La guerre, à quel prix ?

Petit souvenir d’une commémoration du 11 novembre dernier…

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guerre credits Prescott Pym (licence creative commons)

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La guerre, à quel prix ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 19 novembre 2015
- A +

Par Bill Bonner.

guerre credits Prescott Pym (licence creative commons)
guerre credits Prescott Pym (licence creative commons)

 

La semaine dernière marquait l’anniversaire de l’Armistice. Le 11 novembre 1918 à 11h du matin, les canons se sont tus ; la « grande saignée » prit fin.

Nous étions pris ailleurs, mais Élizabeth a assisté aux cérémonies du souvenir en Normandie :

« Les noms de plus d’1,3 million de Français ayant péri durant la Grande guerre sont inscrits sur des monuments dans les villages et villes de France. Le village de Courtomer a son propre monument : une colonne de pierre portant la flamme de la victoire, couchée sur le côté, la jeunesse frappée dans la fleur de l’âge, peut-être.

Le président de l’association des vétérans hochait sombrement la tête en se rendant au vin d’honneur. Il est difficile de motiver les vétérans, ces temps-ci. « Ceux de la Première Guerre Mondiale ont une bonne excuse », a gentiment noté le maire. Ils seraient plus que centenaires, aujourd’hui.

La commémoration a commencé par une messe. Les vétérans se sont rassemblés derrière l’autel, drapeaux levés ou abaissés selon la liturgie. Le prêtre a mené la procession au sortir de l’église, puis les vétérans et une poignée de connaissances se sont rendus au Monument aux Morts. La gerbe traditionnelle a été posée au pied du monument par les maires de Courtomer et du canton voisin de Ferrières. Le maire de Courtomer a prononcé un petit discours évoquant les batailles de la Première Guerre mondiale. Il y a un peu plus de 100 ans, en 1915, la seconde bataille d’Ypres a fait 100 000 victimes, nombre d’entre elles ayant succombé aux nuages empoisonnés de gaz moutarde utilisé par l’armée allemande.

Le grand-père d’Élizabeth était Canadien. Lorsque la guerre a commencé, toutes les colonies britanniques ont appelé leurs jeunes hommes à aider à combattre les Huns. Quelques semaines plus tard, le jeune soldat Owen, tout frais débarqué de la chasse à l’élan dans les bois de Nouvelle-Écosse, se battait pour sa vie à Ypres. Il survécut et pilota plus tard un biplan armé d’une mitraillette, synchronisée de manière à ne pas tirer dans l’hélice. Le système de synchronisation étant à la pointe de la technologie militaire, il devait être protégé à tout prix. De sorte que lorsqu’il fut abattu derrière les lignes allemandes, le pilote mit le feu à son réservoir pour que l’avion brûle avant de pouvoir être étudié par les Allemands. Cela eut un résultat terrifiant : les Allemands soulignèrent que l’avion capturé était leur propriété, non la sienne, sa destruction était donc un acte de sabotage pour lequel il pouvait être fusillé sur le champ. Au lieu de cela, il passa les deux années suivantes dans un camp de prisonniers de guerre.

Dans quel but ?

Ypres fut la première bataille où l’on utilisa du gaz toxique à grande échelle. Le soldat W. Hay, arrivant à Ypres le 22 avril 1915, décrivit ce qu’il voyait :

« Nous savions que quelque chose n’allait pas. Nous avons commencé à marcher vers Ypres mais nous ne pouvions pas avancer à cause des réfugiés allant en sens inverse sur la route. Nous avons suivi la ligne de chemin de fer jusqu’à Ypres ; il y avait des gens, des civils et des soldats, couchés le long de la route dans un état épouvantable. Nous les avons entendus dire que c’était à cause du gaz. Nous ne savions même pas ce qu’était ce satané gaz. Lorsque nous sommes arrivés à Ypres, nous avons trouvé beaucoup de Canadiens allongés là, morts à cause du gaz de la veille, les pauvres diables. C’était une vision tout à fait horrible pour nous autres jeunes soldats. Je n’avais que 20 ans, cela a donc été assez traumatisant ; je ne l’ai jamais oublié et je ne l’oublierai jamais. »

Les Canadiens ont été particulièrement touchés durant la Première Guerre mondiale. Ils ne savaient pas dans quoi ils mettaient les pieds. Mais ils n’ont pas reculé et ne se sont pas enfuis. Un récit d’une attaque dans le no man’s land par une compagnie originaire de Terre-Neuve est particulièrement émouvant. Il raconte qu’ils avançaient dans une tempête de balles « comme si c’était un blizzard ». Ils « rentrèrent le menton et continuèrent d’avancer » jusqu’à être tous tués.

Et pour quoi ? Des millions de morts. Des maisons détruites. Du temps perdu. Et pour rien qu’on puisse définir précisément. La Première Guerre mondiale a été un tel désastre mal ficelé que quiconque y a été impliqué devrait avoir honte.

Aujourd’hui, les soldats de la Première Guerre mondiale ont disparu. Les soldats de la Deuxième guerre mondiale tombent comme des Canadiens à Ypres. Les quelques vieux soldats qui se sont rassemblés en Normandie étaient pour la plupart des vétérans de la guerre d’Algérie, un autre conflit affligeant.

Les historiens débattent encore des causes de la Première Guerre mondiale. Les Américains remercient leurs militaires pour les services rendus à la patrie, s’abstenant généreusement de demander quelle en était l’utilité. Et à 11h le 11ème jour du 11ème mois de l’année, en Terre-Neuve, le cœur d’une vieille femme se serre probablement, se rappelant le coût de tout cela.


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  • Comment peut-on dire que ceux qui étaient impliqués dans la première guerre mondiale devraient avoir honte ? Beaucoup de soldats qui y ont combattu ne l’ont pas choisi et ne peuvent en être tenus pour responsables. Que les décideurs devraient avoir honte, on peut en discuter, mais pas ceux qui ont combattu et risqué leur vie sans le choisir.
    Quant à dire une guerre pour rien, c’est vite dit. On aurait bien sûr pu laisser l’Allemagne envahir l’Europe et la diriger, il y aurait eu moins de morts à ce moment . Mais doit-on abdiquer sa liberté sans combattre ? Qui peut dire si cela n’aurait pas fini aussi avec des camps d’extermination (vu les évènements à l’est de l’Europe, sur le long terme, ce n’est pas sûr) ? Bizarrement, à cause de l’holocauste, personne n’ose dire que la seconde guerre mondiale fut inutile (du côté alliés), on justifie même ainsi l’allaince avec Staline. Mais en 1914, qui pouvait affirmer que ce serait différent ? Il est trop facile de juger a posteriori les gens qui ont dû choisir à l’époque, sans savoir.

    • Vous êtes passés par l’Éducation nationale pour sous-entendre que l’Allemagne était à l’origine de ce conflit et que son objectif était d’envahir l’Europe pour la diriger ?

      Un camp a gagné et a fait inscrire au traité que c’était le perdant le responsable…

      La réalité est bien plus complexe et certainement pas manichéenne. La responsabilité est largement partagée, chaque État a contribué à cette guerre, à sa « création ». C’est l’étatisme le coupable.

  • [[ La Première Guerre mondiale a été un tel désastre mal ficelé que quiconque y a été impliqué devrait avoir honte.]] nous écrit l’auteur…

    Pourtant, nombre de protagonistes y impliqués n’éprouvèrent pas ces remords !
    Ainsi, en premier, le kaiser W. finit confortablement sa vie « déporté » en Hollande (la vraie, pas celui de chez nous). Fanatisées, des hordes en casque-à-pointe décimèrent sans raisons les civils de Belgique, par milliers.
    En face, après 1870-71, nombre de hauts gradés et d’E-M français firent preuve d’incompétence, sans perdre la vie ou la gloriole à peine touchée. Une guerre en retard ? Heureux que les US se soient finalement impliqués (mais certains s’interrogent quant au pourquoi ?).

    Idem durant WW II, chez nombre de politiciens et certains militaires de tous les bords !
    Ainsi un « Monty-héros » ne se comporta guère tel en Normandie et en Hollande-Ardenne 1944, après sa pourtant courageuse victoire d’Afrique du Nord ! Batailles d’égo, de mégalomanie, de parano ?
    L’URSS acclama longtemps son héros Staline, homme d’un cynisme cloné de celui des Hitler, Himmler et SS de sinistre mémoire. Idem pour un dit « grand timonier » de la Chine continentale !

    Après l’histoire se vivent le temps actuel. Où se placerait alors le propos de l’auteur ?
    Faits culturels mis à l’avant-plan ; le « Choc des civilisations » anticipé de 22 ans par Huntington est clairement à nos portes, mondialisé dans ses ravages.

    Devrions-nous alors aduler ces organes prétendus « pacifistes », or qu’ils masquent certaines idéologies sinon nos lâchetés renouvelées ?

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