L’islam radical, d’Antoine-Joseph Assaf

Une étude dense et érudite sur l’islam radical d’aujourd’hui.

Par Francis Richard.

l'islam radical antoine assafAujourd’hui qui ne se pose pas de questions sur l’islam, et plus particulièrement sur l’islam radical ? Le livre d’Antoine-Joseph Assaf décevra inévitablement ceux qui ont sur le sujet des opinions tranchées au cimeterre, ceux qui ne cherchent pas à comprendre, ceux qui ne font pas dans la nuance, ceux qui prétendent savoir et qui sont ignorants de leur ignorance.

De ce livre dense, très dense même, foisonnant, qui témoigne de grandes connaissances sur le sujet, que peut-on retenir ?

  • que l’islam radical n’est pas chose nouvelle
  • que la donne a changé après le 11 septembre 2001
  • que l’islam pourrait très bien s’accomplir

L’islam radical n’est pas chose nouvelle

La succession du Prophète ne s’est pas faite sans divisions, celle, notamment, entre sunnites et chiites. Et pourtant c’est sous les premiers califes que l’islam a connu une expansion phénoménale dont la nostalgie nourrit aujourd’hui encore l’islamisme :

« D’un côté, il y a la certitude, et de l’autre, la force et la détermination. La certitude du messager de Dieu dans l’exercice de sa mission et la force armée qui n’hésite pas à s’affirmer par le glaive après la parole. »

Dans cette partie historique, Antoine Assaf parle du rêve fracassé de Lawrence d’Arabie qui aurait bien voulu unifier le royaume arabe, de l’esprit radical du wahhabisme qui n’aurait pas connu de succès sans l’appui de la famille Saoud, de la confrérie des Frères musulmans qui a prôné la résurrection de « l’idée d’un djihad incarné, réel, charnel et combatif pour atteindre la libération ultime. »

Dans cette même partie, Antoine Assaf parle de l’alliance entre Adolf Hitler et Hadj Amin al-Husseini (Le Grand Mufti de Jérusalem), du sionisme, du renfort de trente mille musulmans à la machine de guerre nazie, de la lettre de lord Balfour à lord Rothschild publiée en 1917, de la création d’Israël, des guerres israélo-arabes, de la paix avec l’Égypte, de la guerre au Liban et des guerres du Golfe.

La donne a changé après le 11 septembre 2001

La source du problème, selon Antoine Assaf ? Elle se trouve dans la crise qui agite le Proche-Orient depuis la création d’Israël : « L’évolution de l’histoire a ramené le peuple juif en Terre sainte, et ce retour d’un peuple opprimé a perturbé le cours de l’histoire des pays arabes, qui essayaient de renaître après la chute de l’Empire ottoman ».

Avec les attentats du 11 septembre, « l’islam radical a voulu faire trembler les États-Unis et les atteindre au cœur. En fait, le géant n’a tremblé que pour faire trembler plus encore le monde qui l’entoure, ce monde qu’il domine par des influences directes et indirectes ». À partir de cette date-là, l’islam radical s’est mondialisé et la riposte à l’islam radical s’est elle-même mondialisée.

Depuis le 11 septembre, il y a eu l’intervention en Afghanistan, la troisième guerre du Golfe en Irak, la guerre au Liban entre Israël et le Hezbollah, les printemps arabes, la guerre en Syrie et le rôle de l’Iran au Proche-Orient. Et, en toutes ces circonstances, l’islam radical est présent, avec des fortunes diverses, tissant sa toile d’araignée…

Ce qui est certain, c’est que l’avenir du monde est incertain… et que nombre d’États jouent double jeu face à Daech : l’Arabie Saoudite en le finançant tout en étant l’alliée des États-Unis, la Turquie en ne le considérant pas comme un ennemi, l’Iran en le laissant se développer tout en proposant de participer à une coalition pour le combattre…

L’islam pourrait très bien s’accomplir

Pour cela – pourquoi pas – il faudrait :

  • que les textes ne soient pas considérés comme trop sacrés : « L‘islam se radicaliserait encore plus dangereusement et plus militairement s’il ne sortait pas de l’exégèse absolue, qui est l’expression de la mort que donne la lettre quand elle étouffe l’esprit. »
  • que l’homme reste libre « dans son acceptation comme dans son refus de Dieu » : « Cette liberté même est le signe de la divinité en nous. »
  • que le droit humain et le droit divin ne soient pas confondus : « C’est de cette confusion que viennent les attitudes obscurantistes, qui poussent les chefs radicaux à s’obstiner, au mépris de toute évolution dans l’histoire, à déclarer valides et applicables de nos jours des préceptes qui ont géré une société tribale médiévale sous la forme d’une législation absolue (charia). »

Antoine Assaf espère en un monde « qui verrait un certaine esprit de profondeur, un esprit tenace cherchant à temps et à contretemps les vraies finalités de l’œuvre commune de la raison dans l’histoire ».

À la fin de son essai, pour illustrer son propos, il évoque l’évêque d’Hippone : « Saint Augustin méditant sur l’histoire a souligné dans sa Cité de Dieu comment « deux amours ont donc bâti deux cités : l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu, la cité terrestre ; l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi, la cité céleste » ».

Il ajoute : « Il a également conçu qu’on ne pouvait comprendre la paix ni la réaliser qu’en la définissant comme étant la tranquillité du de l’ordre, ordre sans lequel le monde des hommes et l’univers tout entier sombreraient dans un chaos où Dieu serait pour toujours absent. »

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