Taux d’intérêt négatifs : les banques à bout de souffle ?

Euro BCE (Crédits Maciej Janiec, licence Creative Commons)

Banques centrales : comment rebondir après l’échec de la politique de taux négatifs ?

Par Régis Yancovici.

Euro BCE (Crédits Maciej Janiec, licence Creative Commons)
Euro BCE (Crédits Maciej Janiec, licence Creative Commons)

Petit à petit le sentiment que les Banques Centrales ont utilisé toutes leurs munitions s’installe. Elles seraient désormais incapables de nous sortir de la déflation. Pour le moment les politiques de taux négatifs, peut-être en dehors de la Suède, n’ont pas produit les effets escomptés. La NIRP1 a deux objectifs : pousser les banques à prêter et affaiblir la devise. Mais le système est grippé.

La première variable d’ajustement n’est pas le crédit dispensé par les banques mais la santé des banques elle-mêmes. Elles sont prises en étau. Soit leurs réserves déposées auprès des banques centrales fondent, puisque qu’elles sont « rémunérées » à un taux négatif, soit elles octroient des crédits pour des projets à risque. Les projets de « qualité » n’ont pas besoin d’incitation pour être financés. Le fait que la BCE annonce acheter désormais des emprunts privés ne change pas grand-chose à la donne.

La faiblesse de l’investissement en Europe ne vient pas d’un problème d’accès à la dette mais d’un manque de confiance dans l’avenir, d’un manque de stabilité, d’un manque de réformes, du risque populiste… Les acteurs économiques ont besoin d’un nouvel élan. L’action des gouvernements doit maintenant prendre le relais des banques centrales. Le dogme du niveau d’endettement doit être mis de côté provisoirement de manière à mener des politiques contra-cycliques. Les taux négatifs leur offrent cette possibilité. Hélas, croire à une telle perspective serait faire preuve d’un optimisme de mauvais aloi tant le « track record » des dirigeants est désastreux.

Bien sûr, il y a la situation française. Que de promesses non tenues ! (mais pas de déception… Pour être déçu, il aurait fallu que nous ayons placé quelques espoirs). Mais qu’il se rassure, M. Hollande n’est pas seul. Au Japon, les espoirs provenant des « Abenomics » est retombé comme un soufflet. Les résultats n’ont pas été au rendez-vous. Pas d’accélération structurelle de la croissance, ni de l’inflation. Surtout la promesse de réformes est restée lettre morte. En Inde, les promesses du président Modi semblent avoir été oubliées à la lecture du budget. En Corée, la « Creative Economy » est restée un slogan.

Rôle de la devise

La seconde variable d’ajustement est la devise. Mais dans un monde ouvert, c’est un jeu à somme nulle. L’intérêt, en tant qu’investisseur, est d’analyser des politiques qui sont intégrées dans les cours et les cours qui n’intègrent pas la politique qui devrait être menée. À ce jeu-là, le dollar risque maintenant d’être le perdant.

Nous avons atteint, voire dépassé le point paroxystique entre les politiques monétaires de la BCE et de la BoJ d’un côté, et la politique de la Fed de l’autre. La réaction de l’euro après les annonces de M. Draghi en est un nouveau signe. Le grand écart entre les politiques de la BCE/BoJ d’un côté et la Fed de l’autre a laissé un euro, et surtout un yen très sous-évalué. Il est d’ailleurs intéressant de noter que, malgré le rebond des actions depuis un mois le yen n’a pas rebaissé. Son potentiel de hausse n’est sans doute pas épuisé. Par ailleurs, le niveau atteint par le dollar a déjà lourdement pénalisé l’industrie américaine comme en atteste le niveau de l’indice ISM.

L’échec de la NIRP ne signifie pas que les Banques Centrales soient impuissantes. Puisque les banques préfèrent perdre de l’argent placé auprès de leur banque centrale avec certitude plutôt que de risquer de le perdre avec leur client, la seule chose qui reste à faire de réellement efficace, c’est que la banque centrale prête directement aux acteurs économiques qui sont sûrs de le dépenser : les États.

C’est bien entendu une solution radicale. Couplée à des réformes structurelles, c’est l’assurance de booster l’économie. Mais nous n’en sommes pas là. Le financement des États est interdit par les traités européens, les dirigeants japonais trop timorés et les Américains déchirés en période électorale. Ce ne sont pas les options qui manquent, c’est le courage. Sans doute faudra-t-il une nouvelle crise pour envisager de telles solutions.

  1. la politique des taux d’intérêt négatifs.