Marylise Lebranchu pénalise les fonctionnaires entrepreneurs

Un fonctionnaire qui auto-entreprend, c’est intolérable et sera désormais interdit...

Par Jacques Clouteau.

Marylise Lebranchu, ministre de la Fonction Publique (Crédits ; Philippe Grangeaud/Solfé Communications, CC BY-NC-ND 2.0)
Marylise Lebranchu, ministre de la Fonction Publique (Crédits : Philippe Grangeaud/Solfé Communications, CC BY-NC-ND 2.0)

Revenons d’abord sur la longue carrière de Marylise Lebranchu : titulaire d’un diplôme d’aménagement du territoire, elle entre immédiatement, sans avoir jamais pratiqué son art, dans le cocon délicieux de la fonction publique métissé d’un zeste de « responsabilité politique » (on notera la savoureuse antinomie des deux vocables) : chargée d’études, assistante parlementaire, intervenante à l’université, conseillère parlementaire, maire, députée, secrétaire d’État puis ministre. Ah j’oubliais : elle a été très tôt socialiste, forcément… Quand on n’a jamais produit de richesse dans le privé soi-même, il est beaucoup plus facile de partager l’argent des autres…

À peine est-elle ministre de la fonction publique (donc ministre de sa propre administration), elle supprime le jour unique de carence des fonctionnaires (qui avait pourtant réduit de 40% l’absentéisme dans la fonction publique). Beh oui, c’était injuste et ça stigmatisait…

dessin politique185Rappelons que pour les salariés du secteur privé, c’est trois jours pendant lesquels, si on est malade, on n’est pas payé. Pour les indépendants libéraux, c’est 90 jours avant de pouvoir faire intervenir son assurance. Zéro jour, 90 jours : on voit la mise en œuvre de l’égalité et la solidarité nationales envers ceux que la maladie frappe…

Ah oui, j’oubliais : un malheureux fonctionnaire qui serait cloué sur son lit par une horrible grippe pendant trois ans serait payé tout pareil. Pendant que le travailleur indépendant tombé de son toit est cloué sur son lit à lui par des attelles et des poulies, sans aucun revenu puisqu’il ne peut, à l’évidence, remonter sur un toit, doit continuer, lui, à payer son assurance-maladie. S’il ne peut pas, un huissier viendra foutre hors de la maison son lit à poulies…

Reprenons au début : contente d’avoir chouchouté les fonctionnaires de son administration, Madame Lebranchu vient de s’apercevoir d’une chose épouvantable, certains fonctionnaires étaient devenus auto-entrepreneurs, 45.000 exactement. Tétanisant pour un ministre qui pense que les serviteurs de la nation sont au garde-à-vous 24/24 pour exécuter prestement les nobles tâches que ne manquera pas de leur confier la République. Impossible à même imaginer pour elle… Il existe des fonctionnaires qui veulent entreprendre, qui ont besoin pour s’épanouir de créer, d’inventer, d’innover, de se confronter au monde réel, et, tout simplement qui souhaitent augmenter leurs revenus.

Son argument imparable : si le fonctionnaire crée une activité complémentaire, c’est qu’il n’est pas épuisé par le travail. Pourtant, dur de nier que le temps de travail des fonctionnaires sensiblement plus court que dans le privé… Ou alors nous avons de la notion de travail et d’épuisement une notion qui n’est pas la même.

Mais passons sur cet argument ministériel totalement niais. Cette possibilité offerte en 2008 par Hervé Novelli à tout citoyen, qu’il soit étudiant, fonctionnaire, salarié, de créer sa propre activité, une des plus belles lois jamais mises en place depuis 1945, partait du principe que chaque Français puisse, au cours de sa vie, changer d’activité, voire avoir deux activités en même temps. Essayer une idée, l’abandonner, en tester une autre. Peut-être créer une vraie entreprise plus tard. Vivre, tout simplement. La LIBERTÉ, tout simplement…

Un fonctionnaire qui entreprend, c’est aussi un bel exemple qu’on ne peut enfermer les gens dans des cases, que chacun a le droit de se réaliser, de réaliser ses talents en dehors d’un travail purement alimentaire.

On citait dans un article de presse l’exemple de Fred, professeur de musique, qui s’était mis auto-entrepreneur pour vendre ses créations musicales. Et Maurice, instituteur, qui passe ses week-ends dans son atelier de poterie. Au prétexte que madame Lebranchu ne trouve ça pas moral, Maurice n’a plus le droit de créer de belles poteries et de les vendre ? Comment vont-ils faire désormais ? Un peu de black, un peu de bricolage, et surtout une grande désillusion.

Un projet de loi adopté en octobre 2015 par l’Assemblée nationale va passer devant le Sénat pour faire incontinent cesser cet abus. S’en fout la Marylise, avec toutes ses indemnités cumulées, elle n’a nul besoin d’imaginer, d’inventer ou de créer quoi que ce soit. À part des lois pour empêcher les autres de réaliser leur rêve…

Oui, j’oubliais : rêver, pour un socialiste, ce n’est pas nécessaire, puisque le pays qu’ils administrent est un paradis. Rêver d’un autre paradis est une perversion, une maladie, ou pire un comportement anti-social…

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