Crises, conflits, et krach en vue : 2016, une année mal partie…

explosion atomique credits Pierre J (licence creative commons)

Le contexte économique mondial ne porte pas à l’optimisme. La France peut-elle en souffrir ?

Par Jacques Garello.

explosion atomique credits Pierre J (licence creative commons)
explosion atomique credits Pierre J (licence creative commons)

Panique dans les bourses asiatiques, chute sur toutes les places du monde : l’année 2016 est mal partie. Conflit sévère entre l’Arabie saoudite et l’Iran : la poudrière du Moyen Orient va-t-elle exploser ? L’économie russe au plus mal, l’Amérique Latine en éruption : le commerce mondial y résistera-t-il ?

Le contexte économique mondial ne porte pas à l’optimisme. La France peut-elle en souffrir ? Chez nous, la courbe du chômage ne s’inverse toujours pas, mais un grand programme de formation est lancé. Le scénario de 2008 se reproduirait-il en 2016 ?

Contingences et permanences

En économie, la prévision conjoncturelle est l’un des exercices les plus périlleux. D’une part, il existe des « accidents », assez souvent d’origine politique, donc imprévisibles. D’autre part, la conjoncture est par définition fuyante, la volatilité économique tient à l’impossibilité de maîtriser toutes les données dans un espace sans cesse élargi. Fort heureusement, derrière la conjoncture il y a les structures, les permanences qui font une croissance durable ou accentuent une chute inévitable.

Prenons la « crise » de 2008. L’accident c’est la ruine des crédits « subprimes », la permanence, c’est la politique de facilité monétaire lancée en 2001 par crainte de voir l’économie américaine s’effondrer après les Twin Towers.

Enfin, il faut considérer que l’on confond facilement conjonctures boursière et économique. La bourse amplifie les fluctuations de la production et de la consommation. Les techniques numériques accélèrent encore l’amplification. Ce faisant, la bourse a paradoxalement un effet stabilisateur, parce qu’aggraver une baisse c’est souvent s’en mieux prévenir. Mais en sens inverse les signaux boursiers peuvent égarer les opérateurs, dont le mimétisme est redoutable.

Les accidents actuels

Le plus spectaculaire est incontestable l’effondrement des bourses asiatiques. Récemment, la place de Shanghai a plongé de 6,85% et celle de Shenzhen de 8,2%. Dans la foulée, Tokyo, Shanghai perdaient plus de 3 %. À Paris, le CAC se retrouvait juste au-dessus de 4.500 points. L’accident, c’est encore la tension très forte entre Riyad et Téhéran. L’Arabie saoudite a décapité une quarantaine de « terroristes », dont le cheik chiite Al-Nimr : la guerre de religion entre chiites et sunnites va-t-elle s’intensifier ?

Enfin, l’accident c’est aussi la dérive de la Russie et du Brésil, deux des quatre grands pays émergents. Dans les deux cas, les monnaies nationales ont perdu toute valeur, la dette extérieure s’est brusquement accrue.

Les permanences négatives

Ces accidents ont en réalité des racines profondes. La Chine est affaiblie par deux facteurs : l’un est la dictature politique, qui a mis les entreprises entre les mains de la nomenklatura communiste, ce qui ne manque pas d’entraîner corruption, irresponsabilité ; l’autre est la rapidité (mais aussi l’urgence) du développement du pays, qui crée une pression sur les approvisionnements en énergie et matières premières. La Russie n’a jamais réussi à mettre en place une production industrielle compétitive, elle n’a d’autre ressource que l’exportation de pétrole, dont les cours s’effondrent. Poutine dépense beaucoup d’argent pour financer sa politique de prestige national et d’intervention en Syrie. Mais la dépense est financée par une inflation galopante. Enfin, le Brésil, très lié à la Chine, se noie dans la corruption, le nouveau ministre de l’économie Barbosa va rompre avec la politique de Lévy, jugé trop « austère » : après une décroissance de près de 3 %, un nouvel échec est en perspective.

Les permanences positives

L’une est la révision de la politique de la Fed et la réorientation des taux d’intérêt à la hausse. Elle traduit l’optimisme des autorités monétaires américaines sur la santé de leur pays, désormais premier exportateur mondial d’énergie. Mais cette politique ne fait pas l’affaire de Mario Draghi et de tous ces Européens qui cherchent à affaiblir délibérément l’euro et en sont restés, pour l’instant, à lutter contre la déflation !

De ce point de vue, la tension permanente entre la Grande-Bretagne et la zone euro va sans doute trouver une issue, la position de David Cameron, naguère considérée comme déraisonnable, marque des points auprès de tous ceux qui estiment, à juste titre, que l’Europe de Bruxelles fait fausse route.

Allemagne, Pays-Bas, voire Italie et Espagne, retrouvent la voie d’une (faible) croissance et le chômage y est en train de se stabiliser. Une mondialisation toujours active, des produits de base et une énergie bon marché, le retour à la stabilité budgétaire : voilà sans doute la toile de fond de l’économie 2016. Reste évidemment le cas de la France : ici nous sommes en pleine aventure politique, car ce n’est ni la formation de 500.000 chômeurs ni les bienfaits de la loi Macron qui suffiront à renouer avec la prospérité.

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