Lettre ouverte à Christian Favier, sénateur communiste

Christian Favier - Crédit photo : Département du Val-de-Marne (CC BY-NC-ND 2.0

Le président du Conseil départemental du Val-de-Marne a la prétention de cultiver les enfants des autres avec l’argent des autres.

Par Lionel Marcialis

Christian Favier – Crédit photo : Département du Val-de-Marne (CC BY-NC-ND 2.0)

 

Monsieur le Sénateur,

Je suis le père de Lucie, née le 26 juin 2015, heureuse destinataire de l’ouvrage « La grande histoire d’un petit trait », gracieusement offert par le Conseil général du Val-de-Marne.

Quel ravissement ! Quelle générosité ! Combien vous dois-je ? Un bulletin de vote ? Une future augmentation d’impôts ? Dois-je montrer votre belle photo en couleur à ma fille, pour lui présenter un nouveau membre de la famille ? Devrais-je m’extasier de la grandeur et de la superbe du Sénat, ou du Conseil général du Val-de-Marne ? D’ailleurs, qui lui offre ce bel ouvrage finalement ? Vous ? Le Val-de-Marne ? Mes impôts ? Lucie s’offre-t-elle elle-même ce « cadeau » au travers de la dette ?

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À l’instant où je vous écris, Lucie est redevable, comme vous et moi – mais plutôt moi que vous, d’ailleurs – de 33.239€ au titre de la dette que notre pays a accumulé depuis plus de 40 ans. 33.239€, c’est 79% de ce que pourrait lui coûter une scolarité entière à HEC ; environ un quart du prix du premier studio dont elle pourrait devenir propriétaire ; et de quoi vivre pendant 18 mois au minimum, si elle décidait de créer sa propre entreprise. Mais comme la France s’endette de plus de 2.600€ par seconde, au total nous lui laisserons une dette bien supérieure. Elle devra s’acquitter de lourds impôts durant une bonne partie de sa vie pour rembourser les dépenses folles engagées par les générations précédentes. Au vu de l’état dans lequel nous lui laissons le pays, ces dépenses ne lui auront profité en rien. J’imagine difficilement plus grave « injustice sociale », pour reprendre un terme qui ponctue sans doute vos vaines déclarations.

Vous mentionnez dans votre courrier qu’« au moment où de graves menaces pèsent sur les finances de notre département, le Conseil départemental du Val-de-Marne souhaite pouvoir continuer à accorder cette aide particulièrement utile ». Quel paradoxe ! Les graves menaces qui pèsent sur les finances ne vous incitent-elles donc pas à faire des économies ? Ne croyez-vous pas que vous représentez, vous, par vos dépenses inconsidérées, une « grave menace » sur l’économie réelle, à savoir les entreprises, les artisans, les travailleurs indépendants, que vous étouffez par vos impôts ? N’êtes-vous pas une « grave menace » pour la génération qui vient de naître, à qui vous offrez, pour une large partie avec ses revenus futurs, un prétendu « cadeau » ?

Ce qui serait vraiment utile, Monsieur le Sénateur, serait que vous arrêtiez de financer vos lubies avec l’argent que les Français gagnent et que vous leur confisquez par des impôts et une dette insupportables. Que vous preniez la mesure de l’état de délabrement de nos finances publiques ; de l’étouffement des entreprises et de l’emploi, par le poids de vos politiques dépensières ; du fait que vous hypothéquez un peu plus (disons à hauteur de 250.000€ : 21.000 livres x 10€ + les frais de port) l’avenir de Lucie et des 21.000 autres enfants à qui vous avez la prétention de faire croire que vous vous inquiétez de leur avenir ; de l’existence de plus de cinq millions de chômeurs privés de travail par une politique prétendument sociale qui détruit l’emploi ; de l’insécurité liée aux manques de moyens dans les fonctions régaliennes de l’État ; du déclassement du système éducatif français ; et j’en passe, car cette liste vous la connaissez, mais le logiciel obsolète qui régit votre système de pensée vous fait nier toute forme de réalité.

J’ose croire qu’un jour, vous aurez l’humilité de vous offrir, sur les deniers du Conseil général, un ouvrage sur la manière de faire des économies, plutôt que d’avoir la prétention de cultiver les enfants des autres avec l’argent des autres. Mais je vous demande une seule chose, Monsieur le Sénateur : en tant que père, laissez-moi m’occuper de l’éducation de ma fille ; en tant qu’élu, occupez-vous de ne pas hypothéquer davantage son avenir par vos dépenses.

Je vous renvoie donc le cadeau destiné à Lucie, qui ne manquera pas de livres, d’amour et d’éducation, et n’aura certainement besoin ni d’un Sénateur, ni de la tuyauterie politico-administrative du Conseil général du Val-de-Marne pour construire sa vie et devenir un individu libre et épanoui. Il fera le bonheur d’autres parents, qui auront peut-être la faiblesse de croire à vos fables et vos prétendues gracieusetés. Vous y gagnerez de gentils petits électeurs bien dociles.

Monsieur le Sénateur, j’adresse mes respectueuses salutations à votre fonction, mais je ne salue pas le camarade Christian Favier, fossoyeur anonyme de l’avenir de Lucie.