L’électorat français s’extrême-droitise-t-il ?

Front National Philippot Briois credits Le Cain (licence creative commons)

Peut-on parler de la radicalisation d’une partie de l’électorat après les régionales ?

Par Éric Verhaeghe.

Front National Philippot Briois credits Le Cain (licence creative commons)
Front National Philippot Briois credits Le Cain (licence creative commons)

À l’issue des élections régionales de dimanche, certains ont affirmé que l’électorat français « s’extrême-droitisait ». Il n’était donc pas inutile de faire un petit rappel des voix collectées par le Front National depuis les élections de 2002.

Voici le graphique que ce petit historique donne :

Extrême-droite

Le graphique montre l’évolution des suffrages recueillis par le Front National depuis 2002. Avant l’arrivée à la présidence de Marine Le Pen, le parti n’avait jamais dépassé les 5,25 millions de voix (premier tour de la présidentielle).

Depuis l’arrivée de Marine Le Pen à la présidence, le parti améliore globalement ses scores, et flirte avec la barre des 6 millions de voix, voire la dépasse. Toutefois, il n’est pas évident de distinguer « l’effet Hollande » et « l’effet Marine » dans cette évolution. La hausse globale des scores constatée depuis 2012 peut tenir de ces deux effets cumulatifs.

Au vu des courbes, en tout cas, il est difficile d’évoquer une radicalisation massive de l’électorat qui reste, notamment aux municipales, régulièrement réticent vis-à-vis d’une « contamination » globale par le FN.

L’électorat d’extrême-gauche

Parallèlement, il est impressionnant de constater que l’électorat d’extrême gauche s’est effondré durant ces dix dernières années, et tout spécialement depuis 2012.

En 2007, les listes d’extrême gauche avaient obtenu au premier tour des présidentielles environ 3,3 millions de voix. En 2012, ce score était monté, au premier tour des présidentielles, à 4,6 millions de voix (soit 1 million de voix de moins que le FN). Au premier tour des législatives de 2012, le score de l’extrême gauche était ramené à 2 millions de voix environ (le Front de Gauche n’atteignant même pas les 1,8 million de voix). Au premier tour des municipales de 2014, l’extrême gauche n’avait pas atteint le million d’électeurs, et aux européennes, les listes Front de Gauche et d’extrême gauche avaient plafonné à 1,5 million d’électeurs, quand le FN s’approchait des 5 millions…

Aux régionales de 2015, la gauche de la gauche est passée au laminoir. L’agrégat de l’extrême gauche, du Front de Gauche et du Parti Communiste a plafonné à 1,2 million de voix.

Le paradoxe de l’extrême gauche

Tout le paradoxe de la situation repose bien entendu dans la différence de représentation politique entre les deux forces. S’il est faux de soutenir que l’électorat français soutient massivement l’extrême droite, il est en revanche vérifiable que la dynamique électorale du FN n’a aucune commune mesure avec celle de l’extrême gauche. Pourtant, le Front de Gauche dispose d’un groupe à l’Assemblée Nationale et d’un autre au Sénat.

C’est le paradoxe français : le système électoral y sur-représente les forces les moins vivaces, et y sous-représente les plus dynamiques.

Il faut peut-être se demander si cette distorsion n’est pas, à terme, porteuse de risque.

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