Primaires américaines : Trump le rouleau compresseur

En Caroline du Sud, Donald Trump a écrasé ses adversaires, encore une fois.

Par Daniel Girard, depuis les États-Unis

Jeb Bush crédits Gage Skidmore (CC BY-SA 2.0)
Jeb Bush crédits Gage Skidmore (CC BY-SA 2.0)

Donald Trump s’en est pris à la famille Bush dans un État où elle est immensément populaire. Il a insinué que Geroge W. Bush n’avait pu établir que l’Irak possédait des armes de destruction massive avant de lui livrer combat… Discours risqué, en Caroline du Sud, qui regorge de militaires et de vétérans. Mais ce qui semblait un impair coûteux n’a eu aucun impact. Confondant une fois de plus les analystes, Donald Trump a écrasé ses adversaires.

Le magnat de l’immobilier a récolté 32% des votes. Son plus proche rival, le sénateur de la Floride Marco Rubio a eu 22.5% des suffrages, juste un peu plus que Ted Cruz à 22.3%. Mais celui pour qui la défaite a été la plus amère, c’est le gouverneur Jeb Bush, avec un maigre 7.8%. L’ex-gouverneur était pourtant en territoire ami en Caroline du Sud. Il n’avait pas lésiné sur les moyens pour briller dans l’État. Il avait mobilisé sa famille pour l’appuyer, obtenant même l’appui public de son frère, George W. Jeb Bush, dépité par ces résultats, a jeté l’éponge.


Pourquoi cette déconfiture ? James Sheaffer, électeur républicain indépendant à la primaire, résume l’état d’esprit des partisans du milliardaire : j’ai été déçu des commentaires de Trump blâmant W pour la guerre en Irak, mais je ne veux pas d’un autre Bush. Car oui, Jeb Bush était le candidat par excellence pour l’establishment. Intelligent et articulé, très bien financé (il avait recueilli 100 millions $ des donateurs) il soulevait l’espoir d’une percée dans l’électorat latino, qui avait fait cruellement défaut au GOP à la présidentielle de 2012

Donald Trump n’a rien inventé lorsqu’il a qualifié Jeb Bush d’homme de peu d’énergie. Le frère de W n’a pas réussi à inspirer ses partisans et à puiser dans le ressentiment des républicains désabusés. Pour Donald Trump, donner une voix aux républicains mécontents est devenu un art cultivé. Jeb Bush n’a pas été le seul à subir une cinglante défaite. Ted Cruz a terminé en troisième place alors que la Caroline du Sud est riche en électeurs évangéliques. Mais les sondages à la sortie du vote ont révélé que le vote évangélique est plutôt allé à Donald Trump.Tout un camouflet pour le sénateur du Texas qui avait garanti à ses partisans une victoire plus éclatante que celle de l’Iowa. Cette absence de momentum augure mal à l’approche du super mardi du 1er mars…


Parmi les perdants, le sénateur Marco Rubio est celui qui s’en tire le mieux. En décrochant la deuxième place, il devient le seul espoir de l’establishment de défaire Trump. Mais la tâche sera ardue pour le benjamin des candidats. Traditionnellement le candidat aux républicaines qui a remporté les États du New Hampshire et de la Caroline du Sud a remporté l’investiture. Certes, Marco Rubio a la cote de l’establishment, mais cela pourrait se révéler un désavantage plutôt qu’un atout, compte tenu de l’humeur de l’électorat. Déjà, en prévision du super mardi – des primaires dans plus d’une douzaine d’États – un sondage indique que Donald Trump a une avance considérable au Massachusetts.

Les élitistes des Démocrates, des Républicains et des médias répètent à satiété, depuis l’entrée de Donald Trump dans la course à l’investiture républicaine, que les partisans du milliardaire sont pour la plupart des gens qui ne sont pas allés longtemps à l’école, sous-entendu, pas très brillants. Mais en quoi une personne qui a choisi un métier plutôt que l’université est-elle moins intelligente qu’une autre ?

Les partisans de Donald Trump ne l’admirent pas parce qu’il est millionnaire et que c’est un diplômé de la Wharton School de l’Université de Pennsylvanie. Ils apprécient juste le fait que le magnat de l’immobilier les rejoint dans leurs préoccupations et trouve les mots justes pour leur parler. Qu’il soit le seul à être capable de le faire en dit long sur la déconnexion entre les élites politiques et médiatiques et la population.

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