Charlie Hebdo : l’heure du sinistre bilan

Un an après, quel diagnostic tirer de l’attentat de Charlie Hebdo ?

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Charlie Hebdo Place de la République le 7 janvier 2015 (Crédits : Guillaume Vigier, licence Creative Commons)

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Charlie Hebdo : l’heure du sinistre bilan

Publié le 7 janvier 2016
- A +

Par Serge Federbusch.

Charlie Hebdo Place de la République le 7 janvier 2015 (Crédits : Guillaume Vigier, licence Creative Commons)
Charlie Hebdo Place de la République le 7 janvier 2015 (Crédits : Guillaume Vigier, licence Creative Commons)

La drôlatique faute d’orthographe sur la plaque à la mémoire des victimes du 7 janvier 2015 dévoilée par la mairie socialiste de Paris, affublant Wolinski d’un «y» au lieu d’un «i», n’est naturellement qu’un détail un peu grotesque des sinistres commémorations par lesquelles le pouvoir et ses pseudopodes tentent de faire oublier leurs responsabilités dans l’ensemble des crimes qui ont endeuillé la France en 2015.

Le diagnostic de mon livre, La marche des Lemmings, sur ce qui s’était passé en janvier de l’an dernier, est malheureusement semblable à celui qu’on peut à nouveau porter, avec un peu de recul désormais, sur les meurtres de novembre.

Tout d’abord, une faillite caractérisée des services de renseignement et de police, choquante en janvier et véritablement inacceptable en novembre, dès lors qu’aucune action efficace n’avait été entreprise entre temps. Certes, peu à peu, la parole se libère. Ainsi, la veuve du policier Franck Brinsolaro, garde du corps de Charb et tué avec lui, a-t-elle porté plainte contre X il y a quelques jours. Elle s’émeut des failles dans la sécurité du journal satirique : « une passoire » selon les propos de son mari. Mais c’est le simple mutisme tempéré par des célébrations pompeuses qu’on oppose à ces questions gênantes.

De même, le gouvernement ne répond toujours rien aux révélations de Bernard Squarcini, dans Valeurs actuelles, sur son inertie malgré les multiples mises en garde venant de Syrie sur la préparation d’attaques imminentes par les assassins du Bataclan. Cela rappelle aussi la manière dont l’exécutif avait escamoté, en janvier, la question de sa mise en cause par la Commission nationale d’autorisation des interceptions de sécurité. Cette autorité indépendante avait stigmatisé un allègement incroyable de la surveillance des futurs assassins de Charlie et la volonté du gouvernement de se défausser. À chaque fois, le peu d’empressement des médias socialisants et subventionnés à mener des enquêtes sur ces défaillances facilite la tâche du pouvoir.

En matière de dérivation de l’émotion populaire, la technique de la grande manifestation a fait ses preuves en janvier 2015. Comme elle est éventée et qu’on peut difficilement être à la fois Charlie, Hypercasher, Bataclan, Belle équipe, Petit Cambodge, etc. tout en défilant, Hollande lui a substitué depuis novembre de mâles accents sur l’état d’urgence et la déchéance de nationalité. Mais ce sont deux escamotages aussi grandiloquents qu’inefficaces.

On a ainsi appris que, du 13 novembre à la fin de l’année dernière, sur trois cents procédures en phase d’enquête, deux seulement ont été ouvertes au pôle anti-terroriste du parquet de Paris ! Bref, ce grand ramdam sert surtout à régler des comptes dans des affaires de stupéfiants et de détention illégale d’armes.
Les poissons terroristes passent largement au travers des mailles d’un filet destiné à épater l’opinion publique. Pendant ce temps, la législation et bientôt peut-être la constitution françaises deviennent gravement attentatoires aux libertés individuelles.

je suis cocu rené le honzecPourtant, le débat sur la déchéance de nationalité est lui aussi un leurre. La procédure déjà prévue à l’article 23-8 du Code civil, qui permet de faire perdre la nationalité française à tous les ressortissants engagés aux côtés de l’État islamique en Syrie ou ailleurs, est une simple formalité administrative qui prendrait quinze jours au moins et deux mois au plus. Il suffit d’un décret individuel en Conseil d’État ou, en cas d’avis défavorable de ce dernier, en conseil des ministres et d’un peu de courage politique. Comme le souligne le syndicat étudiant Uni, c’est sans doute ce courage qui «manque le plus à un gouvernement qui, en la matière, préfère jouer la montre».

Qu’importe puisque, selon les sondages, la fameuse opinion publique croit majoritairement que l’action présidentielle est efficace en matière de lutte contre le terrorisme. La France a pourtant été davantage touchée par les crimes fondamentalistes islamistes, sur la seule année 2015, qu’aucun autre pays occidental depuis le 11 septembre 2001…

Sur le fond maintenant, à savoir le lien entre le raidissement conservateur d’une part importante des musulmans français et la dérive criminelle d’un petit nombre d’entre eux, on entre dans le mutisme le plus total. La crainte et l’évitement font office de pensée et de politique.

Que nous dit en effet la plaque apposée sur les locaux de Charlie Hebdo ? Il s’agit d’un hommage «à la mémoire des victimes de l’attentat terroriste contre la liberté d’expression perpétré dans (ses) locaux le 7 janvier 2015.» La peur de nommer l’ennemi est ici évidente. Des centaines de plaques commémoratives rappellent en France les méfaits allemands et/ou nazis. Serait-ce trop choquant de rappeler que les victimes des frères Kouachi sont tombées sous les balles d’islamo-fascistes ?

Bref, un an après le début de cette longue série de crimes, le gouvernement n’a toujours pas retrouvé la dignité minimum et le début d’efficacité qui siéraient dans ce type de situation. Alors, il fait pousser des chansonnettes et dévoiler des écriteaux de marbre, espérant qu’en France, comme à l’accoutumée, tout finisse par des vocalises. Mais, comme il est écrit dans la bible, la terre crie encore le nom des suppliciés.

Sur le web

Lire sur Contrepoints notre rubrique Attentat à Charlie Hebdo

Voir les commentaires (24)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (24)
  • Quoiqu’il en soit la une du numéro anniversaire de Charlie hebdo est lamentable d’immaturité infantile comme l’étaient beaucoup de une qui ont entraîné cet inadmissible inexcusable, mais explicable massacre de Janvier 2015.

    J’adhérais pleinement il y a un an au point de vue expérimenté de Delfeil de Ton citant même le pauvre Wolinski.

    Surtout quand il s’agit avant tout de satisfaire son égocentrisme, sans efficacité didactique possible, on n’a pas la liberté de blesser, a fortiori scatologiquement et pornographiquement, les pratiquants sincères et sereins d’une religion quelle que soit la fragilité de l’historicité de ses fondamentaux officiels. Ce que ne peuvent que penser les nombreux déistes hors religion, mais forcément soucieux d’altruisme au quotidien.

    Ai-je la liberté de dire que je souhaite vivement l’insuccès de ce tirage promotionné par tous les télés moutonnières – Pas grave, ils ont plein de fric !!! – ce qui est , hélas, peu probable ; dans mon village, il n’y en a déjà pu.

    Ce serait le reflet d’une décroissance de la grégarité largement souhaitable, vu les tristes années qui se préparent sur tous les plans

  • La non-désignation de son ennemi est révélatrice de nos dirigeants actuels, qui ont opté pour le politiquement correct, et le clientélisme ciblé pour 2017.
    J’ai honte!

  • Le plus affligeant est l’abscence totale de contre proposition qui démontre bien l’impasse du modèle socialiste centralisé bureaucratique et du principe d’uniformisation (d’intégration) qui n’est qu’une utopie arrogante.

    La France est entrée dans une nouvelle ère, comme le monde entier, et son Titanic Étatique jacobin monoculturel et monoreligueux se fracasse sans commandant, au son de l’archestre qui joue « je suis Charlie »

    • L’intégration n’est plus prôné par les hommes politiques depuis longtemps. Ils parlent maintenant de « vivrensemble » dont la définition exacte signifie en fait « vivre à côté ». Autrement dit, pas d’intégration dans la nation française, juste coexistence de communautés différentes ne se mélangeant pas …

      • Oui, c’est la version édulcorée et politiquement correct, mais dans le fond c’est la même chose : de bons petits citoyens républicains bien pensants, qui ont le droit d’écouter des musiques différentes, mais en privé….

  • « Je suis Charlie » signifie « Je suis mal protégé, je n’utilise la liberté d’expression que pour le symbole, et je serai la cible des prochains terroristes ».

  • Ceux qui nous gouvernent sont des escrocs, ceux votent pour eux sont des idiots.

    • Ben oui mais sur Contrepoints on soutient le « barrage républicain » alors on est idiot sur Contrepoints?
      Il semblerait que le socialisme de l’UMPS soit plus pardonnable que le socialisme du FN? L’incompétence économique des uns serait plus excusable que l’incompétence économique des autres!

  • La une de Riss comme la plaque commémorative montrent effectivement la même chose : il ne savent pas nommer la cause…

    Wolinski est un nom d’origine polonaise, dont l’habituel terminaison est un « i », contrairement par exemple à l’habitude russe, par un « y ».

  • les attentats ont été une opportunité pour l’état de mettre en place un dispositif de contrôle et de punition ( sans passer par la justice!) sans précédent avec l’accord du peuple.On ne peut donc pas dire que le bilan , d’un point de vue de l’état, soit mauvais, bien au contraire. Par contre, cela illustre le fossé grandissant entre les objectifs de l’état ( atteinte aux libertés, contrôles, soumissions, conservation des avantages …) et les objectifs du peuple ( protection des biens et des personnes). En fait, le grand perdant est le peuple mais il a sa part de responsabilité. Alors qu’en plein Paris il est possible de mitrailler des personnes en plein jour et de s’échapper sans être pris par la Police le peuple applaudit sa police et se félicite bêtement de son efficacité.La propagande étatique fonctionne donc merveilleusement.Aucune des actions prises par l’état ne s’attaque aux racines du mal : il joue donc avec le feu mais un jour cela finira aussi par se retourner contre lui. En laissant se développer les tensions et les extrémismes l’état ne contrôlera plus rien du tout : le monstre qu’il a crée finira par le détruire.

  • « à la mémoire des victimes de l’attentat terroriste contre la liberté d’expression perpétré dans (ses) locaux le 7 janvier 2015. »
    Il me semblait que le liberté d’expression était une restriction à l’action de l’Etat, et que, s’ils avaient été pris vivants, les Kouachi auraient été poursuivis pour assassinat et tentative.

  • Excellent article Serge, merci. Tout est dit ou, plus précisément, l’essentiel est dit.

  • Quel grand écart ! Citer dans le même article la protection des libertés individuelles mais regretter en substance que la France n’ait pas déployée des flics partout, tout ça publié sur un site qui relayait la pétition contre la loi liberticide de Valls pompée sur le patriot act des US.

    Enfin, soit je n’ai rien compris à cette phrase, soit vous n’avez pas entendu parler des attentats de Madrid en 2004″ La France a pourtant été davantage touchée par les crimes fondamentalistes islamistes, sur la seule année 2015, qu’aucun autre pays occidental depuis le 11 septembre 2001″

    • Lutter contre le terrorisme peut se faire en consacrant beaucoup plus de cellules grises au problème, en infiltrant les réseaux, en faisant du renseignement « à l’ancienne », en gros en se montrant plus malin qu’eux. Déployer des policiers partout est une gabegie de moyens, la répétition des attentats en montre bien la totale inefficacité, et on peut légitimement penser que le rôle en est limité à une gesticulation à l’intention de certains électeurs

    • Certes, mais il ne s’agissait que d’un seul attentat qui a fait de nombreuses victimes.

      La France dans la seule année 2015, a subit une série d’attaques dont la seule limite a été souvent l’extrême excitation des terroristes. De plus leurs origines sont interne et externes à la France.

      En définitive, nous sommes bien une cible pour des raisons présentes et futures, plutôt que passées et motivées par de vieilles vengeances.

      • « De plus leurs origines sont interne et externes à la France. »
        C’est de la mauvaise foi ou de l’aveuglement?
        Les enfants d’immigrés élevés (ou pas) dans la haine de tout ce qui fait la France sont ils des éléments « internes » à la France?
        Décidément la langue de bois se porte bien ici aussi!!

        • Interne au territoire qu’on appelle « la France » oui. Avec même des papiers leur permettant de voyage librement sur ce territoire.
          Si vous vouliez que les commentaires utilisent la définition nationaliste de « la France », alors vous vous êtes trompé de site.

          • Alors si vous entendez par France, « territoire géographique français » et par français possesseur d’une carte d’identité (après tout ça me va très bien si vous définissez vos termes avant) ne sous entendez pas qu’en vertu du fait qu’ils soient « internes à la France » ils aient un quelconque lien avec la culture, l’âme, l’esprit, les traditions et le peuple de ce pays. Ils en sont aussi différents que s’ils fussent de culture, nés, de sang et résidents chinois. S’il vous plaît de les nommer « français » (les terroristes), faites à votre guise mais n’essayez pas de nous faire croire que le terrorisme serait une fatalité et que rien n’aurait pu être fait pour l’éviter par le passé. Essayez de prêcher le Coran au Japon vous verrez… et étrangement il n’y a pas de terroristes au japon. Allez, je vais prendre ma dose de Padamalgam, je suis gravement malade!

            • Si vous redéfinissez les termes, ça va être difficile de dialoguer. Oui, que ça vous plaise ou non, la plupart des assassins de 2015 étaient des Français, nés en France, ayant été à l’école de la République. La culture, l’âme, les traditions et le peuple français sont divers et ils en faisaient partie. Le problème et bel et bien profondément enraciné en France.

  • C’est très bien de se défouler mais en attendant il y a encore des millions de glandus à se déplacer pour voter pour cette clique …
    Comme dirait H16, ce pays est foutu ! (J’en ai fait mon deuil, la 1ère province qui fait sécession, Corse comprise, j’en demande la nationalité !)

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

En 1974, Valéry Giscard d’Estaing avait affirmé que son adversaire n’avait pas « le monopole du cœur. » Les démocrates d’aujourd’hui et leurs supporteurs auraient grand intérêt à méditer sur cette phrase. En effet, ils adorent pointer du doigt la moindre faute de leurs adversaires – le raisonnement fût-il fautif – mais esquivent plus vite que le Flash quand on tente de leur appliquer la formule.

Prenons la triste fusillade d’un suprématiste blanc présumé à Buffalo récemment. Très vite, les laquais médiatiques des démocrates ont pointé ... Poursuivre la lecture

Par Dora Triki, Alfredo Valentino, and Anna Dimitrova.

Bien que le nombre de décès dus au terrorisme ait diminué de 14 % en 2021, le nombre d’attentats terroristes dans les pays de la région Afrique du Nord et Moyen-Orient (MENA) reste élevé, et en conséquence, le terrorisme demeure une menace importante dans ces pays. Encore récemment, un attentat revendiqué des forces rebelles Houthis du Yémen a eu lieu à quelques kilomètres du site du Grand Prix de Formule 1 d’Arabie saoudite, qui réunissait fin mars l’élite du sport automobile inte... Poursuivre la lecture

Klaus Kinzler est cet enseignant de civilisation allemande à Sciences Po Grenoble qui, rappelez-vous, a été victime il y a un peu plus d’un an d’un véritable déferlement de haine de la part d’une minorité d’extrémistes adeptes des thèses racialistes et de la cancel culture. Jusqu’à être mis à pied par la direction, étant accusé d’avoir tenu des « propos diffamatoires ». Et avoir subi des menaces de mort.

Loin de se laisser faire, ce professeur a choisi d’exprimer sa révolte et son indignation, à travers un livre dans lequel il livre sa... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles