Santé : le rôle désastreux des experts

Les experts doivent-ils se substituer au marché en matière de fourniture de soins ?

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Santé : le rôle désastreux des experts

Publié le 26 novembre 2015
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Par Bernard Zimmern.

Dottore della peste credits Fernando (CC BY-NC 2.0)
Dottore della peste credits Fernando (CC BY-NC 2.0)

Il est assez extraordinaire de voir des experts prendre la place du marché et la concurrence pour définir ce que devrait être la fourniture de soins en France ou même aux États-Unis.

Prenons par exemple l’ouvrage de Frédéric Bizard, Réussir le changement, chez Dunod, en 2015, qui décrit avec force arguments et faits chiffrés l’état misérable de la santé en France mais ne pense pas une seconde proposer l’introduction de la concurrence comme solution.

Un expert n’existe en effet que s’il existe des problèmes et qu’il peut y apporter des solutions.

Imaginer que le progrès se trouve dans la main invisible d’Adam Smith, laisser des dizaines ou des centaines d’initiatives individuelles se manifester et laisser l’opinion choisir entre elles à partir des résultats, c’est nier l’existence même de l’expert.

L’expert est la clé de voûte de tout système dirigiste qui sait et décide a priori ce qui est mieux pour la population.

Dans le cas de Frédéric Bizard, il a les solutions pour tous les problèmes réels ou supposés qu’il a découverts, et la plupart de ces solutions passe souvent par un organisme d’État centralisé.

C’est avec horreur qu’il rejette en deux pages (132 et 133) ce qu’il appelle les OAP (assureurs et HMO) et dont il dit : « les résultats de ce modèle aux États-Unis devaient suffire à dissuader les Européens de l’appliquer. C’est d’ailleurs le cas pour tous, sauf pour la France, où le poids du lobby des assureurs a fait un travail efficace auprès des pouvoirs publics pour rendre à leurs yeux ce système vertueux. C’est pourtant bien ce système qui a conduit les États-Unis à disposer de la santé la plus coûteuse et inégalitaire au monde. En donnant un pouvoir de régulation sur l’organisation des soins aux assureurs, 50 millions d’Américains ont été exclus de toute couverture santé et la qualité des soins reste largement dépendante de la capacité financière des citoyens américains à se payer un contrat de qualité ».

Ce qu’il ne sait pas, c’est que si en effet il y avait environ 41 millions d’Américains non assurés en 2008 à l’arrivée de Obama, seuls de l’ordre de 6 millions restaient sans assurance plus de dix-huit mois.

Mais ce sont également des experts économistes de la santé qui ont reconnu plus tard avoir fabriqué les chiffres et qui ont conçu le plan appelé aujourd’hui ObamaCare, qui s’avère un désastre.
Il est maintenant connu que malgré les dépenses considérables mises à la charge du gouvernement fédéral ou des États, ceux qui resteront sans assurance dépasseront largement les 20 millions sur les 41 millions de départ.

Entre les milliards qui ont été dépensés pour créer un dispositif informatisé permettant aux Américains sans assurance de faire un choix et qui s’est avéré incapable fin 2013 d’accueillir les demandes ce qui a motivé la démission de la secrétaire d’État à la santé, et les dépôts de bilan de plus d’une vingtaine d’assureurs semi-publics créés de toutes pièces avec les États, soit plus des deux tiers, ceci donne la mesure de ce dont sont capables les experts.

Les experts et la politique

experts rené le honzecPour prendre un peu de recul, il faut comprendre que les experts se nourrissent souvent de la politique.

Ce sont les Démocrates qui ont fait de l’absence d’assurance un thème de politique de façon à gagner les élections de 2008 et de tous s’exclamer en chœur, comme Frédéric Bizard, « comment peut-il y avoir 41 millions, et il dit même 50 millions d’Américains, qui ne sont pas assurés pour leur santé ! »

Mais il existe même actuellement aux États-Unis plusieurs millions d’Américains qui ne veulent pas s’assurer malgré les pénalités de plusieurs centaines de dollars qui leur sont infligées par Obamacare s’ils ne le font pas.

Ce sont des jeunes qui préfèrent garder leur argent pour d’autres besoins comme le financement de l’achat d’une maison.

Ce que les Français ne réalisent pas, c’est que leur système de santé est beaucoup plus inégalitaire que le système de santé américain car il faut vraiment être riche pour pouvoir trouver en France, et s’offrir, un niveau de santé considéré pourtant comme moyen aux États-Unis.

Mais notre point est moins de comparer le système de santé américain et le système français que de montrer que les experts peuvent se nourrir de la politique pour aider les politiciens à créer des problèmes et faire surgir dans leurs discours les rêves et les chimères qui leur permettent de se faire élire.

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  • Bonjour,
    j’avoue que j’attendais une démonstration largement plus étayée de la part d’un brillant personnage comme vous… Surtout sur un sujet aussi important que celui de la santé !
    Où sont les arguments et les références permettant par exemple d’affirmer, je vous cite : « Ce que les Français ne réalisent pas, c’est que leur système de santé est beaucoup plus inégalitaire que le système de santé américain car il faut vraiment être riche pour pouvoir trouver en France, et s’offrir, un niveau de santé considéré pourtant comme moyen aux États-Unis »
    D’ailleurs, où sont vos arguments pour démontrer que l’analyse et les solutions de Frederic Bizard sont mauvaises ?
    Finalement, vous ne faites que livrer votre opinion, alors que c’est une démonstration que l’on attends.
    Cela m’oblige à vous classer parmi les « expert » que vous cherchez à dénoncer dans cet article.
    Et d’ailleurs pour qui faites vous du lobbying ? pour qui jouez vous à l’expert ?

    • L’article n’est sans doute pas un des mieux étayés de l’auteur, néanmoins il ne faudrait pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Vous non plus ne référencez pas votre contestation de l’impression que ressentent pourtant bien des Français sur les coûts de techniques pourtant peu luxueuses comme les implants dentaires, ni ne montrez que le rejet par Bizard du système américain (avec le bébé de la libre concurrence) au profit de la perpétuation du système français d’avant son étatisation complète serait constructif.

      • Pour rappel, je ne prétends pas être un expert et je ne prétends pas non plus défendre Frederic Bizard.
        Par contre j’attends des intervenants- qui se présentent souvent comme de brillants personnages- un minimum de rigueur dans leur propos.
        Une opinion c’est bien, un exposé clair et argumenté, c’est mieux !
        Concernant mon avis sur notre système de santé, je pense que c’est notre système collectiviste qui est à montrer du doigt.
        Le problème est que le gouvernement actuel est en train de donner le système de santé aux mutuelles et assureurs tout en mettant les professionnels de santé sous tutelle.
        Le résultat final sera limpide : perte de l’indépendance des professionnels de santé, fin du secret médical, fin de la liberté de choix du médecin par le patient par le biais des réseaux de soins.
        Au final 2 perdants : les patients et les professionnels de la santé
        2 gagnants : l’état car désengagement de la sécu d’un côté et impôts sur les sociétés et taxes diverses en augmentation de l’autre via le 2 eme gagnant : mutuelles et assureurs avec clientèle captive et professionnels de santé aux ordres et dont les tarifs sont parmi les plus bas des pays de l’OCDE.
        D’après moi, c’est cela qui est dénoncé par frederic Bizard mais j’avoue ne pas avoir lu ses livres
        http://www.lefigaro.fr/vox/economie/2014/12/29/31007-20141229ARTFIG00200-pourquoi-il-faut-soutenir-medecins-et-cliniciens-contre-la-loi-touraine.php

        • Pour moi, cette histoire de « donner le système aux mutuelles » est un écran de fumée. Dans l’affaire, le système de santé appartient aux corps intermédiaires. Ce sont le gouvernement et les syndicats qui choisissent les « mutuelles » depuis de nombreuses années, et l’évolution actuelle est une simple optimisation et consolidation de ce système. Bizard a raison de dénoncer l’étatisation par la loi Touraine du système médical, mais en mettant dans le même sac concurrence et connivence il fait une grosse erreur car seule la concurrence peut libérer les patients de la connivence. Dans un système concurrentiel, ce que n’est plus le système français depuis longtemps, mutuelles et assureurs ne pourraient être gagnants au détriment des médecins et des patients. Bizard défend un système de « démocratie sociale participative », exactement ce contrôle par des intermédiaires au désintéressement douteux qui a creusé les déficits à leur avantage clientéliste depuis des décennies. Il utilise pour ce faire le repoussoir des profits que feraient les assureurs dans un système libre, un argument plus collectiviste que libéral, et qui tombe de lui-même dans un système concurrentiel tel que le prône, si j’ai bien compris, l’auteur.

        • Les détracteurs du système américain qui sont aussi ceux qui considèrent que le système français est le meilleur du monde n’ont pas davantage de « rigueur » dans leur propos.
          Médecin, après plus de 30 ans d’exercice, j’ai assisté à la lente dégringolade de la qualité de notre système de santé. Les 8 à 10 millions de pauvres de ce pays pourront témoigner de leur galère quant à l’accès aux soins et ce malgré tous les dispositifs d’aide dont notamment la CMU-C. Les technocrates ont « organisé » la santé depuis les années 1970 et nous voyons le résultat. Encore un petit effort de leur part et nous seront revenu au bon vieux temps des soviets. Les riches et les « élites » ne sont bien sûr pas concernés.

  • la part de l’assurance maladie universelle française diminue de toute façon au profit des assureurs, c’est à dire en france, des mutuelles et c’est le mieux qui puisse arriver.

    En effet avec la mondialisation, les carrières multiples, la baisse des actifs par rapport aux autres,…, il est nécessaire de limiter ce qui relève de la solidarité plus que de l’assurance, au strict minimum.
    C’est vrai pour la maladie comme pour les retraites.

    le problème c’est que les syndicats et hommes politiques veulent garder la main mise sur toute ces caisses juteuses, et sont en train d’imposer des tas de contraintes: impossibilité de choix, de changement, paiement par l’employeur, etc…

  •  » Les résultats de ce modèle aux Etats Unis .. » 50 millions D’ Américains ont été exclus ….. »
    Déja erreur de l’ expert l’ Amérique ce n’ est pas seulement les US
    2 ) ont été exclus  » mensonge ? en vérité comme le note BZ quelq millions ont CHOISI de s’ exclure s’ils en ont pris le risque et assument , au cas , ou pourquoi pas ?
    En FR il y a pire , certaines personnes cotisent à la csg et payent 100% de leurs soins !

  • Pas évident tout ça ..les comparaison sont rendue difficiles, on mesure l’efficacité comment? avec quelle métrique?
    le bordel à mon opinion est l’intégration de la redistribution au système de santé.

    tout système qui fournit du soin à une personne qui ne paie pas est excellent à son point de vue..

  • Les experts decident , les medecins effectuent et payent les pots casses ( responsabilite , culpabilite ) alors que les decideurs ne seronts pas inquietes (responsables mais pas coupable )

  • Les commentaires sont fermés.

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