Réforme du collège : les profs priés de marcher au pas

Quand une lettre du rectorat de l'Académie de Grenoble dévoile le caractère liberticide de l'Éducation nationale.

Par André Najac

Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale - Photo : Julien Paisley via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0
Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale – Photo : Julien Paisley via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0

Pour ceux qui ignorent tout du fonctionnement de l’Éducation nationale, il faut lire la lettre que le Recteur de l’Académie de Grenoble a adressée aux directeurs d’établissement le 10 décembre 2015. En une page, tout est dit sur la coercition et l’absence totale de liberté laissée aux personnels enseignants. Tout est dit aussi sur le malaise grandissant dans cette institution qui oblige les autorités à de plus en plus d’actes de sévérité et de brimade pour tenir un système qui est en train d’exploser.

René le Honzec najatRappel du contexte : nombreux sont les professeurs qui s’opposent à la réforme du collège censée s’appliquer à la rentrée 2016. Rares sont ceux qui ont manifesté dans la rue, car ils savent que cela ne sert à rien : la réforme passera malgré tout. Alors, ils adoptent d’autres formes de manifestation. Beaucoup quittent l’Éducation nationale. D’autres refusent de participer aux sessions de formation à la réforme ou bien, s’ils y participent, ils restent soit très passifs soit au contraire extériorisent leur opposition.

Dans ce contexte, le Recteur de l’Académie de Grenoble a rappelé que les professeurs de l’Éducation nationale, étant des fonctionnaires, ne pouvaient pas s’opposer à cette réforme et devaient y souscrire pleinement.

Une phrase est notamment symptomatique de cet état : « En tant que fonctionnaires de l’État, ils doivent mettre en œuvre cette réforme qui s’inscrit dans loi [sic] de refondation adoptée par le Parlement. »

Il a d’ailleurs parfaitement raison. Ayant passé et réussi un concours de la fonction publique, ces personnes sont dorénavant des fonctionnaires. En tant que telles, elles ne peuvent pas s’opposer aux directives émanant de leur administration. Si elles y sont opposées, elles doivent partir.

Le Recteur demande également la dénonciation des récalcitrants « Je vous saurai gré de me signaler les personnels qui entravent… » qui seront sanctionnés par une lettre versée à leur dossier : « Je leur adresserai une lettre de remarque qui sera versée à leur dossier. »

La dernière phrase est toutefois pleine d’humour : « Je vous remercie une nouvelle fois pour votre engagement indéfectible au service de la réussite des élèves. » Depuis quand l’Éducation nationale est-elle au service de la réussite des élèves ?

Un vocabulaire choisi

Il faut admirer les termes et les expressions utilisés dans cette lettre, typiquement caractéristique de la froideur administrative. On parle de personnels, à peine d’enseignants et jamais de professeurs, manière de rabaisser davantage ces personnes. Ici, ce sont les « personnels éducatifs en responsabilité d’élèves », là les « heures de face à face pédagogique avec les élèves », mais surtout pas de cours.

Avec cette lettre on découvre le fonctionnement véritable d’une administration punitive, puisqu’elle récuse toute forme de liberté, les personnels n’étant que des pions, et qu’elle détruit les personnes qui y travaillent.