Pétrole : après la baisse, l’année de rupture ?

Pumpjack Pétrole en Alberta, au Canada (Crédits Jeff Wallace, licence Creative Commons)

Après la baisse du pétrole, un risque de rebond violent ?

Par Régis Yancovici.

Pumpjack Pétrole en Alberta, au Canada (Crédits Jeff Wallace, licence Creative Commons)
Pumpjack Pétrole en Alberta, au Canada (Crédits Jeff Wallace, licence Creative Commons)

Après une baisse de près de 30% dans les premiers mois de 2016, le pétrole rebondit jusqu’à 60$ pour finir l’année en légère baisse.

Plus que d’autres classes d’actifs, le pétrole bénéficie d’un consensus marqué à la baisse. Il faut reconnaitre que la situation actuelle ne plaide pas en sa faveur. La stratégie de l’Arabie saoudite de production à tout prix reste inflexible et les autres producteurs n’ont pas baissé leur production. La Russie qui subit encore les sanctions européennes a besoin de faire entrer des capitaux, à tel point qu’elle vend son pétrole en yuan à la Chine. De leur côté les producteurs américains, bien qu’ayant fermé la moitié de leur forage, continuent de produire des capacités importantes. La possibilité qui leur est désormais offerte d’exporter est une incitation à maintenir des niveaux de production élevés. L’accélération de l’offre alors que la demande stagnait a eu pour conséquence une forte hausse du niveau des stocks de brut. Les capacités de stockage maximales sont proches. Si elles devaient être atteintes, alors les cours s’effondreraient plus encore. À la tête des pronostiqueurs baissiers, Goldman Sachs (comme Morgan Stanley depuis hier) prévoit un niveau de 20$ à la fin de l’année. Pour mémoire, en mai 2008, après que les cours du brut soient passés de 50$ à 130$, cette vénérable maison estimait qu’ils devaient atteindre 200$ (vous vous souviendrez avec malice la théorie du « peak oil »). 6 mois plus tard, ils valaient 40$.

Pourtant, plusieurs raisons militent pour un rebond violent :

  • Géopolitique : jusqu’à présent, les tensions géopolitiques ont eu un effet dépressif sur le pétrole. Cela changera.
    Les prix du pétrole sont entre les mains de l’Arabie Saoudite (Sunnites). Sa stratégie est simple. La baisse des cours m’affaiblit mais fait mourir les autres pays producteurs, qui doivent payer pour leur félonie, au premier rang desquels l’Iran qui revient sur les marchés mondiaux ce mois-ci et la Russie. Ils doivent payer pour leur soutien au président Syrien. Sans oublier les États-Unis qui, en se retirant d’Irak ont donné du pouvoir aux Chiites. Les Sunnites avaient été persécutés. Les négociations directes entre les États-Unis et l’Iran ont convaincu le Royaume wahhabite du souhait des États-Unis de jouer un rôle plus limité à l’avenir dans la région.
    La réponse de l’Iran passera par des actions terroristes visant les capacités de production ou de transport saoudiens, dans le détroit d’Hormuz par lequel passe 30% du commerce de pétrole mondial. Par ailleurs, la reculade de Daesh dans le centre de l’Irak, en particulier autour de Ramadi incitera l’Arabie Saoudite à s’engager sur le territoire irakien pour définir et reconstituer une zone de protection face à l’ennemi iranien. Bahreïn, petite île voisine de la superficie de la moitié de l’île Maurice focalisera les tensions entre les deux pays. Comme l’Arabie Saoudite, les dirigeants de Bahreïn sont sunnites mais la population est très majoritairement Chiite. La révolution arabe de 2011 avait été éteinte par l’intervention de l’Arabie Saoudite.
  • L’offre de pétrole a déjà commencé à se réduire hors OPEP. Cette tendance va s’accentuer. Peu d’acteurs sont viables sous 35$.
  • Le dollar pourrait inverser sa tendance (cf. ci-dessus). Cette situation allégera la pression haussière du dollar et la pression baissière sur le pétrole.
  • On ne peut exclure que la politique monétaire chinoise donne quelques résultats favorables dans le courant de l’année. Une reprise de la croissance favorisera la demande de pétrole.

2016 sera une année difficile. Le succès des performances boursières consistera à savoir prendre opportunément quelques risques quand des points d’entrée uniques se présenteront.

« Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité ; un optimiste voit l’opportunité dans chaque difficulté » – Winston S. Churchill.

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