L’humanisme est- il mort ?

L’humanisme n’existe plus. Et les libéraux ont leur part de responsabilité dans cette disparition.

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L’humanisme est- il mort ?

Publié le 15 janvier 2016
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Par Vladimir Vodarevski.

Erasme (Image libre de droits)
Erasme (Image libre de droits)

Au hasard des articles et opinions que je peux lire à travers le net, et les journaux imprimés, une évidence s’est faite jour en moi : l’humanisme n’existe plus. Cette grande idée est totalement obsolète, dans un monde ultra-matérialiste. Et les libéraux ont leur part de responsabilité dans cette disparition.

L’humanisme, c’est l’idée que l’être humain peut être libre et responsable de ses actes. C’est la définition de Wikipédia. Le Larousse en ligne précise : « philosophie qui place l’homme et les valeurs humaines au dessus de toutes les autres valeurs. » C’est un concept issu de la Renaissance. Il trouve ses racines notamment au XIVème siècle, et se développe au cours de la Renaissance. Une réflexion sur l’être humain qui s’inscrit dans la modernité face aux anciens.

Le libéralisme s’inscrit à l’origine dans ce mouvement. Il défend une société qui permet à l’être humain de maîtriser sa vie, et de s’accomplir. Les lois et règlements doivent aller dans ce sens. C’est ce que professe le célèbre texte de Benjamin Constant, De la liberté des anciens comparée à celle des modernes. C’est ce que défend Frédéric Bastiat dans La Loi. Ou encore, quand Alexis de Tocqueville s’oppose à la création d’un droit du travail, au nom de la Révolution Française. Il oppose l’Ancien Régime, qui veut tout réglementer, et la Révolution, qui veut que chacun soit autonome. Comme Benjamin Constant oppose la liberté des anciens et des modernes. Tocqueville veut des ouvriers libres et autonomes, au contraire des socialistes qui les veulent aliénés.

Aujourd’hui, l’idée humaniste de rendre les êtres humains autonomes a complètement disparu. Elle n’apparaît dans aucun débat. Au contraire, le champ de la réglementation s’est considérablement étendu. Et cela paraît normal. On attend de l’État qu’il assure tout le bien être matériel de l’individu. Et la politique est devenue l’art de donner en faisant croire que c’est l’autre qui finance. Ainsi le gouvernement français a envoyé en 2015 un courrier à tous ceux qui bénéficiaient d’une baisse de l’impôt sur les revenus. Ce qu’il n’avait pas fait quand il a rehaussé les taux de TVA.

Le symbole de la négation de l’humanisme est sans aucun doute Barack Obama. Il a dit que l’État était la clef de la réussite du secteur privé. Le fait que cette déclaration n’ait pas déclenché de polémique montre à quel point l’humanisme est tombé en désuétude. Surtout dans un pays comme les USA.

Cette idéologie vient certainement du socialisme. Celui-ci est en effet matérialiste. Il promet la satisfaction matérielle. Nous sommes là à l’opposé de l’idée humaniste de développement de l’être humain. Rien ne compte que l’abondance matérielle. Et non la subsistance qui supposerait un minimum vital. Le socialisme promet l’abondance.

Le socialisme ne détaille pas ce que sera cette société d’abondance. C’est une promesse. Ce qui est sûr, c’est que cette promesse passe par le constructivisme. C’est l’idée qu’une élite peut décider du sort du commun des mortels. C’est la théorie de l’homme nouveau, des socialistes français. Le marxisme promet lui la satisfaction matérielle, par la transformation sociale. Il ne précise pas ce que sera le paradis marxiste. Mais il souligne que l’État devra prendre en charge l’être humain, en matière économique et éducative notamment.

Cependant, les libéraux ont aussi leur responsabilité dans la déliquescence de l’humanisme. En effet, ils se sont focalisés sur une approche utilitariste, oubliant l’idéal humaniste. C’est ainsi que Ludwig von Mises a écrit :

« Le libéralisme est une doctrine entièrement consacrée au comportement des hommes dans ce monde. En dernière analyse, il n’a rien d’autre en vue que le progrès de leur bien-être extérieur et matériel : il ne se préoccupe pas directement de leurs besoins intérieurs, spirituels et métaphysiques. Il ne promet pas aux hommes le bonheur et la satisfaction intérieure, mais uniquement de répondre de la manière la plus efficace possible à tous les désirs pouvant être satisfaits par les choses concrètes du monde extérieur. »

Ou encore, cette citation de F. A. Hayek, dans son Magnus opus Droit, législation et liberté :

« La thèse de cet ouvrage est qu’une situation de liberté dans laquelle tous ont la faculté d’employer leurs connaissances à la poursuite de leurs objectifs, bornés seulement par des règles de juste conduite applicables en toute circonstance, leur fournira probablement les conditions les plus favorables à la réalisation de leurs projets. »

Les libéraux se complaisent dans l’utilitarisme. Comment s’étonner que le libéralisme aujourd’hui en soit réduit à l’économie de marché, elle-même héritière de l’utilitarisme de Bentham par l’entremise de Jevons. Le texte de Benjamin Constant, Du principe de l’utilité, substitué à l’idée des droits individuels (publié dans le numéro 12 de la revue Laissons faire de l’Institut Coppet) critiquant l’utilitarisme de Bentham malgré ses conclusions proches des siennes, n’en apparaît que plus prémonitoire.

L’humanisme était une grande idée des Lumières. Il s’agissait de développer l’être humain. Aujourd’hui, le matérialisme a pris le dessus. Et même ses adversaires se sont inclinés, s’orientant vers l’utilitarisme, qui semblait mieux correspondre aux aspirations de la société. La question se pose de savoir si l’humanisme est définitivement enterré, ou si les libéraux peuvent le faire renaître de l’oubli.

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  • « Le socialisme ne détaille pas ce que sera cette société d’abondance ». Il est surtout défaillant quant aux moyens qui doivent générer cette abondance.
    Si nous avons collectivement oublié l’humanisme qui a fait notre prospérité, il me semble que certaines réflexions de libéraux ne font pas cette erreur.

  • Nous pouvons être optimistes.

    Combien sont « arriver au libéralisme » grâce à l’utilitarisme ? Une fois dedans, combien vont progressivement laisser de côté ces aspects utilitaristes et soutenir justement des arguments basés davantage sur l’humanisme ?

    L’utilitarisme c’est la porte d’entrée du libéralisme, pas la pierre tombale de l’humanisme.

  • Erreur de l’auteur sur la citation de Von Mises sorti de son contexte :

    Von Mises avance, et i la raison, que le respect des droits fondamentaux de l’individu a pour seul but de permettre l’épanouissement matériel et intellectuel de l’individu.

    L’épanouissement matériel par la liberté économique, et l’épanouissement intellectuel par la liberté de rechercher le bonheur.

    Ce n’est pas parce qyue le libéralisme ne s’occupe pas de philosophie personnelle (qu’est-ce qui me rends heureux ?) mais seulement de philosophie politique (comment vivre en société) que c’est de l’utilitarisme, hors sujet.

    • La question de l’auteur est intéressante, mais il va vite en besogne( le problème de l’article court et vite fait).
      vous répondez avec justesse à son propos .
      De nombreux auteurs libéraux questionnent la « vie personnelle »(Hume, Smith, Ayn Rand etc) , sans oublier que Mises ou Hayek explicitement ou implicitement le font aussi…

  • Merci, Vlad, pour cette « mise au point ».
    Dont tu sais que je la trouve pessimiste (alors que je reste un indécrottable optimiste).

    Bien à toi !

    I-Cube

  • Le libéralisme n’est-il pas uniquement l’affirmation que l’Etat doit être efficient dans d’uniques fonctions « régaliennes », et qu’il ne doit pas s’immiscer outre dans la vie de la cité, et encore moins dans la vie des gens. Ainsi le libéralisme n’est pas intrinsèquement « humaniste ». Car par exemple, il ne s’intéresse pas à certaines multinationales aux vélleités dominatrices et liberticides, celles-ci étant « élues » par le marché et donc dans leur « droit » le plus profond.

    L’humanisme n’est ni de gauche ni de droite. Car plongé dans un certain contexte social, le socialisme était un humanisme; c’était sans aucun doute l’espérance profonde chez tous les ouvriers ou mineurs exploité au début du 20ème.

    L’humanisme des Lumières a été une révolution idéologique défiant les institutions étatiques liberticides de l’époque ( == clergé et royauté). Ainsi, comme toute révolution prophétique, l’humanisme a voulu briser les « murs » de son époque, sans pour autant sortir de la pensée religieuse séculaire, à savoir le credo que l’homme originel est « au-dessus » de la terre et qu’il a le droit de se l’approprier à son plaisir. « Croissez et multipliez-vous, remplissez la terre et régnez sur elle », [Dieu à Adam et Eve avant qu’ils ne mangent le fruit défendu]

    Entre temps, la science nous a ramené à la réalité que nous ne « sommes » finalement que du matériel au même titre que n’importe quelle bactérie. L’homme n’est plus « au-dessus » de la nature mais « de » la nature.

    C’est pour cela que l’humanisme est « mort », du moins dans sa forme biblique. Et le libéralisme n’y est finalement pas pour grand chose. L’utilitarisme et le matérialisme ne sont finalement que des prosternations de l’humanité devant les nouvelles lois scientifiques qu’elle utilise et matérialise, mais dont l’existence, le sens, le mystère, la beauté lui échappent (encore?) totalement.

    Alors quelle spiritualité prendra la place vide pour fonder ce nouvel « humanisme » ? Une religion « déjà » existante ou de nouvelles pensées originales ? Car c’est bien la problématiques de ce début de siècle en guerre.

    • @ edc 10 : le libéralisme est « l’humanisme pur » car c’est la seule philosophie politique qui respecte l’individu.

      Le libéralisme c’est cela, et seulement cela :

      « le respect des droits fondamentaux de tous les individus »

      Rien à voir avec le spiritualité qui est du domaine privé.

      • C’est votrz conception du libéralisme : purement légaliste et utilitariste, c’est exactement ce que critique l’article.

  • Le libéralisme propose la liberté individuelle sans plus de prétentions alors que l’humanisme a l’ambition de rendre l’homme meilleur et plus heureux. C’est fondamentalement différent.

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