Sondage : le coût du travail, principal frein au recrutement des PME

Coût du travail, principal frein au recrutement (Crédits : Etude Companeo/Meteojob, mars 2016, tous droits réservés)

Les PME sont les entreprises qui embauchent le plus en France… et citent le plus le coût du travail comme principal obstacle .

Par la rédaction de Contrepoints.

Une enquête de Meteojob et Companeo sur l’emploi dans les TPE et PME conclut à une grande responsabilité du coût du travail dans le phénomène de sous-effectif chronique qui concerne les entreprises françaises (méthodologie détaillée en bas de cet article).

Les PME moteurs de la création d’emploi en 2015

On apprend qu’en 2015, ce sont les PME (10 à 250 salariés) qui ont le plus embauché. En effet, 66,7% des PME interrogées ont déclaré avoir embauché au moins un collaborateur en CDI et en CDD, 44,4 % ont recruté des contrats en intérim et 29,4 % des contrats divers (freelance, autoentrepreneurs, portage salarial).

Pour le cas spécifique des embauches en CDI, 26,2% seulement des TPE (moins de 10 salariés) déclarent avoir embauché en 2015 contre 66,7% pour les PME. Ces nouvelles qui pourraient paraître encourageantes pour les PME françaises ne doivent pas masquer le fait que les TPE sont bien plus nombreuses que les PME, ramenant ce chiffre pour TPE et PME confondues à seulement 32%.

Recrutements en recul en 2016 : le coût du travail et la flexibilité en cause

Compte tenu de la visibilité économique qu’ont actuellement les TPE et PME françaises, les perspectives d’embauches sont en recul : en 2016, 64,2 % des entreprises interrogées ont indiqué qu’elles ne recruteront pas de collaborateur cette année, contre 63,1 % l’année dernière.

Lorsque l’on interroge les chefs d’entreprise sur les raisons de ces perspectives moroses, une majorité d’entre eux évoque le coût du travail juste devant le manque de flexibilité face aux variations d’activité.

Coût du travail, principal frein au recrutement (Crédits : Etude Companeo/Meteojob, mars 2016, tous droits réservés)
Coût du travail, principal frein au recrutement (Crédits : Etude Companeo/Meteojob, mars 2016, tous droits réservés)

On remarque par ailleurs qu’une bien plus faible proportion d’entre eux justifie ces chiffres par les perspectives économiques en général, les petites entreprises y étant probablement moins directement sensibles en dehors des variations fortes et brutales. Enfin, une proportion bien plus faible encore parle de la crainte des dépassements de seuils, connus pour générer de profonds changements dans les obligations imposées à l’entreprise. Cette faible part peut s’expliquer par le nombre d’entreprises proche de ces seuils critiques, probablement largement plus petit que le nombre total d’entreprises.

Sous-effectif chronique

Dans ce contexte, on observe que 25% des TPE et PME se disent régulièrement en sous-effectif et 36% ponctuellement. Philippe Deljurie, cofondateur de Meteojob, interprète ces réponses :

Il me semble que le phénomène du sous-effectif est le résultat d’une absence de visibilité conjuguée à la rigidité du marché du travail : sans visibilité, le chef d’entreprise préfère absorber les éventuels pics de charge avec les personnes déjà en poste (et en qui il a confiance ?). L’alternative serait bien sûr de recruter, mais la rigidité du contrat de travail n’encourage vraiment pas à le faire. C’est tout l’enjeu des discussions actuelles… Quoi qu’il en soit, les conséquences sont assez importantes et créent un déséquilibre qui n’est finalement profitable à personne : d’un côté des “insiders” avec toujours plus de travail, au risque d’aller vers l’épuisement ; de l’autre les “outsiders” qui ont bien du mal à entrer sur le marché du travail.

Un rappel utile

En ces temps économiques difficiles (augmentation du chômage et de la dette, contestation sociale), ces notions de coût du travail et de flexibilité dont on entend parler dans les médias et la classe politique depuis des années restent centrales pour les entreprises. De fait, l’étude rappelle que les TPE et PME représentent 99% des entreprises françaises et 50% de l’emploi salarié. La part d’entreprises qui seraient susceptibles d’embaucher dans le cadre d’une diminution du coût du travail et d’une amélioration de la flexibilité est donc très importante.

En lieu et place des annonces politiques concernant les réductions de charges, les plans emploi, les « libéralisations », parfois bien complexes à mettre en oeuvre et aux effets décevants, et des lois sur le travail bien souvent vidées de leur contenu déjà peu ambitieux au regard des enjeux, cette étude rappelle utilement la réalité des entreprises françaises : pour elles, le plus gros reste à faire dans ce domaine…

Méthodologie : cette enquête a été menée entre les 14 et 16 mars 2016 auprès d’un panel d’utilisateurs de Companeo et de Meteojob composé de 1 056 chefs d’entreprises de TPE ou PME, commerçants artisans et professions libérales dont la répartition sectorielle est représentative de la répartition de l’ensemble des entreprises sur le territoire national.