retrouver aux alentours des 40% à la veille de la primaire de l’Iowa en février. En déjouant tous les pronostics, il a réussi à obtenir 50% des voix dans ce premier État et conformément aux sondages il a remporté haut la main l’État du New Hampshire avec 60% des voix.

Une recette populaire et populiste

Bernie Sanders a su mener une campagne efficace pour récupérer les déçus de Clinton. Quitte à former une coalition très hétéroclite. Sa campagne est centrée sur deux axes principaux : des réformes sociales révolutionnaires et le rejet de toute forme d’establishment.

Concernant les réformes sociales, Bernie Sanders était favorable à l’instauration d’une couverture santé généralisée pour laquelle il se référait très régulièrement à la France lors des débats. Il prônait l’accès gratuit aux universités, le doublement du SMIC à l’horizon 2020 (15$ contre 7.25$ actuellement), un accès simplifié à la syndicalisation ainsi qu’un programme de grands travaux afin de favoriser le retour à l’emploi. Cet arsenal de mesures qui devaient être financées, en grande partie, par des taxes sur les hauts revenus a permis d’attirer des électorats différents. Notamment des jeunes déçus par la politique pas assez radicale d’Obama mais aussi l’aile gauche du Parti démocrate, ainsi que les indépendants qui penchent vers la social-démocratie.

Cependant, il est clair que l’attrait pour Bernie Sanders n’était pas uniquement le signe d’une adhésion au candidat. Il était aussi et surtout le signe d’une adhésion au message de rejet porté par ce candidat. Sanders a effectivement passé la campagne à mettre en avant différents boucs-émissaires responsables du mal-être américain. Sa cible préférée : « Waaaaall Streeet ». Dans une sorte de personnification perpétuelle, le sénateur a rappelé le rôle de l’institution financière dans la crise de 2008 mais aussi l’influence massive qu’elle a sur les campagnes électorales à travers les super PACS qui permettent aux grands groupes de soutenir des candidats d’une manière quasi illimitée. Sur ces deux points, difficile d’être en désaccord avec lui.

Mais voilà, si Sanders a attiré autant de monde c’est que cette critique de l’institution financière était directement dirigée contre son adversaire, soi-disant représentante d’un establishment prêt à tout pour ne pas changer. Le sénateur a prétendu à de nombreuses reprises qu’elle avait reçu de nombreuses aides en échange de l’engagement de ne rien changer dans certains secteurs. Sans jamais apporter de preuves concrètes, ce que Clinton n’a pas manqué de souligner pendant les débats, et à l’aide de discours qu’on peut aisément qualifier de populistes, il a rassemblé des centaines de milliers d’électeurs sur cette critique. Des supporters présents en masse sur les réseaux sociaux et dont l’un des slogans, Bernie or Bust (Bernie ou le chaos), sous-entendaient que la future candidate était l’équivalent des Républicains. Cette vision, très souvent à la limite de la théorie du complot a rapporté des voix mais elle n’a au final pas contribué à l’élévation intellectuelle du débat électoral…

Une défaite déjà actée…

L’usage du passé pour parler de la campagne de Sanders n’est pas une erreur. Il a déjà perdu ; quoi qu’en disent ses supporters et ses équipes de campagne. Malgré le soutien massif sur les réseaux sociaux et la mobilisation de la jeunesse. Il a perdu car aujourd’hui il faudrait qu’il remporte 70% des délégués restants pour gagner la primaire. Il a perdu car il a plus de deux millions de voix de retard sur Hillary Clinton. Il a perdu car il s’est montré incapable de remporter un seul swing states mais aussi car Clinton s’apprête à le battre aisément dans l’État de New York dont elle fut la sénatrice.

…utile au Parti démocrate.

À première vue, les accusations lancées à l’encontre de Clinton auraient pu mettre à mal la candidate en vue de l’élection générale de novembre. En réalité, il est plus probable que la campagne de Sanders ait servi l’intérêt du Parti démocrate.

D’abord parce que l’émergence de sa candidature a permis la tenue d’une vraie campagne électorale. Même si Sanders n’a jamais été en mesure de l’emporter, il a obligé Hillary Clinton à clarifier son programme et à exprimer ses positions plus qu’elle ne l’aurait fait en l’absence d’adversité. D’ailleurs, les démocrates de manière générale réussissent mieux lors des présidentielles après des primaires « disputées » lors desquelles l’outsider arrive à remporter plusieurs États (Obama 2008, Clinton 1992 contre Al Gore 2000 ou Kerry 2004).

De plus, les positions de l’ancienne première dame, moins radicales que celles de Sanders sur des sujets comme les universités ou encore le système de santé ont toutes les chances de voir le jour si le Sénat bascule de nouveau du côté démocrate. Alors que le sénateur du Vermont n’avait aucune chance d’appliquer son programme, Hillary Clinton apparaît à l’inverse comme une candidate ancrée dans la réalité et en mesure de faire ce qu’elle promet. La comparaison avec Sanders, notamment lors des débats, accentue cette impression.

Finalement, n’en déplaise aux « Bernie or Bust », le sénateur du Vermont a été un excellent catalyseur pour la future campagne de Clinton en redonnant un intérêt à ces primaires. Dans deux mois il aura disparu des radars de la politique américaine, laissant tout loisir à Hillary Clinton d’engager le combat avec les républicains. Un combat décisif pour l’avenir des États-Unis, un combat qui symbolisera l’affrontement entre le populisme et le réalisme, entre le conservatisme et le progressisme. Ce qui rappelle les mots prononcés par le Président Obama : « Le progrès n’est pas inéluctable, on doit se battre pour l’obtenir ».

  • Un article de Trop Libre en partenariat avec Hémisphère droit

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