« Le procès de Socrate – Un philosophe victime de la démocratie ? » de Claude Mossé

Le Procès de Socrate, par Claude Mossé (Crédits : André Versaille éditeur, tous droits réservés)

Le procès de Socrate, le procès d’un homme qui continue de fasciner, et les questions que cela implique.

Par Johan Rivalland.

Le Procès de Socrate, par Claude Mossé (Crédits : André Versaille éditeur, tous droits réservés)
Le Procès de Socrate, par Claude Mossé (Crédits : André Versaille éditeur, tous droits réservés)

Le procès de Socrate, la condamnation d’un homme qui demeure mystérieux, puisqu’il n’a laissé aucun écrit lui-même, et suscite pourtant toujours autant de passion et d’admiration plus de 2000 ans après sa mort. Le trouble que suscite la condamnation à mort paraissant aujourd’hui incompréhensible, dans un système dit démocratique, d’un philosophe hors norme et n’ayant commis aucun crime au sens contemporain, si ce n’est se comporter en homme libre. Un questionnement qui continue de nous tarauder et nous interroger sur les ressorts de notre système de pouvoir, que l’on a l’habitude pourtant d’ériger ici comme étant « le moins mauvais des systèmes« .

Voilà le sujet dont s’empare, dans le présent ouvrage, Claude Mossé, historienne spécialiste de la Grèce antique.
Et pour tenter d’y répondre, ou du moins de mieux en comprendre les fondements, l’auteur nous propose une démarche d’analyse à la fois aiguisée et stimulante.

Le contexte historique et les institutions

Pour commencer, nous voilà plongés dans l’Athènes du cinquième siècle avant Jésus Christ, les grands événements qui caractérisent cette époque, et notamment les changements du système de pouvoir, sur lequel les guerres, et en particulier celle du Péloponnèse, vont avoir une incidence.

Le débat politique, l’influence du mouvement sophiste (dont on peut rendre grâce à l’auteur de ne pas caricaturer une fois de plus les fondements et d’en montrer la diversité), la société de l’époque, sont autant d’éléments essentiels dont on ne peut faire abstraction pour tâcher de mieux comprendre le contexte dans lequel va se dérouler le fameux procès, très caractéristique d’ailleurs de l’époque et pas si exceptionnel qu’on veut bien le croire.

Un homme libre

Puis, c’est à la découverte de Socrate, l’homme et son enseignement, le courage exceptionnel dont il fit preuve à plusieurs reprises au péril de sa vie, en homme libre qu’il était, ainsi que la recherche du regard qu’il pouvait avoir sur la démocratie, que nous emmène Claude Mossé.

Une connaissance parcellaire qui repose essentiellement sur les écrits de deux témoins : Xénophon et Platon, dont l’approche est quelque peu différente, mais dont certains points de convergence permettent d’établir un certain nombre d’états de fait que l’on peut tenir pour établis, même s’il n’est pas facile de discerner la part de l’authentique et du fantasmé lorsque la passion intervient ou que, comme chez Platon, sa propre pensée vient parfois se mélanger avec celle de l’être admiré.

Le procès

Après le contexte historique, les institutions et l’homme, voici donc le procès lui-même, replacé dans l’univers de la justice athénienne et son fonctionnement.

La présentation des accusateurs, qui n’est pas détachée du fond de l’affaire, les chefs d’accusation, qui ne sont potentiellement que des prétextes à condamner un homme qui gênait par sa liberté de ton, l’influence du politique, et donc du contexte historique étudiée auparavant. La condamnation et la mort, avec toute la réflexion que celle-ci suscitait à l’époque et la vision qu’en établit Socrate auprès de ses amis en attendant pendant un long mois que le verdict ne soit exécuté.

Et en conclusion ouverte, la portée historique de ce procès et de cette condamnation, le développement du mythe à travers les époques, ainsi que la question latente de la démocratie athénienne, et à travers elle sans doute notre propre démocratie. Sans que l’on ait de réponse. Mais avec l’ambition probable de contribuer à enrichir notre réflexion sur nos institutions.

Un ouvrage intéressant, qui donne envie d’aller encore plus loin et de se pencher plus encore sur les rapports entre démocratie et liberté. Un sujet en or, et inépuisable.

– Claude Mossé, Le procès de Socrate Un philosophe victime de la démocratie ?, André Versaille éditions, mars 2012, 160 pages.