Score du FN : l’aubaine de la gauche plurielle

Cécile Duflot, ministre du logement

La défaite du FN ne doit pas masquer les petits calculs électoraux de la gauche plurielle.

Par Éric Verhaeghe.

Cécile Duflot, ministre du logement
Cécile Duflot, ministre du logement

On les a entendus, au vu du score du FN, dimanche soir, tous ces émules de la gauche plurielle, se féliciter, la main sur le cœur, devant les caméras de télévision, du sursaut républicain qui avait permis de garder le fromage des régions entre les habitués de la gamelle. C’était touchant. Mais cet étalage de bons sentiments cachait une toute autre logique et un tout autre calcul qui commence dès cette semaine à déployer ses ailes peu reluisantes.

La gauche plurielle et Hollande le petit Machiavel

On se souvient que, depuis septembre, François Hollande se réjouissait dans les alcôves de l’Élysée d’une victoire probable du Front National dans le Nord. Cette perspective a justifié qu’il ne pousse pas Martine Aubry à prendre la place de Saintignon dans le rôle du mort. Le Nord constituait un excellent laboratoire pour prouver à l’ensemble de la gauche qu’un excès de candidatures plurielles au premier tour des présidentielles conduirait à son élimination séance tenante, et à une défaite cinglante de la gauche aux législatives. C’en serait fini des accords électoraux qui permettent aux parasites de tous poils de se prendre une place au chaud à l’Assemblée Nationale : tout ce petit monde devrait retrouver un boulot fissa.

Au soir du second tour des régionales, cet argument s’est retourné contre son auteur ! Tout le monde a compris, au vu des résultats du FN, que Hollande paierait cher pour rassembler la gauche au premier tour. C’est le moment de revendre chèrement sa place de concert au marché noir ! Pour tous ceux qui se sont fait laminer aux régionales, les écologistes, le Front de Gauche, la vague FN s’est transformée en aubaine : elle fait mécaniquement monter les enchères pour une neutralité dès le premier tour.

Décidément, Hollande n’a vraiment pas les épaules d’un Machiavel. Il avait par avance acheté la corde qui servira à le pendre.

Cécile Duflot à la manœuvre

Côté Cécile Duflot, il est déjà à peu près acquis que le marché est simple. Soit elle se dispense de se présenter au premier tour, et le PS lui laissera sa circonscription à Paris. Soit elle fait de la résistance et la Fédération PS de Paris se chargera de lui coller dans les pattes une candidature socialiste dont il est sûr qu’elle la fera perdre.

La Fédération PS n’aura pas à chercher bien loin pour trouver des candidats bien décidés à faire perdre la belle Cécile. Sa suppléante, Danièle Hoffman-Rispal, qui fut députée du coin en son temps, n’aura pas besoin de se faire prier pour prendre sa revanche sur la gourou des Verts.

La stratégie du Front de Gauche

De son côté, Jean-Luc Mélenchon n’est pas encore complètement acquis à l’idée de ne pas se présenter au premier tour de la présidentielle. Si l’énorme flop de sa campagne aux régionales relativise l’enjeu de cette candidature pour François Hollande, rien ne garantit que l’intéressé ne recommence pas l’exploit de son premier tour. Mélenchon le sait et compte bien négocier chèrement son éventuel ralliement à un Parti Socialiste qu’il déteste autant qu’il l’a trahi, et à un Hollande dont il sait tout le mépris social et politique qu’il lui porte.

Il semblerait que le Front de Gauche ait d’ores et déjà commencé à réfléchir aux candidats qu’il pourrait aligner dans certaines circonscriptions sensibles pour faire battre le candidat socialiste. Si, à ce jeu-là, personne ne sait jamais qui est le dindon et qui est la farce, plusieurs noms de cibles potentielles circulent déjà, avec une possibilité de billard à plusieurs bandes où Alexis Corbière serait chargé de tenir la queue.

Le mouvement est intéressant : il montre que le Front de Gauche risque bien de garder sa réponse sur sa participation ou non au premier tour de la présidentielle jusqu’à la dernière minute. Il pourrait donc y avoir du sport, à gauche, d’ici à avril 2017…

À quelque chose FN est bon

Les téléspectateurs naïfs qui ont vu la gauche plurielle se lamenter des résultats du FN ont donc mal compris le scénario. En réalité, l’excellent score de Marine Le Pen en réjouit plus d’un à gauche : il permet de monnayer au prix fort un soutien à un François Hollande très affaibli qui ne pourra probablement pas faire la fine bouche. On peut même craindre, d’ici 2017, des revirements économiques, à moins que Valls ne décide d’ouvrir du champ à sa droite.

D’ores et déjà, les états-majors sont en pleine suractivité et se lancent dans des danses endiablées autour du volcan, avec la conviction profonde que le FN ne peut remporter la présidentielle.

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