Grenoble : une austérité si violente, une gestion si marrante

Grenoble Credit Laurent Espitallier (Creative Commons)

L’austérité touche tout le monde en France, c’est une évidence, mais elle ne frappe pas partout pareil. En première analyse, tout semble indiquer que plus on s’éloigne des collecteurs d’impôts, plus cette austérité sévit.

Ainsi, elle touche violemment les classes laborieuses, les entrepreneurs, les classes moyennes, bombardés de ponctions. Elle touche aussi un peu l’État au travers de ses domaines régaliens. C’est déjà moins vrai lorsqu’on s’éloigne de ces domaines. Et quand on aborde les communes et les collectivités territoriales, eh bien disons que l’austérité prend un sens différent, alternatif. Voire citoyen et festif, par moment.

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Une partie donc de notre classe politique s’est lancée dans un effort sémantique hors du commun afin de redéfinir complètement les contours et le sens du mot austérité. Pour l’illustrer, difficile de trouver meilleur exemple que celui de la communauté de Grenoble dans laquelle sévit Éric Piolle, le frétillant melon d’eau Europécologilévers en charge de la municipalité.

Éric, c’est un peu un habitué de ces colonnes. Arrivé à la tête de la ville suite aux élections municipales de 2014, cet actionnaire-fondateur d’une société de gestion des risques financiers aux clients basés dans des paradis fiscaux, ce militant prônant en toute cohérence l’exclusion des banques en lien avec ces paradis fiscaux fera rapidement parler de lui dans les journaux locaux puis nationaux en se lançant dans d’intéressantes diatribes contre la méchante publicité qui défigure sa ville, qui a grand besoin de panneaux d’affichages « libres, culturels et citoyens » et qui pourra donc évidemment se passer de l’argent qui proviendrait de JCDecaux, turbocapitalistes apatrides mondialisés.

Pour une ville déjà endettée de 553 millions d’euros, 600.000 euros de plus ou de moins sont une broutille et le maire sait comment se passer de cet argent.

Car il faudra bien s’en passer, et d’autant plus vite que la situation est extrêmement tendue, de l’aveu même de ce maire au taquet pour aider le Grenoblois, ses finances et sa douceur de vivre rythmée par le tacatac discret des fusillades citoyennes. La principale cause de cette précarité financière est d’ailleurs très simple : pour notre Éric de combat, ce sont ses prédécesseurs de droite comme de gauche, qui sont responsables, bien sûr, évidemment, sans aucun doute. Et tout aussi sûr, évidemment et sans doute, la baisse de dotation de l’État qui refuse de laisser les pipelines de pognon déverser la manne publique dans une ville aux abois.

« … avec les 20 millions de baisse de dotation, 9% de notre budget, cela nous fait passer sous la ligne de flottaison. (…) Nous étions tous en train de crier au scandale quand Sarkozy gelait les dotations : finalement, ce que Sarkozy rêvait de faire, Hollande l’a fait. »

Zut alors. Le changement, c’est embêtant : ce n’était pas prévu comme ça et ça oblige à se contorsionner comptablement pour que les petits sous rentrent, ou, plus pragmatiquement, qu’ils sortent moins vite. Enfin, pas trop non plus, il ne faudrait pas verser dans le dogmatisme, n’est-ce pas. Concernant la masse salariale de la mairie, ne pas remplacer les départs en retraite n’est donc pas exactement à l’ordre du jour :

« Ce n’est pas un dogme : on les remplace là où il y en a besoin mais c’est d’abord un choix politique, pas une règle. Et la masse globale salariale, elle, restera identique entre 2014, 2015 et 2016. »

Mais pour sensibiliser le citoyen grenoblois, pour bien lui farcir conscientiser la tête des petits soucis de trésorerie d’une mairie qui semble faire d’étranges efforts de gestion, le maire a tout de même une idée : fermer une journée ses services publics. Éric Piolle est un petit malin : en parfaite application du syndrome du Mont Rushmore, il décide d’associer les « économies » et les difficultés financières de sa ville avec la partie la plus visible (mais vraiment pas la plus coûteuse) des services dont il a la responsabilité, histoire d’impacter (négativement) un maximum de personnes. Habile opération de pure communication qui a vu, le 25 novembre dernier, les élus de la majorité municipale devant les bâtiments municipaux fermés pour « redire que ces politiques récessionnistes impactent la vie quotidienne des gens », et en avant, luttons mes camarades, lancez la fanfare.

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Bizarrement, ce « pipeau » (selon les termes de Jérôme Safar, candidat malheureux du PS aux dernières municipales) ne convainc guère. Il faut dire qu’il y a des éléments troublants qui persistent à laisser penser qu’en réalité, le brave Éric serait plutôt dans la communication et l’agitation politique assez représentative de ces bouffons écologistes qu’on trouve un peu partout en politique française. En réalité, si les finances de la ville sont effectivement tendues parce que la gestion de la municipalité a été, pendant de nombreuses décennies, parfaitement indigente, il n’en demeure pas moins que des marges de manœuvre existent vraiment, sans avoir à fermer unilatéralement piscines et crèches pour emmerder le citoyen.

Et j’en veux pour preuve cet intéressant petit article de France-3 région qui, entre deux subventions grassouillettes, parvient tout de même à fournir une information au lecteur éventuel.

L’article relate la « Journée des Tuiles », fête donnée en commémoration de l’émeute du 7 juin 1788 au cours de laquelle des habitants de Grenoble s’étaient levés contre un régiment en leur lançant des tuiles, et qui a été organisée par la mairie et tenue le 6 juin dernier : du matin au soir, les cours Jean Jaurès et de la Libération sont devenus piéton avec les habituels bateleurs, troubadours et autres chansonniers guitarisant, chars décorés et attractions festives, le tout malgré la pluie.

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Or, cette fête devait au départ et selon le budget prévisionnel de la ville, coûter entre 160.000 et 200.000 euros. Cependant, d’un naturel curieux (et très obstiné), Olivier Dodinot, un kiné de Mens (Isère) s’est acharné pour obtenir les comptes effectifs relatifs à cette fête. Entre juin et septembre, il a adressé cinq demandes consécutives par e-mail à la Ville, sans réponse, ce qui l’a obligé à en passer par la Commission d’Accès aux Documents Administratifs (CADA). Le 26 novembre, le lendemain de l’action Fermeture de Piolle, la réponse parvient à notre contribuable, avec la facture détaillée.

Surprise : ce sont plus de 350.000 euros qui furent festivement claqués dans cette belle maîtrise budgétaire. Oh. Zut alors. Cela nous fait 75% de dépassement. Pour une ville qui croule sous des millions d’euros de dette, qui voit ses dotations s’assécher, dont le maire couine pour faire comprendre l’abomination dans laquelle il vit, voilà qui est particulièrement ennuyeux.

Allons plus loin : si, sur une fête organisée de bout en bout par la mairie, normalement parfaitement au courant de l’aspect tendu des finances locales, un tel dépassement est possible, que peut-on raisonnablement dire du reste de la gestion de la municipalité ? La désinvolture de la gestion des panneaux publicitaires, autre exemple d’erreur budgétaire évidente, n’augure rien de bon.

Et plus généralement, si l’on se rappelle que les cris d’orfraie du maire de Grenoble sont des répliques identiques à celle des autres maires des autres communes surendettées et très mal gérées, on comprend que cet exemple de gestion parfaitement inepte et démocratiquement, festivement jmenfoutiste n’est pas une exception, mais une règle dans cette République. Dès lors, puisque même en période de disette financière, les bateleurs, les troubadours et autres intermittents de la gestion en bon père de famille continuent d’opérer à plein régime, on sait que rien ne changera, et une seule conclusion s’impose.

Ce pays est foutu.

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