Pourquoi libertariens et traditionalistes sont des alliés naturels

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Hans-Hermann Hoppe (Crédits : Henrique Pinto, licence CC-BY 2.0)

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Pourquoi libertariens et traditionalistes sont des alliés naturels

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 25 janvier 2016
- A +

Par Christian Robitaille, depuis le Canada.

Hans-Hermann Hoppe (Crédits : Henrique Pinto, licence CC-BY 2.0)
Hans-Hermann Hoppe (Crédits : Henrique Pinto, licence CC-BY 2.0)

Je veux identifier ici les raisons pour lesquelles il est essentiel de fonder une alliance entre libertariens et traditionalistes1, second edition). Voir aussi idem, “Not Thick or Thin, Just Grown Up Libertarianism” dans Ibid.]. En tant que libertarien, il m’a effectivement semblé primordial de rectifier le tir en ce qui a trait au mouvement libertarien. En effet, en constatant les dérives féministes, « queers », relativistes, et hippies qui caractérisent la tournure gauchiste du mouvement, il n’est pas sans utilité de rappeler les implications traditionalistes d’une application de la doctrine libertarienne au contexte des sociétés occidentales contemporaines. Bien que peu de libertariens, à ma connaissance, aient formulé de telles analyses en français, il importe de préciser que les idées qui suivent ont déjà maintes fois été exposées – sous différentes formulations – en anglais. Je ne me fais, en quelque sorte, que le porte-parole d’une stratégie que je fais mienne.

Le libertarianisme est la seule doctrine politique permettant une résolution universelle des conflits entre acteurs. En effet, comme le démontre Hans-Hermann Hoppe, tout conflit entre acteurs est ultimement réductible à un conflit concernant l’utilisation d’une ressource rare (i.e., il n’y a conflit que lorsque plusieurs acteurs veulent simultanément utiliser une même ressource rare pour l’atteinte d’objectifs incompatibles)2. Le libertarien reconnaît simplement que seul un système de propriété privée où chaque individu est propriétaire de son corps et de toute ressource qu’il est le premier à acquérir, ou à produire à partir du monde extérieur, permet de fournir une solution à tout conflit entre acteurs. En effet, résoudre un conflit devient ainsi relativement facile : il suffit de trouver qui a la plus ancienne preuve de contrôle sur une ressource disputée. Loin d’être arbitraire, cette solution est incontestablement la bonne3. On le voit bien, la propriété privée constitue en quelque sorte l’âme de la théorie libertarienne.

En d’autres termes, on pourrait définir le libertarien comme quelqu’un qui croit que l’agression (i.e., l’initiation de la force sur la propriété légitime d’un individu sans le consentement explicite de celui-ci) n’est jamais justifiée ou justifiable4. De plus, il remarque que l’État est un ensemble d’institutions parasitiques dont le fonctionnement repose nécessairement sur un monopole territorial de l’usage de l’agression. Donc, en particulier, un libertarien croit que l’existence ou l’expansion d’un État n’est jamais justifiée ou justifiable. Tout individu est libre de faire ce qui lui plaît avec son corps et ses biens acquis légitimement en autant qu’il ne porte pas atteinte à l’intégrité physique de la propriété d’autrui. Ce principe est généralement appelé « principe de non-agression ».

Quelques constats peuvent être tirés de ce qui vient d’être exposé :

1) Il est clair que le principe de non-agression implique le droit absolu de tout individu ou groupe d’individus à s’associer les uns les autres dans le but d’entretenir des relations d’ordre économique, social, familial, amical, sexuel, etc. Il n’est pas justifié d’initier la force sur un individu pour l’empêcher de s’associer à d’autres. Notons au passage que, bien souvent, les libertariens qui s’allient à la gauche culturelle arrêtent leur analyse des implications du libertarianisme ici, et fondent leur utopie relativiste sur la supposée tolérance généralisée que cette implication semble occasionner. Nous verrons tout de suite que cette impression n’est qu’une illusion.

2) En effet, de la même façon, le principe de non-agression implique le droit absolu de tout individu ou groupe d’individus de refuser de s’associer les uns les autres et ce, peu importe la justification.

3) Il importe de mettre en lumière une dernière implication : tout individu propriétaire a le droit d’utiliser la force pour contraindre un indésirable à quitter sa propriété. Un tel indésirable est un agresseur et le propriétaire ne fait que défendre son droit de propriété contre une invasion, ce qui est parfaitement légitime.

Bref, par 1), 2) et 3), tout individu dispose du droit à la libre association et à la libre exclusion sur sa propriété. Une société libertarienne est donc une société où la discrimination et l’intolérance seront au moins permises et, comme nous le verrons un peu plus loin, seront bel et bien effectives.

Voici maintenant quelques notes économiques et sociologiques élémentaires qui s’avéreront utiles pour la suite :

a) L’être humain en tant qu’acteur s’associera à ceux qui amélioreront la valeur de sa propriété et exclura ceux qui la détérioreront (du moins d’un point de vue ex ante)5. De la même manière que tout échange économique volontaire doit nécessairement être considéré comme étant mutuellement bénéfique ex ante ou n’a pas lieu, tout échange social volontaire doit nécessairement être considéré comme mutuellement bénéfique ou n’a pas lieu. Robinson Crusoé acceptera de s’associer à Vendredi seulement si cette association lui apporte un bénéfice net, et vice-versa. Si les deux hommes ne partagent pas les mêmes valeurs et que l’un d’eux considère l’autre comme un parasite économique ou une nuisance sociale, alors d’aucune façon n’est-il envisageable que des liens associatifs d’ordre économique ou social se créent de façon volontaire. Les deux hommes auront certains critères leur permettant de déterminer si une relation avec l’autre constitue bel et bien un bénéfice net. Ainsi, si Vendredi veut entretenir une relation d’ordre social avec Crusoé, il doit apporter un bénéfice social à Crusoé (et réciproquement). En particulier, Vendredi devra se conformer aux valeurs fondamentales de Crusoé s’il veut faire partie de la communauté Crusoé -Vendredi (et réciproquement). En généralisant, si un individu A veut emménager et joindre la communauté Z, il doit se conformer au système de valeurs de la communauté Z, sans quoi, une fois emménagé, il sera soit ostracisé s’il n’y a pas de contrat restrictif sur l’usage de la propriété exigeant le respect de certaines normes spécifiques, ou exclu de la communauté si un tel contrat restrictif existe et qu’il a été enfreint6.

b) Tous les êtres humains sont différents. Les habiletés économiques et sociales de chacun sont inégales7).]. Il est donc généralement dans l’intérêt des plus faibles de s’associer aux plus forts et de se soumettre volontairement à leur autorité afin d’améliorer leurs conditions de vie, voire de survivre. Il est également dans l’intérêt des plus forts de s’associer aux plus faibles (à condition, bien sûr, que ces derniers acceptent de se soumettre à leur autorité) afin de diviser le travail et prospérer encore davantage. Or, seuls les premiers peuvent survivre et prospérer sans les derniers8.

Ainsi, par a), b), et la section précédente, on déduit qu’une société libertarienne doit nécessairement être anti-égalitariste et aura tendance à créer plusieurs communautés, chacune relativement homogène sur le plan des valeurs9. En effet, la seule manière justifiable d’avoir une société libertarienne égalitariste serait que tous acceptent volontairement de ne pas discriminer, ce qui va à l’encontre des incitations qu’ont les propriétaires à conserver ou améliorer la valeur de leur propriété (Même un égalitariste radical est incité à exclure au moins les anti-égalitaristes de sa propriété, créant ainsi, paradoxalement, au moins deux catégories distinctes et inégales d’individus).

Les sociétés libertariennes seront en effet hiérarchisées, non pas à partir de critères démocratiques ou autocratiques, mais bien sur une base strictement volontaire, i.e., les moins habiles, moins intelligents et moins forts auront tendance à accepter l’autorité des plus habiles, plus intelligents et plus forts, car il sera souvent (sinon, toujours) dans leur intérêt de le faire pour trouver un emploi, être locataires, vivre dans une communauté sécuritaire, etc. L’anticonformisme et le relativisme en ce qui a trait aux valeurs de la communauté seront ainsi des éléments généralement marginaux, ostracisés, voire pas du tout tolérés.

Nous voici maintenant à la partie cruciale de notre analyse. Les traditionalistes occidentaux sont ceux qui valorisent le caractère sacré d’institutions telles que la famille traditionnelle ou la religion et qui constatent que la culture occidentale a permis l’essor économique et social en Europe et en Amérique du Nord. Les véritables traditionalistes sont en faveur d’une décentralisation de la plupart (voire de la totalité) des décisions économiques et sociales afin de redonner le pouvoir aux parents d’éduquer leurs enfants convenablement et aux petites communautés d’établir leurs propres règles de conduites. Ils sont généralement en faveur du libre-marché et du droit absolu de discriminer selon des critères locaux. Ils refusent l’idée qu’il leur faut payer de leurs poches pour des comportements qu’ils jugent immoraux. Ils refusent que leurs enfants soient endoctrinés par l’école publique, où le politiquement correct et la tolérance de tous les styles de vie, aussi malsains soient-il, sont enseignés comme s’il s’agissait de sciences. Ils refusent également l’arrivée massive d’immigrants aux valeurs incompatibles aux leurs. Ils font la promotion d’une société locale hiérarchisée en fonction des habiletés économiques, sociales, et morales de chacun. Bref, ils s’opposent à ce qu’on leur impose de tolérer des manières de vivre jugées dégradantes ou inférieures, et sont en faveur d’un ordre social anti-égalitariste construit de manière à ce que chacun occupe un rôle correspondant à ses habiletés et vertus naturelles.

Il y a de quoi, il va sans dire, faire sursauter un ardent défenseur de la gauche culturelle. L’anti-égalitarisme exacerbé des véritables traditionalistes n’est pas dans l’air du temps. Et pourtant, rien de ce qu’ils promeuvent n’est incompatible avec le libertarianisme, bien au contraire. Ils ne veulent qu’exercer leur droit de s’associer à – et surtout de se dissocier de – qui bon leur semble. Ils ne veulent qu’exercer leur droit d’éduquer leurs enfants selon leurs propres valeurs. Bref, ils veulent qu’on les laisse en paix.

Voici donc la raison pour laquelle j’en appelle à une alliance « libertaro-traditionaliste », au Québec et au Canada comme ailleurs en Occident. Comme l’affirme le libertarien anglais Sean Gabb, les traditionalistes et les libertariens sont, pour le moment du moins, « des alliés naturels contre une classe dirigeante qui est en guerre à la fois avec la liberté et la tradition. »10 Peu de phrases aussi courtes n’ont contenu de vérité aussi probante. Les États occidentaux sont de moins en moins en guerre contre les péchés sans victimes de la gauche culturelle tels que la consommation de drogues, la pratique de l’homosexualité, ou la libération sexuelle de la femme. Or, les États occidentaux sont de plus en plus en guerre contre ceux qui souhaitent poursuivre un mode de vie traditionnel. La raison en est bien simple ; plus la société devient socialement égalitariste, plus il est facile pour cette dernière d’accepter l’égalitarisme économique que souhaite imposer la classe dirigeante.

À la lumière de tout ceci, il devient évident que le mouvement libertarien contemporain s’est pour ainsi dire infligé une surdose d’égalitarisme en condamnant le traditionalisme. Il n’y a certes rien de mal à la tradition d’un point de vue libertarien. Et pourtant, quand ils s’allient explicitement aux groupes de la gauche féministe, « queer », relativiste, et hippie, les libertariens se font les alliés objectifs des États occidentaux contemporains. En effet, il y a bien longtemps que la gauche culturelle n’est plus libertarienne (en supposant qu’elle l’ait déjà été) ; elle ne milite plus seulement pour criminaliser le véritable viol, décriminaliser la pratique de l’homosexualité, ou décriminaliser l’utilisation de drogues, mais bien plutôt pour criminaliser la « culture du viol » (un concept absurde selon lequel un commentaire déplacé envers une femme encouragerait le viol ou selon lequel une femme qui regrette une relation sexuelle aurait été « violée »), et financer des centres pour accueillir les héroïnomanes à l’aide de fonds publics.

La gauche culturelle est devenue une ennemie objective de la liberté. C’est plutôt en s’assurant de la bonne santé des institutions occidentales traditionnelles que constituent la famille, la religion, et le libre-marché que les libertariens pourront mener de manière efficace leur combat contre l’État.

D’un autre côté, c’est en s’assurant de combattre l’État que les traditionalistes réussiront à établir un ordre social traditionnel stable. Tel que mentionné plus haut, une société libertarienne sera largement traditionaliste (bien que, pour énoncer l’évidence, les traditions varieront selon les localités spécifiques). Autrement dit, les communautés seront largement hétérogènes les unes des autres, mais relativement homogènes dans leur composition interne. Il s’agit d’un contexte parfait pour établir une communauté qui correspond exactement à une vision traditionnelle d’un ordre social.

Lire sur Contrepoints notre dossier conservatisme

  1. Plusieurs auteurs anglophones ont déjà procédé à des analyses similaires. Voir par exemple Keir Martland, “Paleolibertarianism” dans idem, Liberty from a Beginner – Selected Essays (2016 [2015
  2. Hans-Hermann Hoppe, The Great Fiction – Property, Economy, Society, and the Politics of Decline (Laissez Faire Books, 2012), pp. 85-87.
  3. Il n’est pas utile, dans le contexte de ce texte, d’exposer explicitement les démonstrations de cette proposition. Il suffira ici de spécifier au lecteur intéressé qu’au moins deux démonstrations existent. Pour la première demonstration (par l’absurde), voir Murray N. Rothbard, The Ethics of Liberty (New York and London: New York University Press, 2002), chap. 8. Pour la seconde (l’éthique de l’argumentation), voir Hans-Hermann Hoppe, The Economics and Ethics of Private Property (Auburn, Alabama: Ludwig von Mises Institute, 2006), chap. 11-15 et idem, A Theory of Socialism and Capitalism (Auburn, Alabama: Ludwig von Mises Institute, 2010), chap. 7.
  4. J’expose ici le libertarianisme dans son essence. Il est tout à fait possible qu’un individu se réclame libertarien, mais n’accepte qu’à un moindre degré la théorie fondamentale que j’expose ici. Notons au passage qu’il existe des libertariens minarchistes qui croient qu’un État est justifié, dans une mesure très restreinte.
  5. Un exemple simple : une mère de famille valorisant une bonne éducation pour ses enfants, est incitée à s’associer à des personnes vertueuses et, en conséquence, à exclure de son foyer – et à refuser de s’associer avec tout autre individu compromettant la bonne éducation qu’elle valorise pour ses enfants. Elle sera ainsi incitée à vivre dans un voisinage convenable où la sécurité et les bonnes mœurs sont assurées. Autrement, la valeur de son foyer diminuerait, car celui-ci ne serait plus un lieu propice à l’accomplissement de l’ensemble de ses objectifs.
  6. À ce sujet, voir Murray N. Rothbard, Ibid., p. 146. Voir également Hans-Hermann Hoppe, Democracy – The God That Failed (New Brunswick, N.J.: Transaction Publishers, 2001), chap. 10.
  7. Voir à ce sujet Murray N. Rothbard, “Egalitarianism as a Revolt Against Nature” dans idem, Egalitarianism as a Revolt Against Nature and Other Essays (Auburn, Alabama: The Ludwig von Mises Institute, 2000 [1974
  8. Voir Hans-Hermann Hoppe, A Realistic Libertarianism (lewrockwell.com, 2014).
  9. Voir à ce sujet Hans-Hermann Hoppe, Democracy – The God That Failed.
  10.  Sean Gabb, Cultural Revolution, Culture War: How Conservatives Lost England, and How to Get It Back (London: Hampden Press, 2014) édition Kindle, chap. 6. Ma traduction.
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  • Stéphane Boulots
    26 janvier 2016 at 7 h 29 min

    Très bon article !

    La divergence principale vient du caractère universaliste de la doctrine libertarienne, qui sur certains aspects est vue comme absolutiste et idéologique par les conservateurs qui considèrent que le concept de révolution « philosophique » ou « intellectuelle » reposant sur des principes scientifiques est par principe dangereux : pour les conservateurs, la liberté n’est pas un élément que l’homme peut décrire de façon positive, elle n’a de sens que dans l’acceptation des changements.

    En fait c’est le positivisme (il faut faire cela par ce que selon tel principe logique etc…) que les conservateurs réfutent : pour eux, la tradition est un bien meilleur outil pour guider le sens des choses.

    Et contrairement à ce que les gauches pensent, le conservateurs ne sont pas contre le changement, ils acceptent parfaitement le changement si celui-ci se produit dans la tolerance, dans la non agression. C’est ce principe qui les unit aux libertariens.

  • Excellent article.
    Une société libertarienne ressemblerait en effet assez à une société traditionaliste, au moins en surface.
    La différence principale étant la non contrainte…

    • Je me demande si l’exemple le plus proche de la société libertarienne proposée n’est pas le gang de rue de Los Angeles ou le cartel de la drogue mexicain. Très inspirant…

      • Il est clair que les gangs de rue ou les cartels de la drogue respectent religieusement le principe de non-agression.

        • Vous m’avez bien fait rigoler, belle répartie =)

        • Exact !
          D’ailleurs les cartel de la drogue mexicains ou le gang de LA ou la mafia sicilienne ont bien plus de proximité avec l’Etat (même social démocrate) qu’avec une société libertarienne…

  • « Le libertarianisme est la seule doctrine politique permettant une résolution universelle des conflits entre acteurs. »
    Ouai ouai je modifierais en:
    « Le libertarianisme est la seule doctrine politique permettant une résolution universelle des conflits entre acteurs libertariens »
    J’aimerai voir le libertarianisme résoudre un conflit plus complexe…

    • Stéphane Boulots
      26 janvier 2016 at 10 h 48 min

      Même cela n’a aucun sens réel. Les communistes et les anarchistes disent exactement la même chose.

      Rappelez vous d’un Reich de 1000 ans pendant lequel il n’y aurait plus aucun conflit….

      Cet argument fait très peur, mais c’est un tabou pour les libertariens qui ne comprennent pas pourquoi les gauchistes les considèrent comme de dangereux fanatiques et s’opposent à cet argument par la polémique et le clivage, voir l’invective.

      • Effectivement tous les systèmes globaux, oserais-je dire totalitaire ont pour commun dénominateur le fait que tous les acteurs doivent répondre au système. Ici dans le « système » les individus sont libres de choisir une communauté (c’est contestable car la réalité n’est pas si fluide) mais ils sont obliger d’être libertarien. Si ce n’est pas le cas et que des individus rejette ce choix et que même ils font bloc pour subvertir le système (cela c’est vu au cours des siècles) alors le « beau système » libertarien retourne à la réalité commune de gestion des conflits.
        Donc « Le libertarianisme est la seule doctrine politique permettant une résolution universelle des conflits entre acteurs que si le monde est libertarien sans exclusive »

        • Mais justement un système libertarien n’a rien de global et encore moins de totalitaire. Il laisse chacun decider de ce qui lui convient. Si il trouve chaussure à son pied dans l’offre existante, tant mieux, sinon il est en situation de tenter de créer l’offre correspondante. Et si d’autres y adhèrent il s’enrichit.
          Dans une société libertarienne vous êtes totalement libre d’être non-libertarien. Communiste hard-core, même, si ça vous chante. L’inverse n’est bien entendu pas du tout vrai. Le seul truc c’est que vous ne pouvez pas imposer aux autres de jouer avec vous.

  • « La gauche culturelle est devenue une ennemie objective de la liberté. »

    Parce que les traditionalistes, comme mouvement politique ou de pensée, ne sont pas des ennemis objectifs de la liberté et de la société ouverte ? Qui peut feindre de croire une seule seconde que Christine Boutin – pour prendre un exemple français – serait une alliée des libertariens ?

    Je veux bien croire que dans une société anarco-capitaliste hoppéenne, il puisse exister des communautés traditionalistes, vivant recluses sur elles-même, un peu à la manière des Amish. Cela ne signifie pas pour autant que les libertariens et les traditionalistes sont des alliés objectifs dans la défense de la liberté. De même que dans une société anarco-capitaliste hoppéenne, il pourrait également exister des communautés socialistes, écologistes, communistes ou autre, sans pour autant que ceux-ci deviennent des alliés objectifs des libertariens.

    Alors, nous savons bien que nombre de réactionnaires, intolérants religieux, xénophobes, racistes et autres ennemis déclarés de la société ouverte prônée par l’humanisme libéral aiment à se raccrocher aux branches de la dialectique hoppéenne pour faire avaler la pilule de leur vision sclérosée de la société. Mais ce n’est pas pour autant que l’on doit se laisser abuser par ce détournement éhonté de concept et travestissement des idéaux libéraux. Et toujours se rappeler que le libéralisme est identifié par un paradigme politique qui répond à la diversité humaine en défendant les institutions qui permettent la coexistence de différentes croyances et modes de vie. Le libéralisme vise à favoriser la tolérance en acceptant l’altérite, la reconnaissance des bénéfices du pluralisme et du multiculturalisme. Le libéralisme se distingue des autres philosophies politiques qui rejettent l’idée d’un ordre social organique et spirituellement unifiée, dans lequel les intérêts des individus sont alignés en parfaite harmonie avec les intérêts de la communauté. Les individus ont des buts différents et il n’y a pas d’objectif commun unique que nous devrions tous partager. Et ces fins sont nécessairement en conflit. La question à résoudre d’un point de vue libéral est de savoir comment régler et non pas comment éliminer ces conflits.

    • +1 l auteur semble frustré de la place deus libertariens dans la vie politique américaine c’est un peu comme Sarko qui appelle a l alliance droite centre et puis libertarianisme et ordre social ça sonne faux
      Quelle ordre social? L’ auteur sais tres bien
      que les electeurs conservateurs le seront toujours plus que les candidats qu il elisent.
      Et quand aux tenant de la traditions ils sont respectables mais ont tout fait au niveau politique pour se faire détester: cf le mariage pour tous et autres.

    • Stéphane Boulots
      26 janvier 2016 at 15 h 08 min

      @José : vous faites une généralisation qui provient en grande partie de la doxa gauchiste quand vous parlez de réactionnaires, intolérants religieux, xénophobes, racistes et autres ennemis déclarés de la société ouverte etc…

      Tous les traditionnalistes ne sont pas expansionnistes, universalistes … Bon nombre se contentent très bien de vivre entre eux (ce qui est d’ailleurs leur principale revendication). C’est même la grande, sinon l’immense majorité. D’ailleurs au plus les traditionnalistes sont intégristes, au moins ils s’intéressent aux autres.

      C’est une habitude des gauchistes de penser que tout le monde est comme eux, mais c’est faux.

      Bien sur il existe une minorité de prosélytes, qui d’ailleurs, sont en généralité, très mal vus, ce qui est par exemple le cas de Christine Boutin qui n’arrive pas à convaincre grand monde à part quelques rares fanatiques, et de toute évidence les prosélytes sont largement moins nombreux que les ayatollahs du politiquement correct.

      Après, si vous réclamez que les traditionnalistes dans une société libertarienne n’ont pas la liberté de s’exprimer, de dire toute le mal qu’ils pensent des choses qu’ils désapprouvent, de manifester, de faire du prosélytisme, je vous propose de passer du libertarianisme au libéralisme classique qui lui a des réponses claires à ce propos 🙂

    • Faudra un jour qu’on m’explique comment on peut être pour la liberté mais contre le fait que des gens puissent être racistes. Pour la liberté mais contre le fait que des gens ne soient pas comme vous.

      Comme qui disait, la liberté d’expression n’a d’intérêt que si elle permet de dire des choses qui choquent. On peut étendre en disant que la liberté n’a d’intérêt que si elle permet de faire des choses qui choquent. Pas besoin de liberté et de libertarianisme aujourd’hui pour être pour l’immigration, le mariage gay, la non-discrimination, le féminisme. Au contraire, toutes ces choses ont comme point commun d’être imposées par la violence contre la liberté de certains au nom de « la liberté ».

      Le xénophobe et le raciste, au contraire de l’immigrationniste ou de l’anti-raciste n’ont en général pas le projet d’imposer aux autres leurs idées. Ils veulent juste, en général, qu’on n’utilise pas l’argent qu’on leur a pris de force pour financer des trucs qu’ils ne veulent pas (pleins d’étrangers / de gens d’autres ethnies qu’eux sur leur propriété -individuelle ou collective puisque l’État s’est saisi d’une grosse part de la propriété existante).

      Bref, l’auteur à bien raison, on assiste chez un nombre important de « libéraux » ou « libertariens » à une étrange course à gauche qui bien généralement consiste à violer la liberté et la propriété de certains au bénéfice d’autres parce que c’est plus sympa ou que moralement ci ou ça. Mais la seule base morale de la société libertarienne qui est le principe de non-agression est hardiment violé au passage.

      • les conservateurs et progressiste en appel toujours à l’Etat quoi qu’il en soit le libertarianisme en est encore au stade de la philo et des idées politiques.
        Le libertarianisme est anti-politique sur le plan philosophique donc il est fondamentalement opposé à une quelconque alliance si celle ci n’ est pas conjoncturelle ou d’opportunité sur des propositions qui seraient en accord avec son idéologie.
        Bref encore du temps pour que le libertarianisme soit un projet politique viable et applicable dans la réalité d’aujourd’hui.

      • Bah le soucis c’ est que l’article parle d’un soit disant ordre social et qui dit ordre dit a minima l’usage de la coercition et de la violence.
        Le fait que le principe de non agression ne soit pas respecté est indépendant du fait qu’il y est une présence étatique ou non.
        Comme disait Norbert Elias l’Etat est une mafia qui l’a emporté sur les autres.
        Donc qu’ il ou pas un Etat, une structure cherchera toujours à imposer sa domination sur les autres.
        Et puis bon parler de libertarianisme pour critiquez l’immigration, je rappelle qd même que la colonisation c’est tout sauf du libertarianisme ainsi que l’aventurisme en politique étrangère.
        Les penseurs libertariens sont généralement dans leur tour d’ivoire contrairement au libéraux

        • « ordre spontané » ça vous dit quelque chose ? Aux dernières nouvelles c’était plutôt très libéral, bien que ces socialistes de Mises et Hayek aient voulu subvertir le bousin….

          • oui parfaitement et ça n’a strictement rien à avoir avec l’article puisque le projet de cet article est d’établir un ordre social traditionnel stable ce qui implique de facto une conscience de bouleversement, l »ordre spontané » se résument aux interactions individuelles en dehors de tout dessein https://fr.wikipedia.org/wiki/Ordre_spontan%C3%A9

    • @ José,

      Bon, Stéphane Boulots m’a devancé. Mais tes remarques ne concernent que les traditionnalistes étatistes, à visées coercitives et expansionnistes. Je suis d’accord avec toi sur le fait qu’une alliance n’est pas vraiment possible avec ceux là. Néanmoins, tous ne sont pas sur cette ligne. Contrairement au socialisme ou au communisme, le traditionalisme n’est pas intrinsèquement liberticide ou antilibéral.

      Je pense que le point essentiel de cet article est de relever que l’Etat s’attache de plus en plus à cet objectif liberticide qu’est la destruction des traditions et l’enseignement de la « morale progressiste » à l’école. Un conservateur ou un traditionnaliste, s’il est attaché à la liberté, aura donc tout intérêt à soutenir un modèle libertarien qui lui laissera la possibilité de vivre avec les siens comme il le désire, sans criminaliser ses valeurs ou lui en imposer d’autres. Le tout, sans remettre en cause la liberté des autres.

  • Je cite l’article : »Les traditionalistes occidentaux sont ceux qui valorisent le caractère sacré d’institutions telles que la famille traditionnelle ou la religion »

    Les islamistes aussi valorisent la famille traditionnelle et la religion.

    C’est pour cette raison que quand des « traditionalistes occidentaux » s’opposent à l’islamisme, ils ne peuvent faire que sombrer dans la logique ethnocentriste suivante: « Les valeurs traditionnelles de MON PEUPLE sont géniales tandis que celles de TON PEUPLE sont merdiques. »

    Tandis que quand des progressistes comme moi s’opposent à l’islamisme, nous sommes dans une logique beaucoup moins ethnocentriste. Nous disons ceci : « Les valeurs progressistes sont supérieures aux valeurs traditionnelles. »

    Comme vous le voyez, avec cette logique progressiste le fait d’appartenir à tel ou tel peuple est une question secondaire, tandis qu’avec la logique traditionaliste l’appartenance ethnique ou nationale est une question primordiale. Le traditionalisme est inséparable d’un certain « tribalisme » ou « communautarisme ».

    Je cite l’article : »[Les traditionalistes] refusent également l’arrivée massive d’immigrants aux valeurs incompatibles aux leurs. »

    Les nationalistes aussi.

    Je cite l’article : »rien de ce que les [traditionalistes] promeuvent n’est incompatible avec le libertarianisme »

    Le nationalisme est incompatible avec le libertarianisme.

    Le libertarianisme permet qu’un propriétaire privé, qu’un quartier privé, qu’une ville privée, puissent discriminer des étrangers, mais il ne permet pas qu’un État puisse fermer ses frontières.

    • Heu… Problème il ne permet pas qu’un état existe, mais s’il existe (et donc qu’on n’est plus dans une société libertarienne) je ne vois pas en quoi il me partout pas fermer ses frontières puisque c’est la seul justification qu’on puisse trouver à son existence…
      Faut être un poil cohérent…

      • masturbation intellectuelle le libertarianisme, Rand Paul a fait 4% quand je vois les lecteurs de contrepoint se rabattre finalement comme des moutons pour Ted Cruz ça me fait rire!

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Par Eddie Willers.

Depuis son arrivée au gouvernement sous François Hollande, la presse n’a eu de cesse de présenter Emmanuel Macron comme un libéral. Forte de son inculture en la matière, elle pensait qu’il suffisait d’être passé par une banque d’affaires et d’avoir fait voter une loi de libéralisation de l’exploitation des autocars pour en être.

Néanmoins, les dernières semaines nous montrent que notre président fait tout pour se départir de cette étiquette. Une déclaration m’a notamment marqué ces dernières semaines, celle cr... Poursuivre la lecture

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