Pédophiles sur Facebook : une psychose française ?

enfant rire credits b eelen (licence creative commons)

Facebook : les Français sont-ils devenus plus puritains que les Américains ?

Par Lenore Skenazy, depuis les États-Unis

enfant rire credits b eelen (licence creative commons)
enfant rire credits b eelen (licence creative commons)

Les Français viennent de réaliser quelque chose qui semble apparemment impossible : ils sont devenus plus hystériques sur le sexe que les Américains.

La police y exhorte les parents à ne pas afficher en ligne des photos de leurs enfants. Pourquoi ? Eh bien, des photos peu flatteuses pourraient les embarrasser quand ils deviendront un peu plus âgés, bien sûr. Mais la police avertit aussi que ces images pourraient attirer des prédateurs sexuels. Comme le rapporte The Verge :

« Protégez vos enfants ! », a écrit la gendarmerie nationale dans un message sur Facebook le mois dernier, avertissant sur la dernière campagne virale « Le défi de la maternité », qui encourageait les utilisatrices à afficher des photos d’elles-mêmes avec leurs enfants. « Vous pouvez tous être des papas et des mamans fiers de vos magnifiques enfants, mais soyez prudents », continue le message. « Nous vous rappelons qu’afficher des photos de vos enfants sur Facebook n’est pas sans danger ». Une branche régionale de la gendarmerie est allée encore plus loin, implorant les parents en lettres majuscules de STOPPER cette pratique complètement : LES PARENTS SONT EN CHARGE DE PROTÉGER L’IMAGE DE LEURS ENFANTS.

Quelle est la probabilité que des prédateurs parcourent réellement Facebook, remerciant le ciel pour les images de petites filles, ou garçons, et planifiant avec avidité de bondir sur les plus mignons d’entre eux ?

Pas très probable, dit David Finkelhor, qui est à la tête du Centre de Recherche sur les Crimes contre les Enfants à l’Université du New Hampshire. « Nous observons un grand nombre de cas de crimes contre des enfants impliquant un élément quelconque de l’internet, et je ne peux pas penser à un seul cas utilisant ce scénario », m’a-t-il dit.

L’erreur de la gendarmerie française

Quelle est donc l’erreur de la gendarmerie française ? « Mon argument est que les pédophiles n’utilisent pas l’internet comme un catalogue de La Redoute, qu’ils feuillèteraient et où ils diraient de temps en temps « oh, le bel exemplaire », ce n’est pas une stratégie à haute rentabilité. »

Dans une interview au Figaro, l’expert du droit de l’internet Éric Delcroix a évoqué la probabilité que des photos de bébés publiées aujourd’hui pourraient entraîner des procès des années plus tard. Selon les lois françaises sur la vie privée, quiconque est condamné pour avoir publié et distribué des photos d’une autre personne sans son consentement, peut se voir infliger une peine de prison d’une année, et une amende de 45000 euros ; peines qui s’appliqueraient aussi à des parents publiant des images de leurs enfants. Viviane Gelles, une avocate spécialisée dans le droit de l’internet, a confié au même journal que la loi est très claire : « Les parents ont la charge de protéger l’image de leurs enfants ».

Donc, bien que les Américains soient saisis de panique à propos des prédateurs, ils n’ont toutefois pas fait passer une loi interdisant d’afficher des photos de leur chère progéniture.

Sur le web. Traduction Contrepoints.

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