Valls : « La France a désormais un cadre sécurisé contre le terrorisme »

Manuel Valls en juin 2014 (Crédits : Parti Socialiste, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

L’État gendarme a cédé la place à l’État policier qui nous espionne, nous sanctionne et nous ponctionne.

Par h16

Manuel Valls en juin 2014 (Crédits : Parti Socialiste, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.
Manuel Valls en juin 2014 (Crédits : Parti Socialiste, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

Vendredi 13 novembre, c’était la journée de la gentillesse. Cependant, ce soir-là, à Paris, ce qui devait arriver arriva : certains ont rangé les Bisounours et sorti les kalachnikovs.

À la différence notoire du 7 janvier dernier, qui avait plongé le pays dans la guimauve politicienne et les jacasseries mièvres d’une presse éberluée, cette fois-ci, tant les journalistes que les élus semblent avoir compris, enfin, que le pays était confronté à une véritable menace, permanente et concrète. La stupeur des événements passée, ils n’hésitent plus à parler de guerre et à décréter l’état d’urgence (dont on peut d’ailleurs critiquer la pertinence), version à peine édulcorée de loi martiale qui sied comme un gant aux déclarations chevrotantes d’un président un peu secoué par son évacuation rapide du Stade de France.

Ceci posé, l’abasourdissement de la classe jacassante n’est que de courte durée, et une fois son soliloque frénétique repris, une fois admis qu’un conflit est en cours, les habitudes reviennent au galop. Après l’abomination de l’attentat, on en subit un autre, plus feutré mais bien réel, celui des politiciens et des journalistes dès qu’ils ouvrent le bec pour éviter soigneusement la moindre analyse. Impossible alors de seulement constater l’échec cuisant de l’État dans ses prérogatives régaliennes. Pas une ligne n’aura été pondue pour rappeler le petit tweet de Valls, en juillet, fanfaronnant sur sa belle Loi Renseignement :

https://twitter.com/manuelvalls/status/624334876964179969

Progrès décisif, mais personne ou presque pour noter son bide complet.

Personne pour noter que l’attentat est intervenu alors que les dispositions sécuritaires étaient renforcées dans le cadre de la COP21, ce qui constitue encore un autre type d’échec cuisant. Et, à ce dernier sujet, personne pour noter l’incroyable différentiel de moyens déployés pour combattre ce qui n’est encore qu’hypothèses pendant que des gens se font massacrer par des balles très concrètes.

Dès lors, personne pour rappeler l’omniprésence de l’État sur les routes de France pour éviter les carambolages, interdire les vitres fumées et taxer les cabanons de jardin, et son absence pour prévenir, ou au moins mitiger les événements dont la capitale a été le témoin. L’État règlemente tout (parce qu’apparemment, les terroristes seraient gênés par des décrets, des interdictions et des lois plus sévères), l’État est partout, mais il est aussi dilué à l’extrême, et n’est donc plus efficace nulle part.

Très concrètement, on n’a pas arrêté de diminuer les moyens de ce qui nous protège, au profit de ce qui nous espionne, nous sanctionne, nous traque, nous taxe et nous ponctionne, et le résultat est celui qu’on observe : on est très bien ponctionné, fort bien sanctionné, mais plus du tout protégé. L’État gendarme a laissé place à l’État policier, et les forces de l’ordre, quand elles ne sont plus utilisées pour régler des radars, le sont pour fermer une rue quand un député promène un ministre.

Bien joué.

Epic Fail

En réalité, depuis Charlie, depuis les incidents du Thalys, et finalement, depuis plusieurs mois, plusieurs années même, rien n’a réellement changé : on savait tous, confusément, qu’il y aurait un ou plusieurs autres attentats, mais tout le monde (journaliste & politicien) semble avoir été surpris (sidéré, même). Il surnage une impression persistante d’impréparation chronique, de gestion à la va-vite ou à l’impro.

Cette impréparation se traduira d’ailleurs dans les prochaines heures, par ce que les gouvernants pondront comme remarquables mesures pour éviter un nouveau carnage : on peut presque parier que, tout comme pour les attentats de janvier, certains envisagent sérieusement de remettre une couche de laïcité ou de niaiseries vivrensemblistes un peu partout à commencer par les écoles, parce que cela a furieusement bien marché. Dès les prochains jours, sentant la menace planer sur le pays, la police continuera à protéger quelques VIP, et à persécuter les automobilistes. Parce que bon.

Mieux encore : soyez certains que la réponse des autorités sera de renforcer le contrôle… des citoyens. Ce qui n’a pas marché n’ayant été dénoncé par personne ou presque, vous en aurez double dose. Et moyennant quelques appels lacrymaux à l’unité, avec une solide exhortation à dénoncer toutes les abominables récupérations politiques, ça passera comme sur du velours.

Pourtant, les services de renseignement français sont loin d’être inaptes. On sait renseigner et se renseigner. Seulement voilà, il y a des mesures qui protègent les individus et des mesures qui protègent les politiciens. Or, le gouvernement en choisissant les moyens visibles et idiots, les agitations inutiles et les discours grandiloquents, a clairement opté pour les mesures qui les protègent eux, mais pas les individus.

Les mesures qui protègent les individus, comme construire des prisons (la France en manque cruellement), ramener l’ordre et la loi dans les cités de non droit, infiltrer les réseaux, faire du renseignement de personnes (profilage, recoupements), et… laisser les citoyens s’armer, ces mesures ont deux problèmes : elles prennent du temps et des moyens humains, et même en les mettant en place demain, ne porteraient leurs fruits que dans plusieurs années. En outre, le politiquement correct qui englue toute la vie politique française empêche complètement d’y penser. Chacune de ces mesures vient heurter, violemment, le petit chaton qui ronronne dans le cœur de l’individu de gauche, le cerveau consciencieusement lavé par des années de collectivisme et une transformation achevée en petit mouton aimable et manipulable à merci.

En vertu de quoi, si quelque chose doit changer, ce ne sera pas dans le bon sens : le peuple a, malgré tout, choisi ses dirigeants et il s’en est choisi de bien piètres, arrivés là à force de magouilles, connivences, combines, entourloupes, mensonges, compromissions et abandons.

De ce point de vue, tout se déroule donc comme prévu.

liberté et sécurité
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