Pays-Bas : UberPop s’en va, les startups restent

Les Pays-Bas interdisent UberPop : un faux pas dans la guerre pour attirer les startups ?

Le service de voiture de tourisme avec chauffeur UberPop s’est vu obligé de cesser ses activités sur le territoire néerlandais. La contestation des taxis fut moins éprouvée qu’en France mais la justice néerlandaise est tout de même intervenue. UberPop a définitivement des difficultés avec les réglementations du Vieux Continent. Les États européens semblent avoir du mal à trouver l’équilibre entre les politiques d’attraction des startups, les frictions avec les corporations et les cadres réglementaires. C’est pourtant une guerre ouverte pour accueillir ces boosters économiques.

Par Bastien Cueff.
Un article de Trop Libre

Uber, leader des VTC en France (Crédits : joakim formo (CC BY-NC-SA 2.0)

Le glaive de la justice est tombé

Il faut remonter en décembre 2014 pour lire dans la presse néerlandaise que la justice batave a déclaré illégales les activités de la société UberPop. La principale raison évoquée par la cour était celle de l’absence de licence des chauffeurs d’UberPop : ils exerçaient en dehors du cadre légal fixé pour la profession. Élément aggravant, les prix pratiqués par UberPop déstabilisaient le marché des taxis.

Les activités d’UberPop n’avaient pas cessé pour autant et l’entreprise est demeurée active dans les quatre principales villes des Pays-Bas : Amsterdam, Rotterdam, La Haye et Utrecht. La justice a décidé d’ouvrir une enquête criminelle sur les activités d’UberPop en avril 2015. Elle a mené deux perquisitions au siège amstellodamois de la société. L’entreprise a finalement été condamnée à 450 000 euros d’amende.

Une décision en opposition avec la politique d’innovation néerlandaise

Cette décision néerlandaise semble montrer les contradictions des Pays-Bas, État porteur d’une politique orientée vers les startups, l’innovation et le développement de la « nouvelle économie ». Les business angels et les pépinières pour startup se multiplient à travers le territoire, aidés par la campagne CreativeHolland, qui a pour but d’inciter les investisseurs internationaux à investir aux Pays-Bas dans les secteurs comme la fintech, la healthtech et autres smart technologies porteuses d’innovations. UberPop voulait profiter de cet environnement favorable pour étendre son business aux Pays-Bas, la politique fiscale néerlandaise aidant quelque peu.

Quand, mi-novembre UberPop a annoncé l’arrêt de ses activités, les investisseurs ont eu un mouvement de recul. Jim Coulter, président du conseil d’administration de TPG Capital, a déclaré, durant la conférence Super Investor à Amsterdam que « le fait que vous ne pouvez pas prendre un Uber c’est envoyer un signe négatif indiquant que la tech n’est pas le bienvenue ici »1. Dès lors le message néerlandais ne semble plus clair pour les investisseurs : ce genre de mauvaise publicité n’est pas le bienvenu lorsqu’on cherche à tous prix à attirer des pépites.

Derrière l’arbre Uber se cache la bataille pour accueillir les startups

Les Pays-Bas font preuve d’un réel dynamisme : ils profitent aujourd’hui encore de l’esprit entrepreneurial qui fit du XVIIème siècle le Siècle d’or des Provinces-Unies. Selon le site néerlandais StartupJuncture les startups néerlandaises auraient ainsi réalisé 500 millions d’euros de levées de fonds en 20142.

La décision de justice à l’encontre d’UberPop vient toutefois brouiller cette image contemporaine. Dans la guerre pour attirer les startups un faux pas peut coûter beaucoup et la compétition internationale est sans pitié.

Sur le web

Retrouvez sur Contrepoints nos articles sur la révolution Uberpop

  1. The Wall Street Journal, Billionaire Uber Investor Slams Amsterdam as Service Closes, 18 novembre 2015.
  2. StartupJuncture, Dutch startups raise €500 million in 2014, 25 décembre 2014.